Femmes
. De nombreuses
lois ont été promulguées pour améliorer leur statut.
Pourtant, concrètement, la situation des Egyptiennes
n'a pas véritablement changé. Bilan à l'occasion
de la journée nationale de la femme célébrée le
16 mars. |
Lutte
en continu |
| Un
tribunal chargé des affaires de la famille et un
fonds d’assurance pour la famille en cas de divorce.
Ces deux instances verront prochainement le jour
à la suite de l’approbation par le conseil consultatif
des deux projets de lois concernant leur création.
Les deux textes ont été transférés à l’Assemblée
du peuple, qui les examine actuellement. Le premier
projet de loi consiste à établir un tribunal spécialisé
pour les affaires de la famille qui sera chargé
d’examiner uniquement les procès de statut personnel.
De même, dans les cours d’appel et de cassation,
un département à part sera créé pour les recours
des tribunaux de la famille. Ces nouveaux tribunaux
devront accélérer les procédures dans les procès
de statut personnel qui n’étaient examinés que par
la cour de Zananiri, à Choubra, au Caire. Quant
au deuxième projet de loi, il prévoit la création
d’un fonds d’assurance pour la femme et les enfants
en cas de divorce. Ce projet exige que chaque couple
verse à ce fonds 30 L.E. lors de la signature du
contrat de mariage, 20 L.E. à la naissance de chaque
enfant et 30 L.E. en cas de divorce. Le fonds, qui
sera exempt d’impôts, devra payer à la femme divorcée
et à ses enfants leur pension. La Banque sociale
Nasser aura le droit de confisquer le salaire ou
la retraite du mari au cas où celui-ci s’abstiendrait
de payer la pension.
« Un nouvel acquis pour
la femme égyptienne qui a déjà obtenu beaucoup de
ses droits ». C’est ce qu’affirment certaines
personnes concernées par la question féminine. Les
adeptes de cet avis se basent sur le fait que beaucoup
de lois ont été promulguées au cours des 10 dernières
années en faveur de la femme. Il s’agit surtout
du kholea, qui facilite à la femme l'obtention
du divorce, en contrepartie, celle-ci cède tous
ses droits financiers et restitue à son mari la
dot qu'il avait versée. Autre acquis : la loi
accordant à la femme le droit au voyage à l’extérieur
du pays sans l’approbation du mari. « La
création du Conseil national pour la femme à la
suite de la signature de l’Egypte de la convention
internationale sur l’interdiction de la discrimination
contre les femmes a beaucoup contribué à ce progrès »,
estime Fawziya Abdel-Sattar, féministe et ancienne
présidente de la commission des lois à l’Assemblée
du peuple. Et d’ajouter : « Il y a
d’autres lois en cours de préparation comme celle
qui accordera à la femme le droit de donner sa nationalité
à ses enfants nés de père étranger et comme bien
sûr le tribunal des affaires de la famille ».
Fardos Al-Bahnassawi, expert en développement et
membres d’un nombre d’ONG féministes, renchérit :
« Ce qui est bien, c’est que la question
de la femme est désormais sur l’agenda gouvernemental.
Ceci est très important car on reconnaît qu’il existe
des problèmes dans ce domaine. Il y a quelques années,
la cause féminine n’existait même pas dans les esprits
et le gouvernement affirmait que la situation de
la femme était parfaite. J’estime donc que nous
avons franchi un pas important ». Pourtant,
Fardos Al-Bahnassawi affirme qu’il y a encore beaucoup
à faire.
