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Mondial
2010 . Le
comité d'inspection de la FIFA vient de terminer sa visite en
Egypte, et notamment à Port-Saïd. Les habitants de cette ville
côtière durement touchée par la crise économique rêvent d'accueillir
cette Coupe du monde. Un rêve porté par toute une ville, qui
y voit la dernière chance de sortir la tête de l'eau.
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Le
Mondial à la rescousse du vieux port
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| Il
a évidemment vieilli. Les rides recouvrent son visage. Le regard
a perdu de son éclat. Chétif aujourd'hui, son corps garde tout
de même les traces d'un passé musclé. La solitude est la première
souffrance de Mossaad Nour, mais elle n'est pas la seule. C'est
au stade de Port-Saïd qu'il passe la plupart de ses journées.
Des journées longues, qui semblent éternelles, durant lesquelles
il ne peut que renouer avec des souvenirs et se rappeler ses
jours de gloire. Aboul-Qabaten, comme le surnomment les Port-Saïdis,
est là comme tous les jours à la recherche de compagnie, d'un
fan, qu'il rencontrera par hasard, et qui lui fera quelques
compliments, ou tout simplement d'un rayon de soleil qui lui
rappellera une scène ou un but inoubliables.
Il assiste aux
entraînements comme il l'a toujours fait en tant que joueur,
il donne des conseils, et si par hasard, le ballon heurte ses
pieds, une vague d'énergie l'envahit, il commence à faire ses
célèbres feintes et ne cède le ballon qu'après les applaudissements
de toute l'équipe. Mossaad Nour est, en fait, le plus célèbre
joueur de l'équipe Masri, la première équipe de foot
de Port-Saïd. En 12 ans de carrière, il a représenté son équipe
et l'Egypte dans plus de 120 matchs arabes, africains et internationaux.
Il est le seul joueur port-saïdi à avoir participé à un tel
nombre de compétitions mondiales d'où il a hérité du nom de
Qabtane al-qabatine. Aujourd'hui, dans les coulisses,
il ne se contente que de ce titre.
Le capitaine des
capitaines, un titre honorifique qu'il a gardé tout le long
de ces années. En fait, il reste un symbole du foot dans sa
ville. Dans ce sport, il a investi toute sa vie et aujourd'hui,
il ne vit que dans l'espoir de voir Port-Saïd accueillir la
Coupe du monde en 2010. Un événement qui pourra changer son
destin et celui de toute sa ville. « Je rêve de voir
des équipes venir du monde entier jouer sur ce terrain, de voir
leurs drapeaux décorer toute la ville et leurs délégations se
promener dans nos rues. Nous sommes un peuple fou de football
et je suis sûr que nous pourrons organiser une Coupe de monde
qui marquera l'histoire du foot », dit-il.
Mossaad Nour n'a
pas hésité à exprimer ses sentiments aux membres du comité d'inspection
qui viennent de quitter sa ville il y a quelques heures. « Donnez-nous
cette chance et soyez sûrs que vous ne le regretterez jamais ».
Un rêve partagé par tout Port-Saïd, mais qui reste un rêve important
pour lui. En tant que membre du comité formé par le gouvernorat,
il sera le responsable technique en charge de la supervision
des stades en cas de désignation de l'Egypte. Ce qui permettra
au captain de sortir de l'ombre, de se trouver de nouveau
sur les terrains de foot et de retrouver les feux des projecteurs.
Port-Saïd est une
ville qui vit depuis des années dans l'attente d'un espoir et
d'un rêve, qui, aujourd'hui, semble être réalisable. Un rêve
qui pourra sauver cette ville de tous ses maux et qui lui redonnera
la vie après de longues années d'agonie. Cette ville côtière
d'environ 1 million d'habitants est unique en son genre. Ayant
vécu trois guerres successives de 1948 à 1973, elle a payé cher
le prix de la victoire. « Nous avons sacrifié notre
vie et nos maisons pour résister à l'occupation. Notre ville
située sur le front de la guerre s'est transformée en ruine.
Ne méritons-nous pas après tout cela une petite récompense ? »,
supplie Magdi, un chauffeur de taxi. |
Le Mondial, une bouée de sauvetage
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| En fait, la
décision du président Sadate de transformer la ville en une
zone franche avait pour but de dédommager la ville pour toutes
ces années de souffrance. Une décision qui avait, en effet,
eu un impact positif sur l'économie de la ville. Une éclaircie
qui n'a malheureusement duré que jusqu'aux années 1980. Et ce,
car avec les restrictions qui se faisaient de plus en plus nombreuses,
avec notamment les taxes douanières plus élevées et les décisions
concernant la transformation de l'activité principale de la
ville de commerciale en industrielle, dans les années 2000,
tout le monde souffre. Aujourd'hui, la ville enregistre un des
plus hauts taux de chômage de tous les gouvernorats égyptiens,
à savoir plus de 25 % de la population. Car la seule chose
que les Port-Saïdis savent faire, c'est vendre !
Les boutiques et
les étalages dispersés de part et d'autre dans les rues de la
ville restent vides malgré les vacances scolaires de la mi-année.
