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Nil .
L'Egypte fait face à des revendications
de plus en plus pressantes des Etats riverains pour augmenter
leur part dans les eaux du fleuve. Le Caire tente d'y
répondre en essayant de promouvoir la coopération régionale.
L'enjeu est de taille.
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Tourbillon
d'intérêts |
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Les « droits
historiques » de l'Egypte sur le Nil « ne
sont pas négociables ». C'est ainsi que le ministre
égyptien de l'Irrigation et des Ressources hydrauliques,
Mahmoud Abou-Zeid, s'est exprimé récemment sur cette question
épineuse qui inquiète Le Caire, en présence d'une délégation
parlementaire éthiopienne qui était en visite en Egypte,
début mars.
Il
réagissait aux demandes maintes fois répétées des pays
du Bassin du Nil qui réclamaient depuis plusieurs années
une renégociation de leurs droits dans les eaux du fleuve,
qui selon eux sont essentiellement exploitées par l'Egypte
et dans une moindre mesure le Soudan, à leur dépens. Preuve
des divergences entre les pays riverains, les experts
de dix pays du bassin (Congo, Egypte, Erithrée, Ethiopie,
Kenya, Rwanda, Soudan, Tanzanie et Ouganda) réunis depuis
le 8 mars en Ouganda en vue de s'accorder sur l'utilisation
des eaux du Nil, ont décidé d'ajourner leurs entretiens
sans être parvenus à des résultats définitifs. « La
commission de l'Initiative pour le Bassin du Nil (NBI)
a décidé d'ajourner cette rencontre, mais des consultations
sur plusieurs thèmes vont se poursuivre », a
indiqué vendredi le secrétaire général de NBI, Meraji
Msuya.
Ces
entretiens doivent cependant reprendre ultérieurement.
« Le comité (d'experts) a été créé en décembre
2003 et étudiera des traités historiques controversés
portant sur l'utilisation des eaux du Nil et dira s'ils
doivent être déclarés nuls et non avenus et quel accord
nouveau sera mis en place », avait précisé M.
Msuya.
Et c'est
là que le bât blesse. L'Egypte s'accroche aux traités
qu'elle a signés avec la Grande-Bretagne, au nom de ses
anciennes colonies de l'Est africain, en 1929 et 1959,
et qui l'avantagent par rapport aux autres Etats. Aux
termes de ces traités, l'Egypte bénéficie de 55 milliards
de mètres cubes par an d'eau du Nil, sur un volume total
de 83 milliards de m3. Elle dispose aussi d'un droit de
veto sur toute utilisation des eaux du Nil qui mettrait
en péril le niveau du fleuve à son embouchure sur la Méditerranée
(voir encadré). Plusieurs pays de l'Afrique noire considèrent
que tous les traités portant sur cette question avaient
été rendus caducs par l'accès des anciennes colonies à
l'indépendance.
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Lâcher du lest sur la forme
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Mais l'Egypte,
qui dépend uniquement du Nil pour ses besoins en eau,
ne l'entend pas de cette oreille. C'est pour elle une
question d'importance stratégique. Elle y va tout simplement
de sa survie, se plaisent à dire les responsables égyptiens.
Tout en insistant sur ses droits « historiques »,
Le Caire est toutefois prêt à lâcher du lest, sur la forme
mais pas sur le fond. Il accepte désormais le principe
de négocier un traité entre les pays riverains, mais pour
officialiser et faire accepter aux autres pays riverains
sa part dans les eaux du Nil.
En
fait, l'Egypte tente de faire face aux demandes des pays
riverains en cherchant à promouvoir la coopération régionale
en vue de mieux gérer les ressources du Nil, augmenter
son débit et réduire les pertes et les gaspillages. Dans
ce cadre, un premier traité englobant les dix pays du
Bassin du Nil, visant à gérer le partage et l'utilisation
des eaux du fleuve, est ainsi en cours d'examen, sous
l'impulsion du Caire. « Tous les traités entre
les pays du Bassin du Nil étaient conclus entre certains
Etats et non pas entre tous les pays. Le premier traité
global est en cours d'examen dans le cadre de l'Initiative
du Bassin du Nil (IBN) », a déclaré samedi M.
Abou-Zeid à l'hebdomadaire Akhbar Al-Yom. « Il
s'agit (d'élaborer), pour la première fois, un
traité dont font partie tous les pays du Bassin du Nil »,
a-t-il souligné, tout en assurant que l'Egypte ne s'engagerait
pas dans des négociations visant à diminuer sa part des
eaux du Nil.
L'IBN, lancée
en 1999 pour mettre en valeur la région, regroupe les
dix pays du Nil. Une première session de négociations
dans le cadre de l'IBN s'est tenue en décembre à Addis-Abeba.
Des négociations
sont en cours entre les pays concernés pour élaborer le
cadre institutionnel et juridique du traité. Celui-ci
devrait créer « un comité conjoint pour gérer
le Nil ».
L'Egypte
croit que la négociation doit se dérouler selon des constantes :
ne pas toucher aux droits historiques de l'Egypte sur
le Nil. Elle doit porter sur l'examen des moyens de coopérer
afin de profiter des eaux du Nil perdues. « Une
répartition juste des eaux du fleuve ne signifie pas que
les pays du Bassin du Nil obtiennent des part égales »,
a bien précisé M. Abou-Zeid, soulignant que ces pays doivent
coopérer pour exécuter des projets servant leurs intérêts
communs et garantir une répartition « juste »,
et non pas égale, des ressources du Nil. Sur ce plan,
l'Egypte fait valoir l'importance de sa population qui
a dépassé au début de cette année les 70 millions. Selon
des estimations officielles, l'Egypte, dont la population
a été multipliée par plus de trois depuis 1959, aurait
actuellement besoin de 73 mds m3 d'eau pour couvrir les
besoins de son agriculture, qui occupe seulement 4 %
du territoire. D'autres experts estiment le déficit à
24 mds m3.
