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mercenaires de plusieurs nationalités ont été officiellement
inculpés à Harare (Zimbabwe) de « tentative de coup
d'Etat » et de déstabilisation d'un pays souverain.
Cela s'est passé vendredi 12 mars dernier. Cette inculpation
intervient après que leur avion eut été intercepté le 7 mars.
Robert Mugabe, le président du Zimbabwe, avait commencé par
accuser les services secrets américains et britanniques — deux
pays qui critiquent ouvertement son régime despotique — d'avoir
ourdi une conspiration pour le renverser. Mais, à l'annonce
de l'arrestation à Malabo (Guinée équatoriale) de 15 autres
mercenaires, sa thèse a changé. Selon les autorités mozambicaines
et équato-guinéennes, les mercenaires devaient effectuer un
coup d'Etat en Guinée équatoriale, visant à destituer le président
Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, au profit d'un de ses principaux
opposants, Severo Moto, actuellement en exil en Espagne. En
cela, les barbouzes en question auraient été aidés par les services
secrets américains, britanniques et espagnols. Pour le ministre
mozambicain de l'Intérieur, Kembo Mohadi, les mercenaires « étaient
sur le point de déstabiliser un pays indépendant, un pays souverain »,
la Guinée équatoriale. Ruben Mange, ministre équato-guinéen
de la Justice, a également accrédité la thèse du complot international :
« Je pense, pour être clair et honnête, que nous n'avons
pas identifié un pays en particulier, mais de nombreux pays
peuvent être compromis ».
Pures conjectures
que ces affirmations. Mais les faits, quoi que très confus encore,
semblent aller dans ce sens. Les deux commandants des hommes
arrêtés à Harare et Malabo auraient ainsi tous deux « spontanément »
fait des aveux accréditant la thèse officielle. Le « leader »
des hommes arrêtés en Guinée équatoriale, Nick du Toit (un Sud-Africain
bien connu pour ses liens avec plusieurs sociétés de mercenariat,
et propriétaire de Military Technical Services, Inc.)
a ainsi confirmé mercredi, lors d'une apparition à la télévision
équato-guinéenne, qu'il était bien venu dans l'intention de
mener un coup de force contre Obiang. « Il ne s'agissait
pas d'en finir avec la vie du chef de l'Etat, mais de le séquestrer,
l'emmener en Espagne et le forcer à l'exil, puis de procéder
à l'immédiate installation du gouvernement en exil de Severo
Moto Nsa », a-t-il ainsi déclaré. Il a ajouté avoir
été approché par des Américains et un Libanais pour recruter
soixante mercenaires.
Simon Mann, commandant
les hommes arrêtés à Harare, ancien agent secret britannique
très lié au monde du mercenariat (il est notamment un « ancien »
d'Executive Outcomes et de Sandline, et propriétaire
de Logo Logistics, Inc., qui semble avoir été
chargée de l'organisation de cette opération), aurait également
« coopéré » avec la police zimbabwéenne. Il
a, selon M. Mohadi, « révélé qu'ils (les mercenaires)
avaient été aidés par le MI6, la CIA et les
services secrets espagnols », s'étant vus offrir 1,8
million de dollars et des droits sur le pétrole équato-guinéen
pour renverser Obiang. Les services secrets occidentaux se seraient
chargés de convaincre les officiers et les policiers équato-guinéens
de rejoindre le coup d'Etat.
Dans l'avion, un
vieux Boeing 727, les policiers zimbabwéens ont retrouvé
du « matériel de type militaire », à défaut
d'armes proprement dites : bottes de combat, sacs à dos,
équipement radio, téléphones satellites, pinces monseigneur,
et même un canot gonflable. Simon Mann aurait tenté d'acheter
pour 180 000 dollars d'armes — AK 47,
mortiers — auprès de Zimbabwe Defence Industries
(la société d'Etat zimbabwéenne), ce que ZDI a démenti.
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Severo Moto est-il
réellement à l'origine d'un complot destiné à renverser son
rival Obiang (lequel dirige la Guinée équatoriale depuis 1979,
lorsqu'il a renversé son oncle) ? Peut-on croire à une
implication de la CIA, du MI6, des SAS
britanniques, et des services secrets espagnols ? Il est
peu probable que toute la lumière soit faite un jour :
les mercenaires doivent être jugés au Zimbabwe et en Guinée
équatoriale, pays peu réputés pour la transparence de leur appareil
judiciaire.
Rappelons simplement
que toute l'affaire a pour toile de fond la Guinée équatoriale,
petit pays d'un demi-million d'âmes pour 28 000 km carrés,
qui s'est récemment propulsé dans le club très fermé des pays
producteurs de pétrole. Avec plusieurs milliards de barils de
réserves prouvées, une production qui en fait déjà le troisième
producteur africain de pétrole, et qui pourrait atteindre à
l'horizon 2005, 500 000 barils par jour, la convoitise
des grands pétroliers participant déjà à l'exploitation du brut
équato-guinéen a de quoi être suscitée.
Signe des temps
aussi, l'ambassade américaine — qui avait fermé il
y a 9 ans pour protester contre le régime autocratique et sanguinaire
d'Obiang — a rouvert en octobre 2003. Américains,
Britanniques et Espagnols ont-ils projeté de renverser un Obiang
qui demande une part de plus en plus grande des revenus pétroliers,
et de le remplacer par un Severo Moto éventuellement plus favorable
à leurs intérêts ? Avec le pétrole au centre des intérêts,
toutes les théories sont permises. |