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Jardins
historiques . Ces
merveilleux espaces verts aménagés notamment par le khédive
Ismaïl souffrent de négligence. Bien que l'Egypte soit
signataire d'une charte de l'Unesco sur leur préservation,
rien n'est fait pour sauver ce patrimoine.
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Les
splendeurs perdues |
| La plupart
des jardins historiques du Caire ont été aménagés entre
les XVIIIe et XIXe siècles. C'est grâce au khédive Ismaïl
que les espaces verts ont été diffusés partout en Egypte
et non seulement au Caire. Les souverains de l'Egypte
ont conservé cet héritage jusqu'à la moitié du XXe siècle.
« Après, la situation a complètement différé et
cette verdure a véritablement
diminué et risque de disparaître sous le joug de l'explosion
démographique et des forêts de béton armé qui se trouvent
partout », affirme Magued Abdel-Maqsoud, doyen
de la faculté de la planification urbaine.
Au début
de son règne, le khédive Ismaïl, influencé par sa vie
en Europe, voulait faire du Caire le Paris de l'Orient.
Pour réaliser son rêve, il a eu recours à des experts
étrangers dans l'aménagement des jardins avec à leur tête
le Français Le Nôtre, l'architecte des jardins du palais
de Versailles. Ce dernier lui a désigné quelques-uns de
ses confrères les plus habiles comme le grand architecte
des jardins Barillet Dechamps, qui a été le responsable
de l'aménagement des jardins d'Al-Azbakiya, d'Al-Ormane,
d'Al-Guézira et de Guiza. Le jardin Al-Azbakiya, construit
sur le modèle du parc Monceau à Paris, reste la grande
œuvre de Dechamps en Egypte.
Ce jardin
était agrémenté de petits lacs liés par des canaux traversés
par des ponts. La particularité de ce jardin était qu'il
répondait à tous les goûts oriental, occidental et même
turc. C'était le cas de la société égyptienne de cette
époque où cohabitaient toutes ces cultures. Le célèbre
kiosque de la musique dans lequel était joué tous genres
de concert était une autre caractéristique de ce jardin.
L'historien Younane Labib Rizq raconte que trois fois
l'an le jardin d'Al-Azbakiya se transformait en une partie
de l'Europe. Ces occasions étaient les fêtes nationales
allemande, anglaise et française. |
La nostalgie d'Al-Azbakiya
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Ainsi,
ce jardin n'était pas un parc ordinaire, mais était un
miroir de l'histoire égyptienne et un théâtre sur lequel
se déroulaient beaucoup d'incidents politiques et sociales.
« Tout ceci n'a pas empêché qu'il se détériore.
Cela a commencé au début des années 1950 avec la création
au centre de l'avenue de 26 juillet. Après cela, toutes
les violations ont été permises », explique le
Dr Magued.
Et le spécialiste
d'évoquer comment autrefois le jardin était entretenu.
Ismaïl pacha a embauché le grand architecte français De
Chevalerie comme inspecteur responsable de la surveillance
de tous les jardins du Caire. En outre, quand il a voulu
en 1871 construire un musée d'hydrobiologie, il a eu recours
à deux architectes italiens, Compazo et Demelio, spécialisés
dans ce genre de jardins basés sur l'existence de petites
collines pleines de cavernes et des grottes dans lesquelles
sont exposés des poissons rares de toutes espèces et de
toutes couleurs dans leurs aquariums. Ismaïl pacha était
connu par son ambition et son imagination fertile. Alors,
il a importé la plupart des plantes et des arbres de ces
jardins de l'étranger, de leurs pays originaux comme la
Chine, l'Inde, l'Afrique et l'Amérique du Sud. Dans son
livre Al-Khétat al-tawfiqiya, le grand historien
Ali Moubarak relate que le khédive Ismaïl dépensait généreusement
sur les travaux d'urbanisation et d'agriculture d'Al-Mahroussa
(...) il a importé plus d'un million de plantes et de
semis, et il a ordonné à des commerçants spécialisés de
les acheter de leurs pays originaux ou des expositions
de plantes qui étaient organisées en Europe. Cinq wagons
étaient consacrés au transport des plantes et des semis
qui étaient importés pour être cultivés dans le jardin
Al-Azbakiya seulement. |
Des plantes et des animaux rares
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| Les semis
rares importés de l'extérieur étaient transportés préalablement
au jardin Al-Zohriya pour une période d'incubation afin
qu'elles s'adaptent avec le climat et le sol égyptiens.
