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A la veille du
sommet arabe |
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Par
Mohamed Sid-Ahmed |
| Dans
quelques jours se tiendra le sommet arabe de Tunis,
une année après le déclenchement de la guerre
contre l'Iraq. Ce sommet intervient dans une conjoncture
où il est indispensable de déterminer les traits
marquants du monde de l'après-guerre. Pouvons-nous
dire que la situation est meilleure qu'avant le
renversement de Saddam Hussein ? Ou bien
le contraire est plus proche de la réalité ?
Il
est difficile de séparer le déclenchement de la
guerre en Iraq des événements du 11 septembre.
En effet, on ne pouvait s'attendre à ce que le
pays le plus puissant du monde ne réagisse pas
à cette grande humiliation. Mais quels que soient
les défauts de Saddam Hussein, la méthode employée
pour le renverser a fait plus de tort que de bienfaits.
Le
coup assené à l'Iraq n'a pas eu l'effet escompté.
En effet, les dirigeants des Etats-Unis et de
la Grande-Bretagne, Bush et Blair, étaient convaincus
que Saddam possédait des armes de destruction
massive. Ce qui justifiait, à leurs yeux, le déclenchement
de la guerre pour éliminer ces armes. Cependant,
il a été prouvé que cette accusation n'avait rien
de vrai. La guerre a été déclenchée en s'appuyant
sur de fausses informations. Du coup, Washington
et Londres ont dû mener leur guerre sans l'autorisation
de l'Onu. Ils l'ont fait en se basant sur une
interprétation controversée de la résolution 1 441
du Conseil de sécurité. Ce qui a provoqué un clivage
sans précédent au sein de l'exécutif onusien.
La
guerre a provoqué la destruction totale de l'Iraq.
Et au lieu d'adresser des coups fatals au terrorisme,
la guerre a favorisé son essor.
Que
signifie le vocable « Grand Moyen-Orient »
(GMO) donné à la région touchée par le fléau du
terrorisme; si ce n'est que ce Moyen-Orient, symbolisant
le danger, s'est élargi pour dépasser le Moyen-Orient
traditionnel. Ceci signifie implicitement que
le terrorisme s'est étendu, lui aussi.
Ce
qui s'est passé en Espagne puis au Kosova justifie
ce que nous disons. L'Espagne a connu des opérations
terroristes sans précédent dans son histoire.
Elles ont eu pour effet de remplacer le gouvernement
de droite d'Aznar par un gouvernement socialiste.
Du coup, l'Espagne a basculé dans le camp France/Allemagne
alors que la veille elle était parmi les partisans
de Bush/Blair !
En
même temps, les graves incidents entre Serbes
et Albanais au Kosova menacent toute la région
des Balkans. A tel point que le premier ministre
serbe a menacé d'intervenir pour défendre les
Serbes si le Conseil de sécurité ne décide pas
d'envoyer des troupes pour mettre fin à la violence.
Autrefois
un phénomène exclusivement attribué à une seule
région, le Moyen-Orient, le terrorisme est sur
le point de s'internationaliser. Un an après la
guerre contre l'Iraq, le phénomène du terrorisme
s'est élargi et s'est renforcé et non le contraire.
Ceci
intervient à l'approche du Sommet du G8 et des
réunions de l'Otan qui doivent trancher le projet
de Bush sur le « Grand Moyen-Orient ».
Dans ce contexte, le sommet arabe de Tunis apparaît
comme la dernière chance pour les Arabes pour
qu'ils présentent un projet opposé à celui de
Bush. Un projet où ils détermineront leurs revendications
à la communauté internationale avant que tout
ne soit décidé sans leur participation, voire
même contre leur participation. |
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Une atteinte à la légitimité internationale
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| L'un
des résultats les plus importants de l'aggravation
du terrorisme est qu'il porte atteinte à la légitimité
internationale contemporaine et même à l'ordre
mondial. En effet, l'occupation militaire étrangère
n'est plus considérée comme contraire à la souveraineté
nationale et à la démocratie. C'est ainsi que
Bush et son Administration revendiquent une prétendue
démocratie en Iraq qui, selon eux, est compatible
avec la poursuite de l'occupation.
Ce
phénomène est sur le point de se généraliser.
Pour l'Administration américaine, la tenue d'élections
en Iraq n'est pas indispensable pour établir la
démocratie. Par exemple, il est possible de prolonger
sine die le mandat du Conseil de gouvernement
provisoire sous prétexte que les conditions d'application
de la démocratie ne sont pas réunies. D'autre
part, rien n'empêche d'attribuer la qualité de
« terroriste » à Arafat, bien
qu'il soit élu, et d'attribuer au Conseil de gouvernement
transitoire iraqien la qualité de « bonne
gouvernance », bien qu'il soit entièrement
désigné par les forces d'occupation. Toutes les
valeurs ont été renversées. |
Des rencontres décisives
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Durant
les semaines et les mois à venir se tiendront
des réunions internationales qui devront sceller
le destin du projet du « Grand Moyen-Orient ».
D'où l'importance de la conférence de Tunis qui
se doit de déterminer une position arabe unanime
envers ce projet avant qu'il ne soit définitivement
tranché.
Comment
déterminer une position arabe ? Il existe
de nombreux dossiers qu'on ne peut abandonner.
