Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Carrefour

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie
Carrefour
de Mohamed Salmawy
Idées
Portrait
Littérature
Livres
Arts
Femmes
Société
Sport
Escapades
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
L'Egypte et l'Occident ... hier et aujourd'hui
Par Mohamed Salmawy

Le livre du Dr Tharwat Okacha L'Egypte aux yeux des étrangers intervient à un moment où les regards des étrangers aujourd'hui sur l'Egypte et le monde arabe suscitent des interrogations. Alors que le livre est le fruit d'une recherche pure et ne fait allusion ni de près ni de loin à la confrontation actuelle entre l'Orient et l'Occident, il n'en comporte pas moins des leçons. Ainsi, le Dr Okacha a, à la fin de la première partie de son ouvrage, inséré deux phrases qui reflètent la vision colonialiste traditionnelle sur l'Orient du poète français Alphonse Lamartine et de l'écrivain britannique Richard Burton. Alors que l'idée dominante aujourd'hui dans le monde est que cet ancien esprit colonialiste est révolu, la lecture du livre du Dr Tharwat Okacha prouve, à l'ombre des événements en Palestine et en Iraq, que le désir de l'Occident de coloniser l'Orient et de profiter de ses ressources reste toujours aussi vivace chez ceux qui ont la force de le faire. Ceux qui font fi du droit et vont à l'encontre de l'évolution de l'Histoire. Le mérite du livre du Dr Okacha, c'est qu'il dépeint très fidèlement le point de vue des explorateurs, des poètes et des artistes occidentaux sur notre Orient arabe.

La publication d'un livre du Dr Tharwat Okacha est toujours un événement culturel important qu'on ne peut ignorer. Le grand savant, après avoir quitté la politique, s'est adonné complètement à la recherche dans divers domaines culturels. Ses recherches intervenaient toujours dans des domaines qui n'ont pas attiré les chercheurs. Ainsi, les livres d'Okacha représentent-ils toujours de nouvelles contributions à la bibliothèque arabe, car ils comblent un grand vide. Les livres de Tharwat Okacha, dont le nombre dépasse les 50, sont de véritables encyclopédies, des références essentielles dans la langue arabe. Citons à titre d'exemple l'Encyclopédie de l'histoire de l'art, en 19 volumes, qu'il a intitulée « L'œil écoute et l'oreille voit ». Même chose pour l'Encyclopédie des termes culturels en anglais, français et arabe. Idem pour L'Egypte aux yeux des étrangers dont la deuxième édition, parue en deux parties, a été publiée par Dar Al-Chourouq.

L'Egypte aux yeux des étrangers est le premier livre arabe en son genre sur les orientalistes occidentaux et leurs œuvres d'art, dont l'école, en vogue au XIXe siècle, étaient connues sous le nom d'orientalisme, surtout en France, en Grande-Bretagne et en Allemagne. L'ouvrage aborde aussi leurs œuvres en littérature, en poésie et en archéologie. Du poète français Chateaubriand à Gérard De Nerval, des écrivains Gustave Flaubert et Théophile Gautier au philosophe et historien Ernest Renan jusqu'à l'archéologue Pierre Lotti. Sans oublier les explorateurs anglais William Hamilton et Edward Lane, Lucy Duff Gordon ou le grand romancier William Thackeray.

Si nous disons que les Français sont plus intéressés par l'Orient que les Britanniques, ceci tient à la tendance française authentique de faire la connaissance de l'Orient, qu'il soit arabe ou asiatique. Cette tendance est incarnée dans le cas de l'Egypte par l'égyptomanie. Le Dr Okacha a conclu dans son livre que la différence entre Français et Anglais est uniquement une différence de style, alors qu'ils ont le même objectif. Les Anglais peuvent apparaître arrogants et chauvins portant un regard hautain sur l'Egypte et l'Orient, alors que les Français semblent sympathiser avec l'Egypte et les Egyptiens. Pour Dr Okacha, la différence de style tient à la différence entre tempéraments franco-latin et anglo-saxon. N'oublions pas que la plupart des explorateurs anglais appartenaient à l'aristocratie et étaient connus pour leur arrogance.

Mais ceci était au XIXe siècle et au début du XXe. Cependant, cette tendance a commencé à régresser et à s'affaiblir devant les mouvements de libération dans le tiers-monde. C'est la guerre de Suez en 1956 qui lui a porté un coup fatal et qui a mis un point final aux deux plus grands empires coloniaux, la Grande-Bretagne et la France. Malgré les divergences de vue que portaient Anglais et Français sur notre Orient arabe, ils étaient, tous deux, motivés par une même vision colonialiste. C'est ce que montre le Dr Okacha, commentant deux phrases célèbres prononcées par Lamartine et Burton. Dans son livre Voyage en Orient, Lamartine demande que les Européens étendent leur domination sur cet Orient disloqué qui regroupe des peuples sans terre, sans patrie, sans loi ou sécurité. Pour lui, l'Europe est en droit d'occuper ces pays pour y installer des villes libres, des colonies occidentales et des ports commerciaux. Richard Burton, quant à lui, dit dans Pèlerinage à Médine et à La Mecque : « L'Egypte en Orient est un trésor qu'il faut s'accaparer. Il représente une tentation aux ambitions européennes. Et rien ne le vaut, même pas la Corne d'or (Istanbul) ».

Ce qui est éloquent, c'est qu'Okacha rapproche cette vision européenne des choses du point de vue arabe sur l'Occident, exprimé par Al-Tayeb Saleh dans son roman La saison d'immigration vers le Nord, où il évoque comment les Européens sont arrivés en Orient, en transportant avec eux armes, soldats et une violence jamais connue en Orient. Saleh y souligne notamment le désir d'hégémonie des Européens.

Il semble que l'Occident qui a envahi notre Orient n'a rien appris et semble toujours motivé par son avidité envers cet Orient et ses richesses. Si l'objectif noble qui cachait au XIXe siècle les intérêts européens était d'apporter la civilisation et la liberté à ces peuples ayant pourtant leur histoire, ces mêmes intérêts reviennent au XXIe siècle sous le vocable de la liberté et de la démocratie.

Le livre de Tharwat Okacha est bien entendu plus profond que cette remarque sur laquelle j'ai bâti mon article. Car c'est une encyclopédie énorme, allant au-delà d'un simple commentaire de la conjoncture actuelle et plein de leçons. Le livre fait l'inventaire historique global de la vision occidentale de l'Egypte et de l'Orient arabe du Maghreb jusqu'aux pays du Levant en passant par la Turquie au XIXe siècle.

Le Dr Okacha a présenté avec objectivité et franchise son livre en disant que c'était la deuxième édition d'un livre publié il y a quelques années par l'Organisme général égyptien du livre. En lisant les deux éditions, j'ai remarqué que dans la première, les photos étaient faibles et fades, ne reflétant aucunement le niveau de l'art de cette époque. Dans la deuxième édition, j'ai découvert que le livre a été quasiment reformulé de A à Z. Il semble que l'écrivain qui ne se lasse pas de ses recherches a estimé que la publication d'une deuxième édition de son livre était l'occasion d'enrichir sa matière et de réjouir le lecteur.

Quant aux illustrations, qui constituent un élément important dans ce genre de livre, elles comptent parmi les plus beaux chefs-d'œuvre de la bibliothèque arabe, même si certaines doivent être revues dans les prochaines éditions.

Je doit donc présenter toutes mes félicitations à la bibliothèque arabe pour ce livre encyclopédique du grand savant Tharwat Okacha. Pourvu que sa créativité ne tarisse jamais.

Retour au sommaire
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631