Ce jardin était construit sur 50 feddans pour servir
de laboratoire pour la culture de plantes rares. Maintenant,
ce jardin est plein de serres et sa surface ne dépasse
pas deux feddans. Quant au plus grand jardin du
Caire à l'époque ismaïlite, c'est celui d'Al-Horriya (la
liberté). Construit en 1876, sa surface était de 120 650
m dans la région entre le pont Qasr Al-Nil et celui d'Al-Galaa.
Un grand nombre de statues représentant les grandes personnalités
de l'Egypte ornaient les coins de ce jardin. Aujourd'hui,
l'état de ce jardin est vraiment lamentable. Il est disséqué,
on y a construit l'Opéra, le musée des beaux-arts, le
bâtiment du Planétarium, les deux musées de la civilisation
et de l'art moderne, le syndicat des architectes, le théâtre
Hanaguer ... Même la station de métro a fait
infraction sur ce jardin qui était utilisé dans le temps,
grâce à sa beauté excessive, comme un plateau cinématographique
dans la plupart des films anciens.
C'est aussi
le khédive Ismaïl qui a été le premier à créer des jardins
musées comme celui d'Al-Ormane, et l'autre zoologique.
Al-Ormane a été construit par Barillet Dechamps, sa surface
était de 465 feddans, sous la surveillance de 500
personnes. Ce jardin comportait un musée ouvert de la
vie botanique en Egypte avec des plantes rares de toutes
espèces. Quant au parc zoologique, il l'a construit à
l'occasion de l'inauguration du Canal de Suez. En fait,
il a pris une partie du palais Al-Guézira pour être un
jardin zoologique tout en y rassemblant des animaux et
des oiseaux d'espèces rares du monde entier. Mais, il
n'est devenu un parc zoologique proprement dit qu'au temps
du khédive Tewfiq, en 1891. Celui-ci lui a consacré 50
feddans des jardins du palais Al-Guézira. Et il
a importé plus de 680 genres d'animaux, 3 150 oiseaux
et 300 reptiles. C'était vraiment le premier parc zoologique
au Proche-Orient.
Pionnier
comme on l'a connu, le khédive Ismaïl a créé un jardin
japonais dans la banlieue de Hélouan, connu auparavant
pour des raisons thérapeutiques. Ce jardin a pris son
nom du style sur lequel il a été aménagé. Ce style est
caractérisé par un long couloir qui traverse le jardin,
avec sur ses deux côtés de gigantesques statues d'éléphants
et de Bouddhas. Dans le temps, des petits lacs étaient
éparpillés ici et là dans le jardin avec une sélection
rare d'oiseaux immigrants. Maintenant, rien de ces beautés
n'existe. On ne voit que des débris, même les statues
en pierre se sont partiellement démolies.
Si le khédive
Ismaïl a réalisé une révolution botanique en Egypte, c'est
son grand-père, Mohamad Ali pacha, qui a construit l'aqueduc
de Qanater ou Al-Qanater al-khayriya, avec les beaux jardins
qui l'entourent, vers la fin du XVIIIe siècle. A l'époque
de la construction, la surface était de 180 feddans
et après les élargissements qui ont été établis par le
khédive Ismaïl, ils atteignaient 500 feddans. Les
jardins de Qanater sont un prototype des jardins européens
du siècle dernier caractérisé par les designs libres.
