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Réforme . Une conférence de la société civile sur la réforme du monde arabe tenue à la Bibliothèque d'Alexandrie du 12 au 14 mars sous les auspices du président Moubarak s'est clôturée par un communiqué jugé audacieux. Il sera soumis au prochain sommet arabe prévu à la fin du mois en Tunisie.

La société civile se mobilise

La déclaration d'Alexandrie, mars 2004 : un forum pour la réforme arabe basé à la Bibliothèque d'Alexandrie ; un observatoire social arabe ; une adresse électronique : arf@bibalex.org et un site Internet en construction qui portera également le nom d'arab reform forum. Ce sont les résultats de la conférence regroupant 200 membres de la société civile venus de 18 pays arabes tenue à la Bibliothèque d'Alexandrie du 12 au 14 mars sous le titre de « La réforme du monde arabe ». Le président Hosni Moubarak qui parrainait cette conférence a prononcé un discours inaugural au début des réunions où il a affirmé : « Le monde arabe est aujourd'hui au seuil d'une nouvelle ère où nous visons tous à approfondir les racines des processus de réforme et de modernisation ». Le président a parlé de l'expérience égyptienne et a mis l'accent sur l'importance d'avancer dans ce sens « avec plus de sérieux et de volonté » ainsi que sur le besoin d'un soutien étranger sans que ce dernier ne prenne la forme de tentative d'imposer un modèle unique de la réforme. Le chef de l'Etat a également félicité les organisateurs pour leur choix du moment de la tenue de la conférence qui intervient avant le sommet arabe en Tunisie les 29 et 30 mars prochain. « Il est effectivement inconcevable que la société civile arrive un ou deux mois après le sommet arabe pour présenter un document sur sa vision de la réforme dans la région. C'est d'ailleurs pour cette raison que nous avons tenu en urgence notre conférence afin que le document soit prêt avant le sommet », a déclaré Ismaïl Séragueddine, directeur de la Bibliothèque d'Alexandrie.

En fait, les conférenciers s'étaient proposés de formuler un document purement arabe où ils définissent les points essentiels et les mesures à prendre pour accéder à une véritable réforme sur les plans politique, économique, social et culturel. Une chose qui a été faite et traduite par la publication de la déclaration d'Alexandrie qui comporte 64 recommandations ainsi qu'un mécanisme d'exécution des recommandations (voir encadré). Ce document sera soumis à la Ligue arabe qui le présentera à son tour au sommet arabe. « Nous sommes là pour formuler notre vision arabe de la réforme dans la région et non pas pour critiquer des projets proposés par des parties étrangères », a affirmé Séragueddine. Et d'ajouter : « La conférence préparatoire a d'ailleurs été tenue bien avant que le projet du Grand Proche-Orient ne soit proposé ».

Un état d'optimisme général a régné à la fin de la conférence. « Les résultats de la conférence en général sont positifs. L'élite arabe a réalisé que c'est le moment propice pour présenter un projet arabe de réforme. De manière générale, cette conférence a prouvé qu'il y a une mobilité sociale », estime Mohieddine Al-Lazeqani, écrivain syrien, membre de la commission préparatoire de la conférence qui a participé aux volets politique et culturel. Et d'ajouter : « Le fait que la conférence recommande l'annulation de toutes sortes de censures et l'établissement d'un nouveau contrat social entre le citoyen et l'Etat est une chose très positive à mon avis. En fait, les Etats modernes ne sont fondés que lorsque les appartenances tribales cessent d'être dominantes ».

Même son de cloche chez Samir Radwane (OIT), qui affirme qu'il y a une grande différence entre cette conférence et toutes celles qui l'ont précédées. « Les recommandations sont caractérisées par leur clarté et leur précision. Il ne s'agit pas du tout de généralités comme on est habitué dans de pareilles réunions », insiste Radwane.

