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Nil . Une initiative parrainée par l'Onu et le Canada tente de trouver une solution durable aux différends entre les pays riverains.
Un projet en sursis
Avec l'aide de la Banque mondiale, l'Initiative du Bassin du Nil (IBN) a été lancée en février 1999, à Dar Es-Salaam. C'est une sorte de partenariat régional entre les dix pays africains qui se partagent le Bassin du Nil, considéré aussi comme étant un arrangement temporaire jusqu'à la mise en place d'un cadre permanent pour l'exploitation des eaux du Nil. Cet arrangement est motivé par l'objectif commun « d'un développement socioéconomique durable grâce à une utilisation et un partage équitables des ressources en eau communes du Bassin du Nil ». Un secrétariat de l'IBN a été inauguré à Entebbe (Ouganda) en novembre 2002, à l'issue de la 5e réunion du Comité consultatif technique du Nil, considéré comme étant la branche technique de cette initiative. Ce secrétariat servira de base à la planification et à la coordination des activités de l'IBN en épaulant le comité consultatif technique et le Conseil des ministres du Nil, organe suprême de l'IBN composé des ministres responsables du secteur de l'eau dans les pays riverains. Le comité consultatif technique, composé de hauts responsables des pays membres, apporte son soutien au conseil des ministres.

Les bailleurs de fond comprennent le Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD) et l'Agence Canadienne de Développement International (ACDI). Beaucoup d'autres partenaires ont décidé de soutenir l'IBN, dont l'organisation des Nations-Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), et des pays comme l'Italie, les Pays-Bas, la Finlande, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Norvège et la Suède. Tous les partenaires se sont déclarés prêts à apporter durablement leur adhésion et leur appui à l'initiative pour le Bassin du Nil. « Le Canada favorise depuis de nombreuses années la coopération entre les dix pays du Bassin du Nil et appuie l'innovation ainsi que les progrès liés à l'IBN », a dit le ministre canadien de la Coopération internationale, Susan Whelan. En Fait, 11 millions de dollars ont été versés par l'ACDI pour soutenir deux projets à l'appui de l'IBN. 10 millions de dollars ont été accordés pour le premier projet visant à financer trois différentes composantes de l'IBN ; des activités de communication visant à bâtir la confiance, ainsi que l'engagement des intervenants à l'égard de l'IBN et des activités de développement connexes. 1 million de dollars ont été accordés à un autre projet, par l'intermédiaire de l'Union mondiale pour la nature, afin de créer un Bureau de dialogue avec la société civile du Bassin du Nil au sein du Secrétariat du Nil à Entebbe.

Si l'IBN est l'une des initiatives les plus sérieuses afin de réduire les chances de conflit entre les pays riverains du Nil, il n'en est pas moins qu'il existe toujours des divergences entre les pays membres qui continuent d'avoir chacun son propre projet. Ainsi, les experts des pays africains réunis depuis la semaine dernière en Ouganda ont décidé d'ajourner leurs travaux sans être parvenus à des résultats définitifs.

Aliaa Al-Korachi

Le dieu Hapy, objet de querelles

Il sillonne des forêts, franchit des montagnes, traverse des lacs, arrose des terres humides et des terres arides, s'engouffre dans le désert, quitte l'Ethiopie, passe par le Soudan et arrive en Egypte. Un périple long de plus de 6 000 kilomètres. Les paysans guettent ses frémissement, s'adaptent à son rythme et lui offrent, comme dit la légende, des offrandes pour calmer sa colère, capable de tout emporter avec elle. Ce Dieu, dit Hapy, chez les Anciens Egyptiens, vénéré mais négligé, n'arrête cependant pas de semer la zizanie partout où il passe. Le Nil n'est plus en révolte, mais ce sont les pays riverains qui sont de plus en plus irrités, des querelles diplomatiques remontent à la surface. Chacun des dix pays du Bassin du Nil cherche à s'attirer davantage de ses bénédictions. Une grâce qui leur éviterait sécheresse, pauvreté, faim, et salinité du sol. On ne peut ignorer le caractère, peut-être pas meurtrier, mais explosif du problème. « L’eau est un facteur majeur dans l’avènement et la chute des civilisations », écrit le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, dans sa préface au Rapport mondial des Nations-Unies sur la mise en valeur des ressources en eau. Cette réflexion s’applique aussi bien au delta du Nil, où l’eau et les limons venus du cœur de l’Afrique alimentent l’agriculture depuis cinq mille ans. En effet, la tension n'a pas arrêté, au fil des années, de monter entre l'Egypte d'un côté, le Soudan ou l'Ethipoie et aujourd'hui le Kenya et la Tanzanie de l'autre côté. Le Nil, que les Egyptiens surnomment « la veine de la vie » devient un enjeu prioritaire de sécurité nationale et une question géostratégique majeure. « Seule la question de l'eau pourrait conduire l'Egypte à entrer de nouveau en guerre », avait déclaré en 1979 le président Anouar Al-Sadate en réponse à un projet éthiopien d'exploiter cette richesse naturelle sans coordination avec l'Egypte. Des querelles qui ne datent pas d'hier. Déjà au XVIIIe siècle, des conflits armés avaient opposé ces deux pays pour le contrôle du Nil Bleu. Dans les années 1990, lorsque les relations entre Le Caire et Khartoum étaient à leur plus bas niveau, le Soudan et l'Ethiopie ont formé une organisation de la vallée du Nil Bleu, pour étudier plusieurs projets d'exploitation du fleuve, toujours sans concertation avec l'Egypte. Cette fois-ci encore, Le Caire n'hésite pas à profiler des menaces d'intervention militaire.

Aujourd'hui, même si les bruits de bottes ne se font plus entendre, la question prend toujours de l'ampleur avec des réclamations des pays du Bassin du Nil pour que soit renégocié le pacte de 1929 qui régit la distribution des eaux. Ainsi, le président Hosni Moubarak, après huit ans d'absence des sommets africains, n'a pas hésité à faire le déplacement vers la Libye pour participer à un sommet extraordinaire de l'Union africaine, lorsqu'il a appris que la problématique du partage des eaux serait au menu. Pas question de renégocier le quota car, sans les eaux du Nil, l'Egypte n'est rien d'autre qu'un immense désert. Le pays n'est-il pas le « don du Nil » comme dit la formule souvent attribuée à Hérodote. Car près de 86 % des eaux qui irriguent le sol aride de l'Egypte proviennent du Nil Bleu, né en Ethiopie, et environ 95 % des Egyptiens vivent concentrés sur les rives du fleuve. Rien d'étonnant, dans ces conditions, à ce que l'attachement des Egyptiens au fleuve nourricier soit vital. Heureusement, aujourd'hui, c'est la perspective pacifique de coopération autour du partage de l'eau qui l'emporte, mais les pressions démographiques et économiques croissent plus vite que la capacité du Nil. Et la question demeure sans réponses. Qu’en sera-t-il à l’avenir, alors que la pression sur l'eau va augmenter et que les pays craindront de plus en plus pour leurs intérêts vitaux, voire leur survie ?

Samar Al-Gamal
 

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