Al-Ahram
Hebdo : L'Algérie a présenté lors de la dernière
réunion des ministres arabes des Affaires étrangères au Caire
un plan d'action visant à introduire des réformes dans l'ordre
arabe et la Ligue arabe. Quelle en était la teneur ?
Abdelaziz
Belkhadem : Le plan proposé par l'Algérie vise à reformer
l'ordre arabe. Il comprend trois axes principaux. Le premier
est l'axe politique, qui prévoit un développement politique,
la promotion de la démocratie, de la liberté d'expression,
des droits de l'homme et du droit de la femme à participer
aux activités politiques. Le deuxième axe vise à créer une
complémentarité économique entre les pays arabes. Sur ce plan,
l'Algérie appelle à augmenter la coopération économique, encourager
le partenariat et les investissements, unifier les politiques
économiques et prendre des mesures effectives pour la fondation
d'une zone arabe de libre-échange. Quant au troisième axe,
il appelle à revoir le système de vote actuellement en vigueur
dans la Ligue arabe et qui est basé sur le principe de l'unanimité.
Nous proposons de le remplacer par celui de la majorité des
deux tiers en ce qui concerne les questions principales et
de la majorité simple pour ce qui est des autres questions,
de moindre importance.
— Qu'en
est-il de l'idée, proposée par l'Algérie, d'introduire une
rotation entre les pays arabes pour le poste de secrétaire
général de la Ligue arabe ?
— Cette
idée consiste à ce que tous les Etats arabes se succèdent
à occuper le poste de secrétaire général de la Ligue arabe.
Cette idée exprime une volonté qui existe chez tous les Etats
arabes. Ce sera un aspect de la pratique démocratique que
nous réclamons dans l'ordre arabe. S'il y a une volonté arabe
réelle de provoquer un changement global dans la vie et les
relations interarabes, la réforme doit commencer par notre
ombrelle politique qui est la Ligue arabe, ainsi que par le
secrétariat général de celle-ci.
Je saisis cette
occasion pour préciser que cette proposition algérienne n'est
pas dirigée contre l'Egypte. L'Algérie est tout à fait consciente
du poids et du rôle qu'assume l'Egypte dans le système arabe,
et les relations égypto-algériennes sont très anciennes.
— Mais
il y a une pratique arabe qui veut que le poste de secrétaire
général de la Ligue arabe soit tenu par un ressortissant du
pays de siège. C'est ce qui a effectivement eu lieu quand
le siège de la ligue a été transféré en Tunisie, où le secrétaire
général était le Tunisien Chadli Klibi ...
— La volonté
d'occuper le poste de secrétaire général de la ligue existe
chez tous les Etats arabes. Certains l'expriment et d'autres
pas. La différence réside donc dans l'expression ou non de
leurs volontés dans ce domaine. Notre proposition a pour objectif
de faire évoluer le système d'interactions arabes, pratiquer
la démocratie et éviter tout monopole.
— Sous
le vocable de « Grand Moyen-Orient », les
Etats-Unis proposent un projet de réformes politiques, économiques,
sociales et éducatives dans le monde arabe, suscitant les
réserves de plusieurs gouvernements arabes. Qu'en pensez-vous ?
— Les ministres
arabes ont étudié en détail cette question des réformes. Nous
étions d'accord sur le fait qu'aucune réforme ne peut être
appliquée sans accord des peuples concernés. Nous avons également
insisté sur la nécessité d'appliquer les réformes d'une façon
progressive. D'autre part, il faut noter que la pratique démocratique,
avant d'être un outil, est une culture. Elle doit convenir
aux traditions et coutumes des peuples et ne peut leur être
imposée.
— L'Algérie
est actuellement la scène d'une âpre lutte entre les candidats
en vue des élections présidentielles du 8 avril. Quelles sont
les chances du président Abdelaziz Bouteflika de remporter
les prochaines élections ?
— Tous les
sondages assurent que le président Bouteflika remportera les
prochaines élections compte tenu de son bilan politique positif.
Il a effectivement accompli de nombreuses réalisations politiques
pendant son mandat présidentiel, dont la plus importante est
la lutte contre le terrorisme et la violence, ainsi que la
réintégration de l'Algérie dans la communauté internationale.
Ceci est clairement apparu dans l'accueil en Algérie du sommet
africain. Il faut aussi citer les réalisations économiques
qu'il a accomplies, sans oublier les progrès dans la vie politique
et partisane.
En Algérie, toutes
les formes de la démocratie sont pratiquées. Il y a une liberté
d'expression, un Parlement élu et la question de la pluralité
y est définitivement ancrée. La meilleure preuve en est que
nous avons 5 candidats à la présidence de la République, dont
Louisa Hanoun, leader du Parti travailliste et première candidate
femme à la présidence dans le monde arabe.
— Les
relations algéro-marocaines passent par une période de froideur
qui empêche leur évolution de façon à servir les intérêts
des deux pays et à relancer l'Union du Maghreb Arabe (UMA).
Et cette situation perdure ...
— Les contacts
de haut niveau entre nos deux pays se poursuivent. Et nous
œuvrons pour améliorer nos relations. Je pense que celles-ci
iront dans la bonne voie désirée par les directions des deux
pays. Cependant, le manque de progrès tient à de nombreuses
raisons qui ont influencé négativement la marche de l'Union
du Maghreb arabe depuis le traité de Marrakech. Puis il y
a eu la crise et le drame en Algérie qui se sont répercutés
sur le rêve de l'UMA. En Algérie, nous n'avons cependant pas
renoncé à ce rêve. La preuve en est que quand la Libye a refusé
d'assumer la présidence de l'UMA, l'Algérie l'a fait. Mais
le Maroc avait gelé sa participation à l'Union. C'est ainsi
que l'UMA souffre aujourd'hui d'un gel de ses activités, puisque
sa charte prévoit la règle de l'unanimité. De 1996 à 2002,
l'activité était gelée et n'a repris qu'à partir de 2003.
Finalement, c'est
la question du Sahara Occidental qui a le plus influencé négativement
nos relations avec le Maroc. Elle a par conséquent sapé l'activité
de l'UMA. Cependant, nous espérons toujours que l'activité
de celle-ci reprendra normalement. Nous y tenons puisque l'Algérie
est géographiquement le cœur du Maghreb arabe.