C'est à nouveau
la tension entre l'Iran et l'Agence Internationale de l'Energie
Atomique (AIEA). Cette nouvelle dégradation intervient à la
suite de l'adoption, samedi par l'AIEA, après plusieurs jours
d'intenses discussions, d'une résolution présentée par les Etats-Unis
condamnant l'Iran pour avoir caché certaines de ses activités
nucléaires. Téhéran a immédiatement stigmatisé la résolution
de l'agence, l'assimilant à « une propagande américaine ».
« Cette résolution est mauvaise. Nous avons besoin de
travailler à Téhéran pour essayer de digérer cela »,
ont dénoncé samedi les responsables iraniens.
Le texte adopté
par le conseil des gouverneurs, l'exécutif de l'agence de sûreté
nucléaire des Nations-Unies, note avec « une grande
préoccupation que les déclarations faites en octobre par l'Iran
ne donnaient pas une image complète et finale de son programme
nucléaire, passé et présent ». L'AIEA a affirmé avoir
découvert plusieurs omissions, notamment sur des plans de centrifugeuses
modernes destinées à enrichir de l'uranium.
Mais le texte stipule
aussi que le conseil décide de reporter à sa session de juin,
et après avoir reçu un rapport du directeur général, sa décision
« sur la manière de répondre aux omissions de Téhéran ».
Cette formulation laisse la porte ouverte à une éventuelle saisine
du conseil de sécurité des Nations-Unies, seul habilité à prendre
des sanctions internationales.
L'enrichissement
de combustible nucléaire constitue une préoccupation majeure
des Etats-Unis et des pays européens, qui s'inquiètent d'un
possible détournement d'uranium hautement enrichi à des fins
militaires. Ainsi, Américains, Européens et non-alignés étaient-ils
engagés, depuis lundi 8 mars, dans d'intenses négociations concernant
un projet de résolution sur la nature, civile ou militaire,
du programme nucléaire du régime islamique. Alors qu'Américains
et Européens — France, Allemagne et Grande-Bretagne —
souhaitaient que le texte condamne Téhéran pour avoir tenté
de dissimuler une partie de ses activités nucléaires, les 13
pays du Mouvement des non-alignés, conduits par la Malaisie,
voulaient y voir reconnus les efforts iraniens de coopération
avec l'agence de sûreté nucléaire des Nations-Unies.
Peu avant l'adoption
formelle du texte, l'Iran, qui, menaçait la veille de rompre
avec l'AIEA, avait annoncé vendredi qu'il continuerait sa coopération
avec l'agence « quelle que soit » la résolution
devant être adoptée par celle-ci. « Nous allons continuer
notre coopération avec l'agence conformément aux obligations
qui sont les nôtres sous le régime du Traité non-prolifération
nucléaire, quelle que soit la nature de la résolution »,
avait déclaré le représentant iranien à l'AIEA, Pirooz Hosseini.
L'Iran a pourtant
repoussé une mission d'inspection de l'agence qui devait arriver,
cette semaine, en République islamique. Un haut responsable
iranien, Amir Zamaninia, a laissé entendre qu'une suspension
temporaire des inspections de l'Onu constituait une réponse
politique à la résolution. Mais M. Hosseini a voulu minimiser
la portée politique de cette décision en assurant qu'elle n'avait
pas de motivation politique, la justifiant par « l'approche
du Nouvel An iranien », le 20 mars. M. Hosseini a assuré,
samedi, que cette mission pourrait venir en Iran avant la fin
avril.
Selon un diplomate
proche de l'agence, ce report donnera « un tas de munitions »
aux Etats-Unis, qui accusent l'Iran de mettre au point l'arme
atomique sous couvert d'un programme nucléaire civil. Déjà,
le président américain George W. Bush a renouvelé cette semaine
les sanctions empêchant les ressortissants américains de se
livrer à des transactions pétrolières avec l'Iran pour les « menaces
inhabituelles et extraordinaires » imposées par ce
pays. Le décret cite parmi ces menaces le soutien au terrorisme
international, les efforts pour saper le processus de paix au
Proche-Orient et l'acquisition d'armes de destruction massive,
ainsi que des moyens de les utiliser.
En fait, l'Iran
s'est crispé en voyant les Américains et les Européens s'accorder
à ses dépens à Vienne, surtout qu'il misait ouvertement sur
les Européens pour contrer les Américains, et non pas seulement
pour s'opposer à eux contre une saisine du Conseil de sécurité
des Nations-Unies. Ainsi, le représentant iranien à l'AIEA s'est
dit vendredi « déçu » par ces Européens qui
étaient venus en octobre à Téhéran arracher les garanties réclamées
depuis plusieurs mois par l'AIEA : acceptation d'un contrôle
renforcé des activités nucléaires, suspension de l'enrichissement,
coopération et transparence complètes avec l'AIEA, éclaircissement
des activités passées. Pour les plus conservateurs, les Iraniens
ont été trompés par les Européens qui ont fait cause commune
avec « l'ennemi » américain. Une réponse unique
doit être donnée à ce concert américo-européen, selon le camp
conservateur, à savoir la rupture de la coopération nucléaire
iranienne avec la communauté internationale.
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