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Cinéma . Dans Kimo wa antimo (Kimo et son ami intime), le réalisateur Hamed Saïd aborde, sous couvert d'une comédie kitsch, l'existence minable de deux amis à la recherche d'une illusoire célébrité dans la chanson.
Naïveté et platitude

Mosaïque d'actes à effet nul, le film dans sa globalité, prodigue en gestes et trajectoires irrésolus, ne porte rien au sommet, mais à un certain étouffement. A commencer par son dispositif de départ : deux amis d'Alexandrie, Kimo (Amer Mounib), chanteur, et Hamo (Tareq Abdel-Aziz), compositeur, se rendent au Caire. Ils passent par une série de péripéties dont la lenteur tantôt lasse, tantôt dérapante, pour atteindre leur rêve de percer dans le monde de la chanson. Les premières minutes soumettent Kimo à l'injonction d'une inquiétude : comment atteindre le cercle des chanteurs de renommée ? Dans un rôle qui s'apparente à celui de Hamlet, il essaye de convaincre son entourage de son talent de chanteur sans pouvoir s'assurer une influence décisive. Kimo et Hamo forment une association de fils damnés. Sur le trottoir, dans un hôtel misérable, ou dans les rues de la capitale, ils se clochardisent, passent d'un petit métier à un autre, ne cessant de suivre le fil catastrophique d'aventures où l'image s'assombrit de plus en plus. Sans oser une représentation directe des mécanismes artistiques et économiques qui s'opposent à la percée d'un chanteur et la guerre des nerfs qu'elle suppose, fatalement, le film bascule par le théâtre qui apporte moins de solidité que d'instabilité. Car il y a bien un théâtre du dehors, qu'incarne Hamo, de la mise en scène de la mascarade, de la confusion, du faux-semblant, où les apparitions aux côtés de Hamo d'Inas Al-Naggar en Souna, danseuse de cabaret qui, entre vanité et prodige, chante sans talent, change de vêtements, de coiffures, minaude, ne mènent au bout du compte qu'à l'exposition des deux protagonistes au ridicule de rôles qui ne portent pas et des chansons de basse facture. Souna est systématiquement défigurée : maquillage outrancier, lèvres et pommettes brillantes, décolleté vulgaire. Face à elle, Hamo est dans le rôle le plus flou. Chez lui, rien de machiavélique, mais une indistinction constitutive entre sincérité, mensonge et besoin de s'affirmer. Pour quelques scènes, le film se bloque en caricature du monde de la chanson égyptienne : la fragilité de ses tenants n'y est pas offerte, mais juste pointée, voire épinglée, condamnant Amer Mounib au malaise d'être abandonné là, sans emploi. C'est un mouvement et un surplace en même temps. Pas assez de fascination, pas assez de patience pour donner à bien observer comment Amer Mounib rame (quand il alterne les petits métiers) et brille (quand il chante) à singer l'idole. C'est que le labeur d'un corps à camper un vrai rôle dans le film y pèse d'un poids négligeable devant ralentis, étoiles et reflets, effets plus ou moins parodiques.

Le plus apparent des outils de Hamed Saïd est une forme assumée de naïveté. On entend des chansons, des discours, des sanglots. On passe beaucoup de temps avec Khalil (Wahid Seif), père de Samia (May Ezzeddine), dont s'entiche Kimo, et propriétaire de l'hôtel où résident les deux amis, qui raconte un épisode de sa vie passée, à la recherche vaine d'une place en tant que compositeur dans le monde de la chanson. Il entreprend d'inscrire ce qui lui est arrivé dans le passé dans une autre perspective, celle de Kimo marquée par l'incertitude. C'est aussi que l'enjeu est ailleurs et grave. Satire du showbiz plus satire des petites gens équivalent à une générosité zéro. Rien à en retirer donc ? Si. Deux scènes. Dans l'une, Kimo chante à la terrasse de l'hôtel qu'il habite aux côtés de sa bien-aimée Samia, espérant gagner sa passion et sa complicité — et, pour quelques instants, le film trouve un effet positif. Puis dans l'autre, en dernière tentative de fraternité, Hamo offre à Kimo la chance de chanter face à un public et des écrans télé. Nécessité morale ? Dernier ballet d'une comédie sociale ? La chanson, la seule possible, est enfin lâchée par Amer Mounib. Pour le reste, le film, critique du spectacle sur son propre terrain, est adossé au mythe plutôt niais d'une réalité perdue, la célébrité est finalement retrouvée. Mais alors pourquoi aller le voir ? Pour montrer peut-être à quel point il n'aurait pas fallu. De peu d'ambition, le film visuellement très humble, est avare en rebondissements et peu inquiet de sa proximité avec le minimalisme télévisuel. La dynamique y fait défaut et dans cette comédie plate, le réalisateur s'amuse comme il peut.

Amina Hassan

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