Ainsi, Le
Caire, qui encourage un règlement pacifique du conflit
du Sud-Soudan, compte sur l'assèchement des marécages
de cette région pour récupérer en deux étapes quelque
8 mds de m3 d'eau. Ces ressources supplémentaires seraient
acheminées vers le Nil à travers le canal de Jonglei (360
km de long) et partagées à égalité avec le Soudan. Commencés
en 1978, les travaux de creusement du canal de Jonglei
avaient été abandonnés en 1984, après un raid de la rébellion
sudiste sur le chantier. Le Caire n'exclut pas leur reprise
dès que la paix sera instaurée.
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Israël pointé du doigt
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Les vues
de l'Egypte sont contestées notamment par le Kenya, la
Tanzanie, l'Ouganda et l'Ethiopie qui souhaitent la révision
de la convention de 1929 et une plus grande part des eaux
du Nil. Le porte-parole du ministère éthiopien des Ressources
hydrauliques, Yetebark Mengesty, avait indiqué que son
pays avait des réserves au sujet du traité signé en 1929,
et appelé à des négociations diplomatiques pour trouver
une solution pour l'utilisation équitable des eaux du
Nil par les pays du bassin du fleuve. Le chef de la délégation
parlementaire éthiopienne, Haile Kiros Gessese, qui était
en Egypte, a pour sa part indiqué que les pays du Bassin
du Nil doivent « négocier entre eux afin de parvenir
des ententes sur la base d'une répartition à parts égales
des eaux du fleuve ».
Mais
l'Egypte voit dans les revendications de ces Etats africains
des « acteurs cachés connus de l'Egypte »,
en allusion à Israël qui avait auparavant demandé, à la
suite de la conclusion de l'accord de paix en 1979, que
l'Egypte lui transfère une partie des eaux du Nil. Une
demande catégoriquement rejetée par Le Caire, qui voit
dans les tentatives d'Israël un moyen de faire des pressions
sur l'Egypte, les deux pays s'opposant au Proche-Orient.
Un haut responsable égyptien avait, sous couvert d'anonymat,
évoqué des « doigts cachés », et souligné
qu'aucune modification du traité de 1929 n'était concevable
et a averti que « la moindre violation de cet
accord laisserait entendre que les pays africains ne respectent
pas leurs obligations régionales ».
C'est pour
cela que les autorités et la presse égyptiennes s'étaient
alarmées ces dernières semaines des déclarations de responsables
kenyans et tanzaniens notamment, exigeant de leur gouvernement
la révision des accords de 1929. « Cette orientation
inquiétante de certains riverains exige une rapide intervention
(de l'Egypte) pour étouffer dans l'œuf toute tentative
tendant à réduire la part de l'Egypte dans les eaux du
Nil », a souligné le journal gouvernemental Al-Gomhouriya.
Au début des années 1980, l'Egypte s'était vigoureusement
opposée à l'Ethiopie qui tentait de remettre en cause
les accords de partage des eaux. Le ministre tanzanien
des Ressources hydrauliques, EdLowasa, s'est demandé récemment
si son pays, qui a obtenu son indépendance en 1961, devait
encore respecter des accords conclus sous le régime colonial.
Pour l'Egypte, les frontières et traités issus de la colonisation
restent « intangibles ».
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| Hicham
Mourad |
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| Le pacte
de 1929 sur le partage des eaux du Nil entre l'Egypte
et la Grande-Bretagne — qui représentait l'Ouganda,
le Kenya, la Tanganyika (actuelle Tanzanie) et le Soudan —,
a été conclu au Caire le 7 novembre 1929 par un échange
de courrier entre le premier ministre égyptien et le Haut
commissaire britannique en Egypte.
L'accord
attribuait 48 milliards de mètres cubes d'eau par an à
l'Egypte, comme un droit lui étant acquis, et 4 milliards
de mètres cubes d'eau par an au Soudan. Cet accord a été
complété par une convention égypto-soudanaise, conclue
en 1959 augmentant les quotas respectifs, jusqu'à atteindre
55,5 milliards de mètres cubes pour l'Egypte et 18 pour
le Soudan, sur un total de 83 milliards de m3 que compte
le débit du Nil au niveau du Soudan.
Le pacte
décrétait qu'aucune construction susceptible de réduire
l'arrivée d'eau en Egypte ne serait entreprise sur le
Nil, ses affluents ou le bassin du lac. |
Le Nil
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Longueur :
6 693 km depuis sa source la plus éloignée, la
rivière Luvironza, au Burundi jusqu'à son delta en Egypte.
588 km depuis sa source officielle, le lac Victoria.
Branches :
le Nil blanc, alimenté par le lac Victoria et le Nil
bleu, représentant 85 % des eaux du fleuve, alimenté
par le plateau d'Abyssinie en Ethiopie. Ces deux fleuves
se rejoignent à Khartoum.
Embouchure :
mer Méditerranée.
Pays riverains :
le Burundi, la République démocratique du Congo, l'Egypte,
l'Erythrée, l'Ethiopie, le Kenya, l'Ouganda, le Rwanda,
le Soudan et la Tanzanie.
Population
riveraine : Environ 300 millions, dont 90 millions
au bord du fleuve. En Egypte, la grande majorité de la
population vit dans la vallée du Nil qui représente près
de 4 % du territoire égyptien. |
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