En
réponse à la détresse des classes sociales les plus défavorisées
résultant de la hausse des prix, le gouvernement a décidé la
semaine dernière de subventionner les produits alimentaires
de première nécessité. Sept denrées viennent ainsi d'être ajoutées
aux cartes d’approvisionnement : le riz, le beurre, le
pain, la farine, les fèves, les lentilles, le thé et les pâtes.
En plus du sucre et de l'huile déjà sur la liste.
Deux autres solutions
se présentaient au gouvernement : accorder une aide financière
directe ou approvisionner davantage les coopératives (magasins
publics où sont vendus les produits à un prix inférieur à celui
du marché). Mais des études avaient auparavant prouvé l'échec
de leur mise en application. Aider directement les classes les
moins favorisées aurait contribué à augmenter l'inflation, qui
en 2003 est déjà passée de 3 à 5 %. D'un autre côté, ravitailler
les coopératives au-delà de leurs quotas s'est révélé être source
de dérives. « Quand elles reçoivent les produits, les
coopératives les cachent pour ensuite les revendre plus cher.
Comment aurions-nous pu accroître leurs quotas et leur faire
confiance ? », se demande un membre de l’Assemblée
du peuple qui a requis l’anonymat. Tandis qu'en présentant sa
carte à la coopérative, on se fait obligatoirement servir.
Cette mesure gouvernementale
traduit l'annonce faite une semaine plus tôt par le premier
ministre Atef Ebeid. « Nous nous engageons à protéger
les couches sociales les plus défavorisées et à régler le problème
de la hausse des prix des produits alimentaires de base dans
une semaine au maximum », avait-il affirmé lors d'une
réunion extraordinaire du cabinet ministériel. En conséquence,
il a ordonné au ministère des Finances de débloquer immédiatement
3 milliards de L.E. pour l'application de son plan qui doit
s'étaler sur les 16 prochains mois. 40 millions d'Egyptiens
pourraient ainsi profiter de cette mesure.
L'objectif affiché
est de ramener le prix de 9 denrées à celui en vigueur à la
veille de la libéralisation du taux de change par rapport au
dollar, le 29 janvier 2003. Car depuis, ils n'ont cessé d'augmenter.
Entre janvier et octobre 2003, l'augmentation a été de 8,5 %
sur l'ensemble des produits alimentaires. Sur la même année,
elle a été de 5,3 %.
Mais la solution
des cartes d'approvisionnement ne semble pas être la meilleure
pour tous. C'est ce que pense Talaat Al-Qawwas, député et président
de la Chambre de commerce du Caire. « Je ne suis pas
convaincu par cette solution. Les recettes de l'Etat sont limitées.
Le fait d'accroître ses dépenses dans ce domaine se fera au
détriment d'autres secteurs », explique-t-il. « D'autant
que, malheureusement, ce ne sont pas toujours les classes les
plus défavorisées qui profitent de ces subventions. Par exemple,
le prix d'une bonbonne de gaz devrait être de 20 et 25 L.E.
s'il n'y avait pas de subvention. Mais elle se vent en fait
à 5 L.E. Or, ce sont les classes aisées qui les achètent, puisque
les classes les plus défavorisées ne les utilisent même pas.
A mon avis, le gouvernement doit refaire ses comptes »,
tranche-t-il.
Hassan Gemei, consultant
du ministre de l'Approvisionnement, partage ce point de vue.
« Il sera difficile au gouvernement de se procurer ces
3 ou 4 milliards de L.E. Cela se fera sans doute aux dépens
d’autres problèmes plus importants », regrette-t-il.
Moustapha Al-Saïd, ancien ministre de l'Economie, pense de son
côté que « la solution des cartes d'approvisionnement
n'est pas sans poser des problèmes administratifs qui ont auparavant
entravé leur succès. Il est vrai que des pays comme les Etats-Unis
octroient des coupons d'approvisionnement aux plus pauvres.
Mais en Egypte, il faut contrôler la corruption que ce système
induit », assure-t-il. |
| Le budget de
la famille égyptienne s'étant considérablement creusé depuis
le début de l'année, une mesure des pouvoirs publics était néanmoins
urgente. Une étude de l'Organisme central de mobilisation et
des statistiques a en effet révélé que les dépenses destinées
à la nourriture d'une famille défavorisée composée de 5 personnes
sont passées de 660 L.E. par an avant la libéralisation du taux
de change à 755 L.E. « La hausse des prix depuis janvier
à avril 2003 est lourde à porter pour un budget annuel d'une
famille qui est en moyenne de 486 L.E. Si elles en ont les moyens,
ces familles se retrouvent obligées d'augmenter leurs dépenses
de nourriture », annonce Ahab Eloui, président de l'Organisme
des comptes. Cela est d'autant plus pesant que selon le dernier
recensement sur le budget de la famille de 1999/2000, la nourriture
occupe en moyenne 38,8 % des dépenses des familles égyptiennes
en milieu urbain et 50,8 % en milieu rural. Mais ce n’est
pas la première fois que le gouvernement se montre enclin à
les aider. Le ministre de l'Approvisionnement, Hassan Khedr,
avait annoncé au début du mois d’octobre dernier son intention
d'agir. Laquelle s'est traduite dès le lendemain de sa déclaration
par une augmentation des prix dans les coopératives.
Reste à savoir
s'il s'agit cette fois d'une simple annonce ou si des mesures
concrètes seront prises. |