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Guinée équatoriale . Les 67 mercenaires arrêtés dans leur avion lors d'une escale à Harare (Zimbabwe) avaient pour intention de destituer le président Obiang, au pouvoir depuis 1979.
Coup d'Etat déjoué

67 mercenaires de plusieurs nationalités ont été officiellement inculpés à Harare (Zimbabwe) de « tentative de coup d'Etat » et de déstabilisation d'un pays souverain. Cela s'est passé vendredi 12 mars dernier. Cette inculpation intervient après que leur avion eut été intercepté le 7 mars. Robert Mugabe, le président du Zimbabwe, avait commencé par accuser les services secrets américains et britanniques — deux pays qui critiquent ouvertement son régime despotique — d'avoir ourdi une conspiration pour le renverser. Mais, à l'annonce de l'arrestation à Malabo (Guinée équatoriale) de 15 autres mercenaires, sa thèse a changé. Selon les autorités mozambicaines et équato-guinéennes, les mercenaires devaient effectuer un coup d'Etat en Guinée équatoriale, visant à destituer le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, au profit d'un de ses principaux opposants, Severo Moto, actuellement en exil en Espagne. En cela, les barbouzes en question auraient été aidés par les services secrets américains, britanniques et espagnols. Pour le ministre mozambicain de l'Intérieur, Kembo Mohadi, les mercenaires « étaient sur le point de déstabiliser un pays indépendant, un pays souverain », la Guinée équatoriale. Ruben Mange, ministre équato-guinéen de la Justice, a également accrédité la thèse du complot international : « Je pense, pour être clair et honnête, que nous n'avons pas identifié un pays en particulier, mais de nombreux pays peuvent être compromis ».

Pures conjectures que ces affirmations. Mais les faits, quoi que très confus encore, semblent aller dans ce sens. Les deux commandants des hommes arrêtés à Harare et Malabo auraient ainsi tous deux « spontanément » fait des aveux accréditant la thèse officielle. Le « leader » des hommes arrêtés en Guinée équatoriale, Nick du Toit (un Sud-Africain bien connu pour ses liens avec plusieurs sociétés de mercenariat, et propriétaire de Military Technical Services, Inc.) a ainsi confirmé mercredi, lors d'une apparition à la télévision équato-guinéenne, qu'il était bien venu dans l'intention de mener un coup de force contre Obiang. « Il ne s'agissait pas d'en finir avec la vie du chef de l'Etat, mais de le séquestrer, l'emmener en Espagne et le forcer à l'exil, puis de procéder à l'immédiate installation du gouvernement en exil de Severo Moto Nsa », a-t-il ainsi déclaré. Il a ajouté avoir été approché par des Américains et un Libanais pour recruter soixante mercenaires.

Simon Mann, commandant les hommes arrêtés à Harare, ancien agent secret britannique très lié au monde du mercenariat (il est notamment un « ancien » d'Executive Outcomes et de Sandline, et propriétaire de Logo Logistics, Inc., qui semble avoir été chargée de l'organisation de cette opération), aurait également « coopéré » avec la police zimbabwéenne. Il a, selon M. Mohadi, « révélé qu'ils (les mercenaires) avaient été aidés par le MI6, la CIA et les services secrets espagnols », s'étant vus offrir 1,8 million de dollars et des droits sur le pétrole équato-guinéen pour renverser Obiang. Les services secrets occidentaux se seraient chargés de convaincre les officiers et les policiers équato-guinéens de rejoindre le coup d'Etat.

Dans l'avion, un vieux Boeing 727, les policiers zimbabwéens ont retrouvé du « matériel de type militaire », à défaut d'armes proprement dites : bottes de combat, sacs à dos, équipement radio, téléphones satellites, pinces monseigneur, et même un canot gonflable. Simon Mann aurait tenté d'acheter pour 180 000 dollars d'armes — AK 47, mortiers — auprès de Zimbabwe Defence Industries (la société d'Etat zimbabwéenne), ce que ZDI a démenti.


Manne pétrolière convoitée

Severo Moto est-il réellement à l'origine d'un complot destiné à renverser son rival Obiang (lequel dirige la Guinée équatoriale depuis 1979, lorsqu'il a renversé son oncle) ? Peut-on croire à une implication de la CIA, du MI6, des SAS britanniques, et des services secrets espagnols ? Il est peu probable que toute la lumière soit faite un jour : les mercenaires doivent être jugés au Zimbabwe et en Guinée équatoriale, pays peu réputés pour la transparence de leur appareil judiciaire.

Rappelons simplement que toute l'affaire a pour toile de fond la Guinée équatoriale, petit pays d'un demi-million d'âmes pour 28 000 km carrés, qui s'est récemment propulsé dans le club très fermé des pays producteurs de pétrole. Avec plusieurs milliards de barils de réserves prouvées, une production qui en fait déjà le troisième producteur africain de pétrole, et qui pourrait atteindre à l'horizon 2005, 500 000 barils par jour, la convoitise des grands pétroliers participant déjà à l'exploitation du brut équato-guinéen a de quoi être suscitée.

Signe des temps aussi, l'ambassade américaine — qui avait fermé il y a 9 ans pour protester contre le régime autocratique et sanguinaire d'Obiang — a rouvert en octobre 2003. Américains, Britanniques et Espagnols ont-ils projeté de renverser un Obiang qui demande une part de plus en plus grande des revenus pétroliers, et de le remplacer par un Severo Moto éventuellement plus favorable à leurs intérêts ? Avec le pétrole au centre des intérêts, toutes les théories sont permises.

Lazare Beullac

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