Carl Lewis : Une impression
formidable. J'ai été très heureux de courir avec
ces personnes qui concrétisent pour moi le réel
objet du sport : apprécier et retirer un maximum
de la compétition. Je pense que toute personne doit
avoir le droit de disputer une compétition sportive
et de jouir de ce qu'elle apporte personnellement.
Le simple fait de voir des athlètes concourir
me rend heureux. Pour donner plus de piment à la
course, je me suis volontairement placé en retrait
pour finalement arriver à la 3e place. Cela fait
quelques années que j'ai débuté mes activités avec
l'Association Special Olympics. Sans avoir
vraiment eu du temps à lui consacrer, en raison
de mes activités annexes. Mais après ma visite en
Egypte, je me suis dit qu'à l'avenir, il fallait
absolument que je me libère pour participer à ces
compétitions d'athlètes handicapés.
— Pourquoi avoir décidé de
venir en Egypte pour soutenir ces sportifs ?
— C'est Aymane Abdel-Wahab,
le directeur régional pour la région du Proche-Orient
de Special Olympics, qui m'a contacté pour
me proposer de venir. Deux raisons m'ont incité
à ne pas manquer l'occasion. La première est ma
passion pour la civilisation de l'Egypte Ancienne.
Cela fait longtemps que je rêvais de visiter ce
pays. La deuxième est que ma mère mourait aussi
d'envie de connaître ce pays. J'ai alors décidé
de lui faire ce petit cadeau. En début d'année,
j'ai donc tout arrangé avec Aymane Abdel-Wahab.
Mais en fait, il s'est agi de bien plus qu'un travail
de bienfaisance. L'Egypte m'a beaucoup apporté.
— Parlez-nous de vos impression
sur l'Egypte ...
— Je suis étonné par ce pays.
J'ai trouvé l'Egypte bien plus belle que je ne l'avait
imaginée. J'ai passé de bons moments à Louqsor et
au Caire, à visiter les antiquités. Mercredi dernier,
j'ai visité les pyramides de Guiza. Comme je suis
grand, j'ai été obligé de me courber pas mal. Mais
j'étais heureux de tout cela. A ma sortie, l'endroit
grouillait de monde. J'ai quand même réussi à m'isoler
et à profiter de cet endroit magnifique. J'ai été
très ravi de jouir de ces quelques minutes seul
face à des monuments si anciens. Je considère ces
quelques moments passés à Guiza comme les plus précieux
de ma vie.
— Vous vous êtes retiré de
la compétition en 1997. Les pistes ne vous manquent
pas ?
— J'ai pris la décision de
me retirer de l'athlétisme après avoir réalisé plusieurs
exploits (de nombreux records mondiaux et 10 médailles
olympiques dont 9 en or). A l'époque, je me suis
rendu compte que j'étais prêt à commencer une seconde
phase de ma vie. J'ai eu l'impression d'avoir décroché
un diplôme et donc qu'il fallait que je me lance
dans quelque chose de nouveau. Je suis alors rentré
dans les affaires. Je possède aujourd'hui le groupe
Carl Lewis Entertainement (CLEG). Nous réalisons
des films et des téléfilms. J'ai aussi créé une
ligne de vêtements. Depuis mon enfance, je suis
passionné par la mode et la comédie. C'est pourquoi
je me suis lancé dans ces domaines. J'ai bien l'intention
de devenir un bon acteur !
— Vous étiez le roi de 4 différentes
épreuves d'athlétisme : 100 m, 200 m, 4x100
relais et saut en longueur. Laquelle préférez-vous ?
— Le saut en longueur est
mon épreuve préférée. Sur 9 médailles d'or olympiques,
j'en ai remporté 4 grâce à cette discipline.
— Vous avez marché sur les
pas de Jesse Owens, une autre légende de l'athlétisme.
Pensez-vous qu'un athlète pourra à son tour égaler
vos performances ?
— Aujourd'hui, presque tous
mes records ont été battus. Sauf celui du saut en
longueur en salle. Grâce aux nouveaux équipements
et aux nouvelles techniques les performances sont
meilleures. Mais à ce jour, personne n'a battu mon
record de 9 médailles d'or olympiques. Je serai
néanmoins très heureux de voir quelqu'un le battre.
— L'athlétisme est une discipline
où le dopage sévit. Quelle est, selon vous, la solution ?
— Dans le temps, faute de
techniques et d'équipements, il était difficile
de contrôler les athlètes. Puis dans les années
1980, beaucoup de temps s'est écoulé entre la performance
du Canadien Ben Johnson et la révélation de son
dopage lors des Jeux olympiques de Séoul 1988 après
qu'il m'ait battu aux 100 m. Une fois découvert,
le Comité olympique international m'a finalement
remis sa médaille d'or. Mais il existe aussi un
autre problème qui a beaucoup entravé la lutte antidopage.
Celui qui concerne le manque d'indépendance des
agences antidopage. Elles ont jusqu'en 2003 toujours
été liées aux organisations sportives. C'est grâce
à leur nouvelle indépendance que plusieurs athlètes
ont récemment été contrôlés positifs. Un premier
problème handicapant la lutte antidopage a ainsi
été résolu. Il en reste un second, plus complexe,
qui concerne l'athlète lui-même, car il faut chercher
à savoir pourquoi les athlètes prennent ce genre
de substances et comment ils se les procurent. Enfin,
je pense qu'il est indispensable d'informer les
athlètes et leurs entraîneurs sur les dangers du
dopage.
— Pour terminer, pensez-vous
que l'Egypte est capable d'organiser la Coupe du
monde 2010 ?
— Je crois que l'Egypte
doit organiser la Coupe du monde 2010. C'est un
pays magnifique où la nature, l'atmosphère et la
civilisation ancienne sont extraordinaires. Et puis,
le sport n'est pas seulement une affaire de concurrence.
Les athlètes doivent aller à la rencontre des différentes
cultures pour s'enrichir humainement. Il ne faut
pas limiter l'organisation de telles compétition
aux grands pays développés. Les autres peuples du
monde doivent bénéficier de ces compétitions.