Les plantes et les arbres ont été importés de l'extérieur,
quelques-uns persistent jusqu'à nos jours. Le style architectural
du corps des bâtiments administratifs qui y ont annexés,
les ponts et les portes allait de pair avec le panorama
vert de l'endroit. L'importance de ces jardins réside
dans le fait qu'ils représentent le premier musée agricole
en Egypte et restent les jardins historiques et publics
les plus visités jusqu'à nos jours, surtout pendant les
jours des fêtes. |
La dégradation
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| Pourtant,
leurs surface ont diminué jusqu'à 80 feddans actuellement
à cause des violations comme les bâtiments qui n'ont aucun
lien avec l'aqueduc tels la prison des femmes et des bases
militaires qui s'y trouvent encore. Ce ne sont pas tous
les séries des œuvres de Mohamad Ali. Il a construit les
jardins de Choubra sur le bord du Nil. Au Milieu, il a
bâti son palais avec une fontaine qui seule persiste jusqu'à
présent. « Comme dans tous les cas, ce sont seulement
les bâtiments qui intéressent les responsables du CSA
qui se hâtent à enregistrer les bâthistoriques et négligent
totalement les jardins historiques, qui n'en manquent
pas de richesse et d'importance. Les cas des palais d'Al-Zaafarana,
situé à l'Université d'Aïn-Chams, ou celui de Manesterli,
au quartier de Manial, en est l'exemple », explique
le Dr Yéhia Al-Zeini, président du comité de l'architecture
au Haut Conseil de la culture. Pourtant, la charte de
Florence de 1982, qui concerne la préservation des jardins
historiques, a été signée par l'Egypte. Mais le CSA semble
ignorer ces jardins. |
Dalia
Farouk
Howaida Salah |
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3
questions à Yéhia Al-Zeini,
vice-président de l'Association des amis des jardins historiques
et publics. |
Al-Ahram
Hebdo : Quels sont les objectifs de cette association ?
Yéhia
Al-Zeini : Cette association, située au quartier
de Qasr Al-Aïni, a été fondée il y a seulement deux
ans. Son but est de sauver les jardins historiques qui
souffrent de négligence et qui risquent de disparaître.
On vise à sensibiliser des gens pour qu'ils prennent
conscience de l'importance des espaces verts. Pour ce,
on collabore avec le ministère de l'Education pour conscientiser
les jeunes vis-à-vis de l'importance de la vie botanique.
On cherche aussi à trouver des solutions pour bien entretenir
ces jardins, et les ouvrir au public parce que la plupart
d'entre eux sont fermés. On coopère avec les différents
responsables pour créer un équilibre entre l'environnement
et les agglomérations urbaines. Selon les plus récentes
statistiques effectuées, un Egyptien a 70 cm de verdure,
alors que la part d'un Saoudien par exemple est de 14
m2.
On cherche
actuellement à profiter de nos grands jardins historiques
pour organiser des festivités à l'instar du festival
des « grands eaux » du jardin de Versailles
à Paris où sont organisés des spectacles de ballets
avec comme arrière-fond les fontaines éclairées du jardin.
— Quelles
sont vos priorités à l'heure actuelle ?
— Le
parc zoologique de Guiza est actuellement une de nos
priorités. Il est dans un état de détérioration accru.
On mène ainsi une campagne pour le sauver de plusieurs
violations. La faculté de polytechniques s'est appropriée
une partie du jardin. Les directeurs ont construit de
petits kiosques pour faire du tatouage aux visiteurs,
le sol de certaines allées a été couvert de carrelage
à la place des anciens cailloux colorés qui existent
depuis la construction du jardin. Les cavernes (gabalaya)
artificielles, l'île au thé et le pont suspendu ont
été peints de façon moderne trop criarde et des couleurs
bizarres qui n'ont aucun rapport avec les peintures
originales. Malheureusement, ce parc, qui devrait être
un musée à ciel ouvert où l'on expose les espèces rares
d'animaux, est devenu un cirque.
— Le
Conseil Suprême des Antiquités (CSA) collabore-t-il
avec vous ?
— Depuis
la création de l'association, on essaie de dialoguer
avec toutes les institutions concernées, notamment le
CSA. En fait, il faut que tous les responsables coopèrent
pour préserver ces jardins historiques en appliquant
la charte de l'Unesco signée à Florence en 1982. C'est
pour cela qu'on a adressé une demande aux responsables
du CSA pour créer un nouveau département uniquement
pour les jardins historiques. Celui-ci sera chargé d'enregistrer
et de restaurer ces jardins en tant que patrimoine naturel.
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Propos
recueillis par
D.F.
H.S.
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