Seule activité ressentie, les préparatifs de l'accueil du comité
d'inspection de la FIFA.
Les pancartes et
les drapeaux sont présents dans les jardins publics, sur les
monuments historiques, sur les façades des bâtiments et des
balcons. Les taxis font le va-et-vient pour transporter les
spectateurs vers le stade afin d'assister au match amical organisé
pour accueillir le comité, entre l'équipe de Masri et
l'équipe suisse de Neuchâtel. Les hôtels et les restaurants
situés au bord de la mer sont tous éclairés en attendant les
clients. « Si pour une simple visite de quelques heures,
nous avons senti la différence, imaginez-vous la ville lorsqu'elle
accueillera la Coupe du monde », dit Hamed, un vendeur
de vêtements dans le quartier commercial Al-Togari.
Convaincus que
cet événement pourra changer leur situation, les Port-Saïdis
ont signalé leurs espoirs sur les pancartes décorant les rues.
Un cas assez unique d'un peuple qui, en souhaitant la bienvenue
à ses visiteurs, leur exprime ses revendications. « Accueillir
la Coupe du monde signifie plus d'opportunités d'emploi pour
les jeunes, plus de revenus pour les commerçants, bref, une
ville prospère », disent les affiches. Une franchise
et une audace qui ne sont pas nouvelles pour les Port-Saïdis.
« Nous, les Méditerranéens, nous avons le sang chaud.
Nous ne craignons rien. Si nous avons lutté pour notre liberté,
ne pourrions-nous pas aujourd'hui lutter pour gagner cette chance ? »,
s'interroge Tareq, un jeune maître d'hôtel dans un restaurant
de fruits de mer.
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Entre conviction et illusions
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Ici, la détermination
est omniprésente dans toutes les conversations. Les citoyens
sont certains que l'Egypte et bien sûr Port-Saïd accueilleront
la Coupe et sont prêts à tout pour organiser l'événement.
« Notre ville est parmi les plus belles de toute l'Egypte.
Nos stades sont situés au bord de la mer, notre peuple est
très accueillant et nous possédons toute l'infrastructure
et tous les services qui permettront d'offrir un séjour inoubliable
aux visiteurs », dit Nader, ingénieur dans une société
de construction. Selon lui, la ville a assisté au cours des
trois dernières années à une évolution sans précédent au niveau
des services. La nomination d'un nouveau gouverneur et la
participation des hommes d'affaires au développement ont changé
le visage de la ville. Dans un temps record, deux villages
touristiques d'une capacité de 400 chambres ont vu le jour.
L'asphaltage de toutes les artères principales qui mènent
à la ville, la restauration de tous les monuments, la rénovation
de l'aéroport Al-Gamil et l'installation d'un nouveau réseau
de transport sont des projets qui ont été réalisés. Et ce
n'est pas tout. De nouveaux centres de divertissement, notamment
des cinémas et des théâtres, ont été inaugurés.
Des services
qui pourront probablement augmenter les chances de la ville.
Autre raison : Port-Saïd a accueilli en 1998 le Championnat
du monde de football juniors (moins de 17 ans). Une grande
réussite qui reste marquée dans les mémoires des Port-Saïdis
en raison des revenus qu'elle a générés, et l'activité qui
a brisé le calme habituel pendant plus de deux semaines. Nancy
est une jeune Port-Saïdie qui avait accompagné l'équipe argentine
lors de ce championnat. « Les membres des équipes
étaient fascinés par la beauté de la ville et surtout par
l'hospitalité de ses habitants », se remémore-t-elle.
En effet, ville
côtière a ouvert ses portes tout le long de son histoire à
des communautés étrangères qui se sont installées ici. Français,
Italiens, Anglais et Grecs ont vécu dans cette ville cosmopolite
partageant avec les Port-Saïdis us et coutumes. Une chose
qui a marqué la mentalité des habitants malgré les années,
et qui a fait d'eux un peuple ouvert aux autres cultures.
Il n'est donc pas étrange de voir de simples marchands ou
conducteurs de charrettes parler deux ou trois langues étrangères.
Bahloul, fonctionnaire à la Société du Canal de Suez, est
l'un de ceux-ci. Il n'a jamais fait d'études de langues. Pourtant,
il parle couramment le français et l'italien. « Je
peux servir de guide aux joueurs étrangers qui seront présents
dans la ville en facilitant leur communication avec l'homme
de la rue », dit-il fièrement, alors qu'il pêche
tranquillement au bord du canal.
Sa confiance
peut avoir comme raison sa conviction de ses propres atouts,
mais aussi de ceux de sa ville. Mais souhaitons qu'elle ne
soit pas aussi le fruit de l'exagération. Une caractéristique
propre aux habitants de cette ville connus pour leur débordante
imagination et leur chauvinisme qui peut être parfois poussé
à l'extrême. Dans quelques mois, on pourra dire si leur conviction
était fondée, ou si ce n'était qu'un autre mirage qui fait
vivre les habitants de cette ville.
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Amira Doss |
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