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Médias . Dirigé par Olfa Lamloum et préfacé par Alain Gresh, Irak : les médias en guerre, publié chez Actes Sud, (2003), est une collection d'études proposant une analyse critique de la couverture de la guerre en Iraq.

L'introuvable neutralité

Le 9 avril 2003, les télévisions du monde entier gardent leurs objectifs braqués pendant des heures sur une seule et même scène : le déboulonnage de la statue de Saddam Hussein, dans un Bagdad déserté. Ces images symboles n'ont pas pour autant reçu le même traitement sur tous les écrans de la planète, tout comme les 21 jours de guerre n'avaient pas été vus de la même manière selon que l'on regardait la télévision américaine, iraqienne, française, turque, israélienne ou encore Al-Jazeera. C'est de ce constat que part l'ouvrage : il s'agit de « six guerres différentes vues de six postes d'observation distincts » (p.15). L'une des explications avancées par Olfa Lamloum sur ces différences est liée à la différence de lecture entre le Nord et le Sud (p.14), mais ces différences ne peuvent être intelligibles que si on comprend bien que « produire de l'information, c'est construire une représentation de l'événement, sélectionner les faits et leur donner une intelligibilité ». Il s'agit de « fournir une expertise critique de l'intervention et/ou de la manipulation des médias en temps de guerre ».

Plusieurs des articles proposés s'engagent ainsi à démonter le parti pris des médias qui se disent « objectifs ». Jean-Paul Marthoz montre comment, aux Etats-Unis, les médias dominants étaient dépendants d'un pouvoir qui a tout mis en œuvre pour enrôler l'opinion publique derrière « l'effort de guerre » : injonctions gouvernementales, censure, et autocensure. Henri Maler, lui, donne quelques descriptions édifiantes et parfois même comiques du traitement de la guerre par TF1, toujours habile à mettre en œuvre l'armada d'outils de la « compassion » en direct quand il s'agit des morts américains ou européens et à occulter ou à n'accorder qu'un traitement secondaire aux victimes du côté iraqien. « Journal de TF1, 1er avril 2003, 20h. Après plusieurs sujets centrés sur les opérations militaires du point de vue américain, un reportage dans un quartier sud de Bagdad, où des missiles ont raté leurs cibles, donne à voir et à entendre des habitants : ceux d'une maison détruite (voisine d'une autre où deux habitants sont morts). Enfin, Jean-Pierre About commente quelques images prises, dit-il, sur la route du retour : devant un cimetière des familles qui portaient sur leurs épaules les morts de la dernière nuit d'horreur. Fin. Patrick Poivre d'Arvor enchaîne aussitôt : Il convient de rappeler que nos équipes de reportage là-bas sont toujours accompagnées d'officiels iraqiens. Comme s'il fallait, volontairement ou pas, neutraliser le reportage et la dernière phrase de Jean-Pierre About » (p.121).

L'autre sujet qui fâche, à savoir le mouvement anti-guerre, a également fait l'objet de commentaires souvent aussi ridicules que mal renseignés. Encore une fois, sur TF1, « quand Gilles Bouleau rend compte des manifestations de Londres, c'est pour conclure : Malgré les 100 000 personnes qui ont piétiné (sic) les pelouses de Hyde Park, tout le monde (re-sic) a bien conscience que la tornade pacifique s'est transformée en vaguelette ».

Dans un autre pays, dans un autre médium, à savoir le quotidien Haaretz (qui s'affiche pourtant comme le « journal des gens qui pensent » en Israël), un gros titre ne se contentait pas de minimiser le mouvement anti-guerre mais conseillait carrément à Bush de l'ignorer : « 19 février, Haaretz titre : Bush : on ne prendra pas en considération les manifestations. Une décision de l'Onu n'est pas nécessaire » (p.149). Dans son article, Michel Warshawzski explique bien comment « le contenu et le ton de l'information expriment une identification totale avec la politique de l'Administration américaine » (p.149).

Les auteurs ne dépeignent pas pour autant des médias uniformes. Sauf dans le cas de l'Iraq, (Roland Hugunin-Benjamin, Discours à sens unique : l'Irak avant la chute du Baas). Même aux Etats-Unis, la presse écrite a été moins aveuglément pro-guerre que la télévision ; Jean-Paul Marthoz cite ainsi bien sûr le New York Times, mais aussi l'hebdomadaire The New Yorker (700 000 exemplaires), The New York Review of Books, ainsi que des stations de radios et de télévision alternatives. En France, et même en Israël des voix « minoritaires mais non marginales » se sont exprimées contre la guerre.

e face à la crise irakienne de Pierre Vanrie) à un moment où l'information se mondialise de plus en plus.


Machine de guerre médiatique
Rien à voir cependant avec Al-Jazeera, chaîne qui a réussi à s'imposer comme une machine de guerre médiatique en discordance avec les médias dominants et exprime « la perte du monopole de l'énonciation politique détenu jusqu'alors par les élites arabes au pouvoir. Elle a participé ensuite à la résurgence de la thématique nationale arabe et à la décrédibilisation des frontières issues de la colonisation. Elle a enfin été un point focal pour la mise en avant de la demande démocratique dans cet espace » (p.214). L'on trouvait ainsi sur Al-Jazeera une présentation des événements souvent différente de celle qu'on trouvait sur les autres télévisions, basée sur une terminologie volontairement différente (en utilisant par exemple « le vocable de forces d'invasion (al-qowat al-ghaziya), p.207) et constitue ainsi un contre-pouvoir aux médias dominants. Lamloum cite au passage les pièges que n'a pas su éviter la chaîne qatari, entre autres la surévaluation de certains actes de résistance.

L'ouvrage constitue un outil d'information indispensable pour qui veut comprendre les tenants et les aboutissants de la couverture médiatique de « la guerre sur l'Iraq », et donne des éléments sur les médias de six pays (nous n'avons pas cité ici  : Turquie : la press

Dina Heshmat
 

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