Car la semaine dernière, la nouvelle
du déplacement à Bruxelles d’une délégation du ministère
du Commerce égyptien annoncée comme une renégociation
de l'accord d'association signé le 25 juin 2001 a semé
la confusion. La presse égyptienne et arabe présentait
ce voyage comme des plus curieux, alors que le volet commercial
de l'accord n'était entré en vigueur qu'en janvier dernier,
après cinq ans de négociations, dont deux d'attente.
Mais avec l'adhésion prochaine à l'UE
de Chypre, de la Lettonie, de l'Estonie, de la Lituanie,
de la Pologne, de la Slovénie, de la Slovaquie, de la
Hongrie, de Malte, et de la République tchèque, « il
est normal qu'il y ait des pourparlers. Si l’Egypte exporte
par exemple 500 tonnes de fraises par an aux 15 pays de
l’UE, cette quantité doit être revue à la hausse maintenant
que le marché comprend dix autres nouveaux pays. D’autre
part, l’Egypte ne s’attendait pas, au moment de la conclusion
de cet accord, à ce que certains produits accèdent au
marché, comme le fer lituanien, par exemple. Chose qui
pourrait porter préjudice au marché intérieur. D’où l’importance
des négociations », a affirmé un haut responsable
au ministère du Commerce extérieur qui a requis l’anonymat.
Ce premier cycle de négociations portera principalement
sur le volet commercial, notamment sur la révision des
quotas des produits agricoles et agroalimentaires pour
une meilleure adaptation au nouveau volume du marché.
Cette adhésion à l'UE de 10 nouveaux
pays aura un impact à la fois positif et négatif sur l'économie
égyptienne, puisqu'un marché de 75 millions de nouveaux
consommateurs s’ouvrira à elle. Une récente étude de l’association
des exportateurs égyptiens mentionne que la production
agricole des nouveaux adhérents est modeste et ne risque
pas de menacer les exportations agricoles égyptiennes
vers l’UE, qui en reçoit 60 % de l'ensemble des exportations
nationales. « Ce sont les métaux, notamment le
fer, qui constituent la principale exportation des dix
nouveaux membres », précise un haut responsable
au ministère du Commerce. « Il est vrai que l’Egypte
exporte certains fruits et légumes que les nouveaux adhérents
cultivent aussi. Mais les récoltes n'ont pas lieu en même
temps. C'est un avantage », explique Gamal Bayoumi.
Mais l’Egypte aura cependant à faire
face au soutien de l’UE de ces nouveaux membres. Selon
l’Union européenne, des crédits considérables ont été
dégagés en leur faveur afin de moderniser exploitations,
structures de transformation et de commercialisation des
denrées alimentaires, mais aussi d'encourager une agriculture
respectueuse de l'environnement. Dès leur adhésion, les
agriculteurs des nouveaux Etats membres pourront aussi
bénéficier d'un soutien accru financé par une enveloppe
spéciale de 5,8 milliards d'euros adapté à leurs besoins.
Un chiffre qui ne doit cependant pas
intimider. Cette enveloppe, qui sera versée sur trois
ans, recouvre différents aspects de l'agriculture de ces
pays, sans toutefois nuire aux exportations agricoles
de l’Egypte. Cette somme servira par exemple à octroyer
des crédits spécifiques qui seront affectés aux régimes
des préretraites des agriculteurs, aux zones défavorisées,
à la protection environnementale, aux mesures de boisement,
aux groupements de producteurs et au respect des normes
communautaires en matière de denrées alimentaires, ou
d'hygiène animale.
Une autre question se pose néanmoins.
Le fait que les économies des nouveaux adhérents se rapproche
de l’économie égyptienne ne pourrait-il pas affecter l’aide
européenne versée à l’Egypte ? Selon Ahmad Ghoneim,
conseiller auprès du ministre de l'Industrie, « cet
élargissement va nuire à la situation de l’Egypte et à
sa compétitivité. Parce qu’une part des ressources financières
de l’UE va s’orienter vers ces nouvelles économies qui
vont jouir de la préférence de traitement ».
Mais il est encore tôt pour savoir. « On ne peut
pas parler d’échec ou de réussite des négociations. On
n’en est qu’au premier cycle », explique un haut
responsable au ministère du Commerce.