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Une
réalité sociale pesante |
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En fait, le problème est que le
fossé reste énorme entre les nouvelles législations
qui accordent à la femme ses droits et la réalité
vécue. C’est ce qu’affirme les experts du Centre
Al-Nadim pour le traitement et la réhabilitation
psychologique qui travaillent sur la violence contre
la femme. Ces experts affirment que malgré les lois,
le nombre de femmes victimes de violence qu’ils
reçoivent n’a pas baissé. Selon eux, la situation
de la femme ne connaîtra pas de véritable progrès
tant que les mentalités ne changeront pas et si
tous les jours les familles égyptiennes sont exposées
à des feuilletons télévisés où la femme est tout
naturellement mal traitée, battue, considérée comme
inférieure et privée de ses droits. « Pour
changer la situation de la femme, il faut changer
la réalité culturelle et sociale. Nous venons d’élaborer
une étude qui a prouvé que la majorité des jeunes
gens veulent épouser une femme voilée qui ne travaille
pas. La majorité des filles aussi espèrent se marier
avec des hommes plus âgés et aisés pour ne pas travailler.
Cette génération n’a plus d’ambition comme les précédentes »,
affirme Afaf Maréï, experte en développement. Selon
elle, non seulement les feuilletons et les films
constituent un problème, mais même les débats télévisés
sur des questions importantes comme l'excision par
exemple vont dans une direction contraire aux lois
et à la tendance générale du gouvernement. « Le
rôle des ONG est très important, mais ces institutions
seules ne peuvent pas changer toute une société.
Les médias, a mon avis, sont les plus capables aujourd'hui
de changer cette situation, notamment parce que
notre société compte un nombre énorme d’analphabètes »,
insiste Afaf Maréï. Nawla Darwich, membre de l'association
La Femme nouvelle, une ONG œuvrant dans le domaine
de la femme, partage ce même avis. Pour elle, faire
en sorte que la société évolue est beaucoup plus
important. C'est ce qui devrait être à la tête des
priorités, bien avant la modification des lois,
pense-t-elle. « Si on prend l'exemple de la
loi sur le kholea qui a été considérée comme un
véritable acquis, on verra que les juges qui ne
sont pas personnellement convaincus des droits de
la femme, essayent de convaincre celles qui demandent
le kholea d'y renoncer », affirme Nawla Darwich.
Selon elle, le problème ne réside pas dans l'existence
ou non d'une loi en faveur de la femme mais plutôt
d'une volonté de l'appliquer.
C'est ce qu'a d'ailleurs déclaré
l’épouse du président, Madame Suzanne Moubarak dans
une interview accordée au magazine Nisf Al-Donia
à l'occasion de la Journée mondiale de la femme,
le 8 mars. « Nous faisons tout notre possible
pour apporter à la femme ses droits, mais c'est
elle qui refuse de faire un effort pour les mettre
en application », a déclaré Mme Suzanne
Moubarak. La première Dame a affirmé que la commission
de la femme au PND a proposé la candidature d'un
plus grand nombre de femmes aux différentes élections.
« Mais la réponse qu'elle reçoit à chaque
fois est que ces femmes n'ont pas de présence sur
la scène politique et le parti ne peut pas prendre
le risque de perdre des sièges pour soutenir les
femmes », a insisté Mme Moubarak.
Ainsi, si les lois en cours ou
en étude sont de plus en plus en faveur de la femme,
le plus important maintenant est l'effort à faire
au niveau de la société pour mettre ces lois en
application. La femme égyptienne ne doit donc plus
se contenter des acquis qui lui sont accordés. Elle
doit continuer à lutter pour les mériter.
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| Ola
Hamdi
Yolande
Youssef |
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Pour
un meilleur rôle des médias |
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Les médias jouent-ils un rôle positif
pour sensibiliser la population aux problèmes de
la femme en Egypte ? Donnent-ils une image
positive de la femme égyptienne ? Depuis quelques
années, le Conseil national de la femme multiplie
les initiatives pour que les médias accordent une
place plus importante à la femme, ce qui permettrait
d'améliorer son statut. C'est dans ce contexte que
le Conseil national de la femme a lancé des campagnes
télévisées contre certaines pratiques nocives dont
les femmes font l'objet en Egypte, notamment l'excision.
En coopération avec la télévision égyptienne, il
a été décidé de donner une place plus vaste aux
programmes consacrés à la femme et à la famille.
