Iraq
. Violences, contestation
de la Constitution provisoire par la majorité chiite.
La situation dans le pays reste chaotique, un an
après la guerre américaine. |
L'optimisme
injustifié
des Américains |
| Les
ténors de l'Administration Bush, le secrétaire d'Etat
Colin Powell, la conseillère pour la sécurité nationale
Condoleezza Rice et le secrétaire à la Défense Donald
Rumsfeld, ont dressé dimanche un tableau positif
de la situation en Iraq un an après l'intervention
américaine. L'on pourrait pourtant se demander sur
quoi ils se sont basés pour faire ce bilan étant
donné la situation actuelle. En effet, outre les
protestations des chiites contre le texte de la
Constitution provisoire, de plus en plus virulentes,
la violence ne fléchit pas en Iraq. Ce début de
semaine a été sanglant avec la mort de sept soldats
américains et cinq civils iraqiens. Dans le même
temps, cinq civils iraqiens ont été tués samedi
par la chute d'obus dans un village des environs
de Baaqouba (60 km au nord de Bagdad). Lundi matin,
l'armée américaine a indiqué que 19 de ses soldats
avaient été blessés au cours d'opérations menées
en début de semaine à l'ouest de Bagdad. L'armée
a également indiqué que 4 civils iraqiens avaient
été blessés lors d'une attaque dans la même région.
Face à la poursuite des violences,
l'administrateur civil américain Paul Bremer a annoncé
une série de mesures visant à mieux contrôler les
frontières et tenter de freiner le passage des « terroristes
étrangers » en Iraq. La coalition a aussi
annoncé le doublement du nombre des gardes-frontières,
de 8 000 à 16 000, l'introduction dans
quelques mois de visas, limitant les séjours à 90
jours, un système informatisé de contrôles aux frontières
et un accroissement sensible des personnels chargés
de l'immigration.
C'est dans ce cadre que le président
du Conseil de gouvernement, le chiite Mohammad Bahr
Al-Ouloum, s'est rendu samedi en Iran à la tête
d'une délégation de plusieurs ministres pour discuter
notamment du contrôle des frontières communes et
de l'organisation du pèlerinage des Iraniens sur
les lieux saints chiites d'Iraq. Les chefs chiites
ont reproché à la coalition de ne pas bien protéger
les frontières après les attentats antichiites du
2 mars qui ont fait plus de 170 tués.
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Les chiites protestent
contre la Constitution
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Mais il ne s'agit pas là de la
seule critique adressée par les chiites. Ces derniers,
majoritaires en Iraq, s'élèvent toujours contre
la Constitution provisoire signée la semaine dernière
par le Conseil. Ainsi, des associations culturelles
proches du grand ayatollah Ali Sistani ont lancé
dimanche une campagne, dont une pétition nationale,
contre la Constitution provisoire critiquée par
leur prestigieux chef religieux. Ces associations
ont commencé à distribuer des tracts et des plaquettes
dans la ville sainte de Najaf, au sud de Bagdad,
expliquant les réserves des chefs religieux sur
le texte signé par les membres du Conseil de gouvernement
transitoire désigné par les autorités de la coalition.
Les religieux de Najaf, l'ayatollah Sistani en tête,
contestent la légitimité du texte qui doit gouverner
l'Iraq pendant la période transitoire commençant
avec le transfert du pouvoir aux Iraqiens, le 30
juin. Ils lui reprochent notamment de ne pas faire
de l'islam l'unique source de législation et estiment
qu'il ne peut être imposé à une prochaine assemblée
élue, ayant été élaboré par un organisme, le Conseil
de gouvernement, qui n'est pas élu.
La veille, plusieurs manifestations
hostiles à la Constitution provisoire iraqienne
ont eu lieu à travers le pays. A Bagdad, à Najaf
et à Mossoul (nord), des centaines d'étudiants sont
descendus pour dénoncer le texte adopté lundi 8
mars par l'exécutif iraqien et censé gouverner le
pays durant une période intérimaire. Ces rassemblements
sont intervenus au lendemain de critiques de la
Constitution provisoire, formulées par des leaders
chiites lors de leur prêche du vendredi.
Les membres du Conseil de gouvernement
transitoire iraqien sont en outre divisés sur le
rôle que doit jouer l'Onu dans la mise en place
d'un gouvernement intérimaire, après la passation
du pouvoir aux Iraqiens au 30 juin. « Certains
le veulent limité, d'autres plus important »,
a déclaré le Kurde indépendant Mahmoud Ali Osmane,
membre de l'exécutif de Bagdad, assurant toutefois
que la question serait discutée au sein de cette
instance et « un accord trouvé ».