Premièrement, le conflit arabo-israélien doit
être réglé sans renoncer à des conditions fondamentales
dont la reconnaissance d'un Etat palestinien jouissant
d'une entière souveraineté avec Jérusalem pour
capitale.
Dans
le domaine de la réforme interne, l'Egypte soumettra
la Déclaration de la conférence de la Bibliotheca
Alexandrina comme document de référence pour
tous les pays arabes. De même, il est indispensable
d'adopter une position arabe commune sur la question
iraqienne, à un moment où les conditions de la
tenue d'élections sont encore absentes et où la
démocratie est en suspens.
Bien
évidemment, les parties arabes doivent adopter
une position sur la projet du « Grand
Moyen-Orient ». Personnellement, je pense
que ce projet est incapable de réaliser une entente
générale. Il divise la communauté internationale
en deux types de pays : actifs/passifs. Ce
que refusent les Arabes.
L'Union
européenne est invitée par Washington à faire
partie du clan des acteurs actifs. Alors que les
pays arabes sont, au contraire, considérés une
terre d'asile pour le terrorisme et les activités
prohibées.
Il
est grand temps de revenir à l'Onu au lieu de
remettre la direction du monde entre les mains
des Etats-Unis. Il est grand temps de reconnaître
qu'il ne peut y avoir d'autre substitut à l'Onu
comme cadre de négociations. Il est grand temps
que les choses reviennent à la normale au sein
du Conseil de sécurité comme ce fut le cas avant
qu'il ne soit la scène de division entre deux
camps qui s'opposaient sur la guerre en Iraq.
Il
est aussi impératif d'affirmer que le conflit
arabo-israélien est la principale cause arabe
et que le projet du GMO ne fait que minimiser
son importance, comme le souhaite Sharon qui cherche
à liquider définitivement la question palestinienne.
Les
dernières évolutions en Espagne ont démontré la
difficulté de faire du projet du GMO la base d'une
coalition future américano-européenne face au
monde musulman. Ceci nous porte à se poser la
question de savoir si les plans Bush sont à même
de l'avantager face à son adversaire démocrate
John Kerry, à quelques mois des présidentielles ?
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Terrorisme et démocratie
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| Par
Salama A. Salama
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De
longues années pourront s'écouler avant de savoir
qui sont les vrais responsables des attentats
terroristes de Madrid. En effet, les preuves restent
insuffisantes pour parvenir à une réponse définitive :
Est-ce l'ETA, ou des éléments appartenant à Al-Qaëda,
ou les deux ensemble ?
La
date des attentats, la méthode et les explosifs
employés indiquent la responsabilité de l'organisation
séparatiste espagnole qui lutte depuis des années
pour l'indépendance de la région Basque. La vidéocassette
retrouvée par la police espagnole, où un Marocain
masqué a revendiqué la responsabilité d'Al-Qaëda,
fait pencher la balance pour la seconde éventualité.
Cependant, cette histoire semble entourée de nombreux
trucages qui nous font penser à ceux utilisés
dans le cinéma. On peut citer à cet égard la cassette
contenant des versets du Coran retrouvée dans
une voiture abandonnée. Ceci a poussé certains
observateurs à penser qu'il existe une coopération
entre les deux organisations. Cette éventualité
a semé la panique dans tout le continent européen,
qui craint une collusion entre des organisations
terroristes européennes et islamistes. Beaucoup
pensent que cette coopération pourrait prédire
le début d'une nouvelle phase dans l'histoire
du terrorisme.
Si
nous laissons de côté cette histoire pour contempler
les répercussions politiques des attentats sur
la politique espagnole, on trouve que les électeurs
ont immédiatement sanctionné le Parti populaire,
au pouvoir, de José Maria Aznar lors des élections
législatives tenues la semaine dernière. Le verdict
des urnes a ouvert la porte au retour aux affaires
des socialistes. Ainsi, la démocratie a permis
au peuple d'imposer sa volonté au pouvoir politique,
dans un pays comme l'Espagne qui ne connaît la
démocratie que depuis peu.
Bien
qu'Aznar ait quitté la vie politique, son parti
a persisté dans son soutien à la politique américaine
en Iraq. C'est pour cela que juste après les attentats
de Madrid, Aznar s'est empressé de condamner l'ETA
avant même d'avoir des preuves tranchantes sur
son implication. Il voulait éviter que son gouvernement
soit accusé d'avoir été à l'origine des attentats
en raison de son alignement aveugle sur les Etats-Unis
dans la guerre contre l'Iraq.
Or,
le peuple espagnol a très bien compris le jeu
d'Aznar qui a fait porter la responsabilité sur
l'ETA. Le résultat était sans appel : les
électeurs ont voté pour le Parti socialiste de
l'opposition.
La
démocratie peut faire des miracles et imposer
la volonté des peuples. Il était donc normal que
le chef du Parti socialiste, José Luis Rodriguez
Zapatero, annonce son intention de retirer ses
troupes d'Iraq en juin prochain et de changer,
mais sans se précipiter, la politique de dépendance
espagnole vis-à-vis des Etats-Unis. Cette annonce
a semé la confusion à Washington et chez ses alliés
qui l'ont militairement soutenu en Iraq. La Pologne
a annoncé elle aussi qu'elle allait remettre en
question la présence de ses forces en Iraq. Et
d'autres suivront.
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