Certaines réserves ont pourtant été avancées quant à la réaction des gouvernements vis-à-vis de ce communiqué final considéré comme très audacieux. « A mon avis, ce document s'ajoutera à de nombreux textes pareils déjà émis par la société civile. Nos gouvernements continuent à agir avec la logique de la guerre froide et n'arrivent pas à bien lire les changements que connaît la scène internationale. En tout cas, nous avons dit ce qui doit être fait quant à l'engagement des gouvernements à l'appliquer, c'est une chose qui leur revient », lance Hafez Abou-Seada, secrétaire général de l'Organisation égyptienne des droits de l'homme et membre du Conseil national des droits de l'homme. Et Mohieddine Al-Lazeqani de renchérir : « Le communiqué final est excellent et je crois que la plupart des régimes arabes auront des appréhensions quant à l'application des réformes ». Ismaïl Séragueddine, pour sa part, estime qu'il ne faut pas s'attendre à des résultats immédiats. « Il faut avouer que l'ambiance aujourd'hui est mieux que celle du passé. On ne doit pas s'attendre à ce que tous les gouvernements arabes acceptent tous les points. Il faut œuvrer petit à petit. C'est ainsi que les mouvements de la société civile commencent », affirme Séragueddine. Selon lui, le fait que le président ait inauguré cette conférence est une preuve de soutien et d'appui. Ce qui est vrai même si certains participants à la conférence ont exprimé leur déception car ils s'attendaient à ce que le chef de l'Etat annonce l'annulation de la loi d'urgence comme signe de plus de son appui de cette initiative de la société civile. « Mais finalement, il ne s'agissait que de prévisions de notre part et le président n'avait rien promis », concluent ces conférenciers.

Yolande Youssef

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La réforme en 4 axes

La conférence sur la réforme du monde arabe s'est clôturée par l'émission de la Déclaration d'Alexandrie. Celle-ci n'est autre que le texte d'un projet arabe commun de réforme élaboré par les membres de la société civile. Ce projet est divisé en quatre volets, à savoir les réformes sur les plans politique, économique, social et culturel.

Sur le volet politique, la Déclaration propose d'abord une réforme constitutionnelle et législative. Le document revendique la révision de certaines clauses des Constitutions arabes qui s'opposent à la démocratie réelle de façon à garantir la séparation claire et définitive entre les pouvoirs législatif et exécutif ; la réforme des systèmes politiques de façon à garantir l'alternance du pouvoir par les moyens pacifiques et de façon périodique conformément aux circonstances de chaque pays ; la tenue d'élections périodiques et libres évitant le monopole du pouvoir et définissant une période à ne pas dépasser au pouvoir ; l'annulation du principe de l'emprisonnement dans les procès d'opinion et la libération des prisonniers d'opinion qui n'ont pas encore été traduits devant la justice et qui n'ont pas été condamnés.

Toujours dans le domaine politique, la déclaration d'Alexandrie recommande la réforme des institutions politiques ; l'annulation des lois d'exception, des lois d'urgence et des tribunaux d'exception tout en promulguant une loi efficace pour lutter contre le terrorisme ; la liberté de créer des partis politiques ; la ratification par les pays qui ne l'ont pas encore fait des conventions internationales et arabes sur les droits de l'homme ; la libération de la presse et des médias de l'influence et de la domination gouvernementale ; la formation en toute liberté d'institutions de la société civile et l'encouragement des sondages d'opinion, car c'est l'un des moyens démocratiques essentiels.

Sur le volet économique, le document a noté que la lenteur de l'application de la réforme économique a eu des effets négatifs qui ne feront qu'augmenter avec le temps. Ceci car les politiques suivies par les gouvernements arabes se sont concentrées sur la réalisation de la stabilité globale et la diminution des taux d'inflation sans accorder un intérêt suffisant à des sujets pas moins importants comme le chômage et l'accès aux services sociaux essentiels.

Dans le domaine social, le texte a notamment recommandé la stabilité sociale à travers la formulation de politiques efficaces garantissant la distribution équitable des richesses. A cet effet, la déclaration d'Alexandrie a proposé l'annulation du phénomène de la marginalisation sociale de certaines catégories. Le document a également mis l'accent sur la nécessité de la réforme de l'enseignement.

Quant à l'axe culturel, il a notamment mis l'accent sur la nécessité de renforcer la recherche scientifique et le développement du discours religieux.

La Déclaration d'Alexandrie a défini des mécanismes de suivi des recommandations. Ainsi, un forum de la réforme arabe a été créé à la Bibliothèque d'Alexandrie pour servir d'espace libre aux initiatives et aux débats intellectuels. Les institutions de la société civile arabe doivent choisir des modèles d'ONG réussis dans le domaine du développement et des droits de l'homme pour les présenter lors d'une conférence annuelle qui se tient chaque année dans un pays arabe différent. Des conférences arabes doivent également se tenir sur le plan national. Une commission de suivi doit être créée et se réunir tous les six mois au moins.

Y.Y.

 

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