Osmane a également estimé que les chiites semblent
réticents sur un rôle de l'Onu. « Je pense
qu'ils ne sont pas contents du rapport de la mission
des Nations-Unies qui était venue en Iraq »,
a-t-il dit. La mission relative à des élections
et conduite par Lakhdar Brahimi, envoyé spécial
du secrétaire général de l'Onu Kofi Annan, avait
estimé que des mois de travail étaient nécessaires
pour organiser un scrutin « crédible »
en Iraq. Alors que ces élections étaient demandées
avec insistance par Ali Sistani.
Autant de données qui rendent quasi
surréalistes les déclarations des responsables américains.
Tout en reconnaissant qu'« il y a encore
du chemin à faire », Powell a déclaré :
« L'Iraq est sur la voie d'un avenir meilleur
et c'est un accomplissement majeur. Si nous maintenons
le cap, (...) nous mettrons en place une démocratie
stable en Iraq, et cela constituera un exemple pour
le reste de la région, un exemple pour le monde ».
Sauf que pour l'heure, l'exemple n'est pas des plus
réjouissants.
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Abir
Taleb |
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Incertitudes |
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L'Iraq a désormais sa Constitution
provisoire, appelée à régir le pays dès la remise
du pouvoir aux Iraqiens, le 30 juin, jusqu'à la
tenue d'élections générales fin 2004 ou début 2005.
La difficile gestation de cette « loi fondamentale »
et sa contestation immédiate par la majorité chiite,
sous la houlette de l'ayatollah Ali Sistani, le
plus influent des religieux chiites d'Iraq, augure
cependant mal de la poursuite du délicat processus
politique imaginé par les Américains.
En effet, la Constitution provisoire
comporte des zones d'ombre devant être négociées
en annexe, qui promettent de nouvelles confrontations
entre leaders politiques et forces occupantes. Ainsi,
toute une partie sur les institutions a été laissée
« en blanc ». Plus important encore :
on ignore la composition du gouvernement intérimaire,
appelé à succéder à partir du 30 juin à l'actuel
Conseil de gouvernement transitoire nommé par la
coalition, et qui dirigera de façon souveraine l'Iraq.
En théorie, trois acteurs feront naître ce gouvernement
non élu : les forces d'occupation, les Nations-Unies
et le Conseil de gouvernement. Mais le flou règne.
Le gouvernement intérimaire sera-t-il élargi ou
aura-t-il la même taille qu'actuellement ?
Une question qui reste pour l'instant sans réponse.
Concernant la présence de forces
étrangères, les chiites estiment que cette question
cruciale ne pouvait être décidée par un gouvernement
transitoire désigné. Ils ont obtenu que l'article
59-C de la Constitution stipule que seul un gouvernement
« élu » pourra conclure des accords
contraignants dans ce domaine. Or, il n'y aura de
gouvernement élu en Iraq qu'après l'élection d'une
assemblée nationale, prévue pour décembre 2004 ou
janvier 2005. Des pays occupant actuellement l'Iraq,
comme la Pologne ou l'Espagne, qui souhaiteraient
« régulariser » leur situation
par un accord avec le gouvernement iraqien pourraient
donc être en peine de le faire. Les Etats-Unis,
eux, se réjouissent déjà à l'idée que leur statut
sera, après le 30 juin, celui d'« invités »
et non pas de « force occupante »,
sans que cela ne change grand-chose à leur mainmise
sur les affaires intérieures du pays. « Notre
travail continuera mais notre statut changera. Nous
serons des invités plutôt qu'une force occupante »,
a déclaré un haut responsable de la coalition. Washington
considère en effet qu'après le transfert du pouvoir
aux Iraqiens et même si le nouveau gouvernement
est théoriquement souverain, les forces de la coalition
resteraient en Iraq un nombre inconnu d'années pour
assurer le « remodelage » du paysage
politique du pays.
Des questions se posent également
en ce qui concerne les possibilités de révision
de la Constitution provisoire. Quelle légitimité
peut revendiquer un corps non élu, choisi par un
autre corps lui-même désigné par des forces étrangères
occupantes ? Ce problème, qui se pose déjà
à l'actuel exécutif, le Conseil de gouvernement
provisoire, se posera aussi au gouvernement intérimaire,
à partir du 30 juin. Les chiites, forts de leur
majorité, considèrent qu'une assemblée élue doit
pouvoir amender ce qu'elle souhaite. Or les Etats-Unis,
qui ont fortement influencé le contenu de la loi
fondamentale, ont « verrouillé »
le texte pour empêcher que ses dispositions ne soient
remises en cause dans l'avenir. Selon son article
3-A, un amendement futur au texte devra réunir la
majorité des trois quarts à l'assemblée et l'unanimité
de la présidence du Conseil. Ce qui est pratiquement
impossible.
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