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Algérie . Le ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Belkhadem, évoque la question des réformes dans le monde et la Ligue arabe et parle des chances du président Bouteflika dans les présidentielles du 8 avril.

« Les réformes ne peuvent être imposées
aux peuples arabes
 »

Al-Ahram Hebdo : L'Algérie a présenté lors de la dernière réunion des ministres arabes des Affaires étrangères au Caire un plan d'action visant à introduire des réformes dans l'ordre arabe et la Ligue arabe. Quelle en était la teneur ?

Abdelaziz Belkhadem : Le plan proposé par l'Algérie vise à reformer l'ordre arabe. Il comprend trois axes principaux. Le premier est l'axe politique, qui prévoit un développement politique, la promotion de la démocratie, de la liberté d'expression, des droits de l'homme et du droit de la femme à participer aux activités politiques. Le deuxième axe vise à créer une complémentarité économique entre les pays arabes. Sur ce plan, l'Algérie appelle à augmenter la coopération économique, encourager le partenariat et les investissements, unifier les politiques économiques et prendre des mesures effectives pour la fondation d'une zone arabe de libre-échange. Quant au troisième axe, il appelle à revoir le système de vote actuellement en vigueur dans la Ligue arabe et qui est basé sur le principe de l'unanimité. Nous proposons de le remplacer par celui de la majorité des deux tiers en ce qui concerne les questions principales et de la majorité simple pour ce qui est des autres questions, de moindre importance.

 Qu'en est-il de l'idée, proposée par l'Algérie, d'introduire une rotation entre les pays arabes pour le poste de secrétaire général de la Ligue arabe ?

— Cette idée consiste à ce que tous les Etats arabes se succèdent à occuper le poste de secrétaire général de la Ligue arabe. Cette idée exprime une volonté qui existe chez tous les Etats arabes. Ce sera un aspect de la pratique démocratique que nous réclamons dans l'ordre arabe. S'il y a une volonté arabe réelle de provoquer un changement global dans la vie et les relations interarabes, la réforme doit commencer par notre ombrelle politique qui est la Ligue arabe, ainsi que par le secrétariat général de celle-ci.

Je saisis cette occasion pour préciser que cette proposition algérienne n'est pas dirigée contre l'Egypte. L'Algérie est tout à fait consciente du poids et du rôle qu'assume l'Egypte dans le système arabe, et les relations égypto-algériennes sont très anciennes.

 Mais il y a une pratique arabe qui veut que le poste de secrétaire général de la Ligue arabe soit tenu par un ressortissant du pays de siège. C'est ce qui a effectivement eu lieu quand le siège de la ligue a été transféré en Tunisie, où le secrétaire général était le Tunisien Chadli Klibi ...

— La volonté d'occuper le poste de secrétaire général de la ligue existe chez tous les Etats arabes. Certains l'expriment et d'autres pas. La différence réside donc dans l'expression ou non de leurs volontés dans ce domaine. Notre proposition a pour objectif de faire évoluer le système d'interactions arabes, pratiquer la démocratie et éviter tout monopole.

— Sous le vocable de « Grand Moyen-Orient », les Etats-Unis proposent un projet de réformes politiques, économiques, sociales et éducatives dans le monde arabe, suscitant les réserves de plusieurs gouvernements arabes. Qu'en pensez-vous ?

— Les ministres arabes ont étudié en détail cette question des réformes. Nous étions d'accord sur le fait qu'aucune réforme ne peut être appliquée sans accord des peuples concernés. Nous avons également insisté sur la nécessité d'appliquer les réformes d'une façon progressive. D'autre part, il faut noter que la pratique démocratique, avant d'être un outil, est une culture. Elle doit convenir aux traditions et coutumes des peuples et ne peut leur être imposée.

— L'Algérie est actuellement la scène d'une âpre lutte entre les candidats en vue des élections présidentielles du 8 avril. Quelles sont les chances du président Abdelaziz Bouteflika de remporter les prochaines élections ?

— Tous les sondages assurent que le président Bouteflika remportera les prochaines élections compte tenu de son bilan politique positif. Il a effectivement accompli de nombreuses réalisations politiques pendant son mandat présidentiel, dont la plus importante est la lutte contre le terrorisme et la violence, ainsi que la réintégration de l'Algérie dans la communauté internationale. Ceci est clairement apparu dans l'accueil en Algérie du sommet africain. Il faut aussi citer les réalisations économiques qu'il a accomplies, sans oublier les progrès dans la vie politique et partisane.

En Algérie, toutes les formes de la démocratie sont pratiquées. Il y a une liberté d'expression, un Parlement élu et la question de la pluralité y est définitivement ancrée. La meilleure preuve en est que nous avons 5 candidats à la présidence de la République, dont Louisa Hanoun, leader du Parti travailliste et première candidate femme à la présidence dans le monde arabe.

 Les relations algéro-marocaines passent par une période de froideur qui empêche leur évolution de façon à servir les intérêts des deux pays et à relancer l'Union du Maghreb Arabe (UMA). Et cette situation perdure ...

— Les contacts de haut niveau entre nos deux pays se poursuivent. Et nous œuvrons pour améliorer nos relations. Je pense que celles-ci iront dans la bonne voie désirée par les directions des deux pays. Cependant, le manque de progrès tient à de nombreuses raisons qui ont influencé négativement la marche de l'Union du Maghreb arabe depuis le traité de Marrakech. Puis il y a eu la crise et le drame en Algérie qui se sont répercutés sur le rêve de l'UMA. En Algérie, nous n'avons cependant pas renoncé à ce rêve. La preuve en est que quand la Libye a refusé d'assumer la présidence de l'UMA, l'Algérie l'a fait. Mais le Maroc avait gelé sa participation à l'Union. C'est ainsi que l'UMA souffre aujourd'hui d'un gel de ses activités, puisque sa charte prévoit la règle de l'unanimité. De 1996 à 2002, l'activité était gelée et n'a repris qu'à partir de 2003.

Finalement, c'est la question du Sahara Occidental qui a le plus influencé négativement nos relations avec le Maroc. Elle a par conséquent sapé l'activité de l'UMA. Cependant, nous espérons toujours que l'activité de celle-ci reprendra normalement. Nous y tenons puisque l'Algérie est géographiquement le cœur du Maghreb arabe.

Propos recueillis par
Naglaa Abdel-Hafez

 

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