De plus en plus de femmes sont conviées à des débats
à la télévision. « Le Conseil national de
la femme a demandé à créer un service consacré à
la femme dans chaque chaîne télévisée et cette décision
a été effectivement appliquée », affirme
Ferkhonda Hassan, secrétaire générale du conseil.
Elle affirme que l'image de la femme dans les médias
s'est globalement améliorée au cours des précédentes
années. Malgré tous ces efforts, des choses restent
à faire. Dans bon nombre de feuilletons présentés
à la télévision, l'accent est inlassablement mis
sur le caractère dominant de l'homme. Et certaines
pratiques, comme, à titre d'exemple, la polygamie
sont banalisées par les médias. La diffusion il
y a quelques années d'un feuilleton ramadanesque
Hag Métoualli, vantant les mérites de la polygamie,
avait suscité une véritable levée de boucliers dans
les milieux féministes. Le feuilleton relatait la
vie d'un homme qui mène une vie heureuse en étant
marié à 4 femmes. « C'est ce genre de choses
que nous devons aujourd'hui combattre »,
estime Bahira Mokhtar, journaliste à Al-Ahram
et membre d'une ONG œuvrant dans le domaine de la
femme. Le Dr Gaber Asfour, président du Haut Conseil
de la culture, souligne lui certaines autres coutumes
mises en avant par les médias et qui nuisent selon
lui à l'image de la femme, notamment la préférence
donnée aux garçons par rapport aux filles et le
fait de légitimer l'usage de la violence à l'encontre
des femmes. « Toutes ces pratiques mettent
la femme dans une position inférieure à l'homme »,
affirme-t-il.
Au lieu de cela, montrer à la télévision
des femmes qui travaillent ou qui montent des projets
aurait un impact très important sur la pensée des
gens, estime Suzanne Hassan, présidente de la première
chaîne de télévision. Elle pense que des émissions
comme Maspero, Al-Salon (Le Salon)
et Day Al-Leïl (L'Eclat de la nuit) diffusées
sur sa chaîne, qui débattent de temps en temps des
problèmes de la femme, sont très positives. « Les
chaînes régionales jouent un rôle encore plus important
car, contrairement aux chaînes nationales, elles
peuvent prendre le temps de diffuser des programmes
relatifs à la femme. La sensibilisation est donc
plus efficace au niveau local d'une ville ou d'un
village, qui ont d'autant plus besoin de celle-ci
qu'ils sont plus loin de la vie moderne qui règne
dans la capitale », conclut Suzanne Hassan.
Quant à Fawziya Abdel-Sattar, ancien membre du Conseil
national de la femme, s'élève elle contre une autre
image négative de la femme répandue par les médias.
« Cette image donnée par les vidéoclips
et les publicités est très loin de la réalité. Elle
présente la femme comme un produit, un objet sexuel »,
assure-t-elle.
Des efforts doivent également être
déployés pour améliorer l'image de la femme dans
la presse écrite. « Malheureusement, la
presse écrite ne reflète qu'un aspect très superficiel
de l'image de la femme et ne traite pas les vrais
problèmes de celle-ci », affirme le Dr
Ahmad Kamal Aboul-Magd, membre du Conseil de la
femme. Or, selon lui, la presse écrite demeure un
excellent lieu de revendication des droits de la
femme. « Les responsables tiennent compte
des opinions publiées et considèrent les journalistes
comme des partenaires dans la prise des décisions »,
pense Nahed Hamza, responsable de la rubrique de
la femme à Akhbar Al-Yom. Elle affirme que
sa rubrique tient à diffuser un message qui dépasse
de loin les loisirs et l'énumération des nouveaux
produits de beauté ou des nouvelles recettes de
cuisine. Les journaux nationaux accordent une place
limitée aux problèmes de la femme malgré le nombre
élevé de rédactrices dans les rubriques femme. Pour
Ikbal Baraka, rédactrice en chef du magazine Hawa
(Eve), les gens préfèrent souvent la télévision
aux journaux, car c'est un moyen de distraction
qui ne demande pas de faire l'effort de réfléchir.
L'accent doit ainsi être mis sur la télévision.
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Dina
Ibrahim |
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