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La vie mondaine
Roman . Loin d’être représentatif d’un véritable courant littéraire en France, David Foenkinos se définit selon sa propre expérience, comme beaucoup de jeunes romanciers. De passage au Caire, il évoque l’univers clownesque et ludique de son dernier roman, Entre les oreilles.
Drôles de vies

Le mot « insipide » est souvent d’usage dans le dernier et deuxième roman de David Foenkinos, Entre les oreilles, publié chez Gallimard. C’est comme si l’auteur qui n’a pas encore trente ans rejetait l’insipidité de la vie, favorisant ses côtés plus mirobolants. Ses personnages, qui ne manquent pas de drôlerie, sont du genre à s’enticher de … pour agrémenter un peu les choses. Sur ce, Alain, le narrateur, rompt avec son amie car il n’aime plus son oreille, et s’accroche aux jambes d’un inconnu car c’est la première chose qu’il voit dans la rue après avoir appris la maladie de sa mère. « Ma mère mourait, je me suis raccroché aux jambes d’un inconnu. J’ai tout déposé dans ces jambes, et j’ai survécu grâce à ces jambes ». Il aurait très bien pu s’éprendre d’un pot de roses, au lieu de découvrir Jacob. Toute l’idée repose en fait sur une sorte d’obsession : une personne focalise sur quelqu’un, elle a une vie tellement vide qu’il se passe alors quelque chose. Une femme qui passe sa vie à tricoter. Tout le monde au bureau s’appelle Jacques, et ainsi de suite. « Mon but, c’est l’antiroman social. J’évite les contingences sociales. Cela permet aux personnages d’être un peu libres, hors normes. La thématique de l’irréalité fait qu’on lâche un peu. Il y a toujours des rebondissements. Je copie Dostoïevski », assène le romancier de passage au Caire, à l’occasion de la Foire du livre. Et d’ajouter : « Le bonheur du romancier, c’est de créer des situations hasardeuses ». Sans doute oui. Il ne faut plus poser de questions sur le pourquoi des choses. Ou comme dirait Alain dans le roman, « la succession des événements ne m’appartenait pas ». Cet aspect mystique est d’ailleurs très propre à l’écrivain. Les gens qui s’adorent tout de suite, les coups de foudre enfantins, un simple d’esprit qui fascine et les petites jambes de Jacob qui se présentent comme une allégorie ; bref un déclencheur et l’on tombe dans la bouffonnerie surréaliste.

« Moi même, j’ai toujours vécu des histoires incroyables », dit Foenkinos. Opéré du cœur à l’âge de 16 ans, il est sorti de l’hôpital en étant plus attaché à la vie sensuelle. « On écrit pour le désir en tout cas, et je ne peux pas créer sans aimer les femmes », poursuit ce jeune écrivain, qui a publié son premier roman, Inversion de l’idiotie. De l’influence de deux Polonais, à 26 ans. « Ce premier roman a été un peu comme l’alchimie de tous les autres ratés. J’ai envoyé des copies à cinq maisons d’édition. Quatre ont refusé et seul Gallimard a accepté ».

Rien n’est calculé ni prémédité, mais il se laisse guider par son imagination sans trop chercher à intellectualiser. Ses antihéros un peu fous ont simplement plu. Ce, à un moment où les héros pathétiques à la Michel Houellebecq, très ancrés dans la société, ont plutôt le vent en poupe. Sa littérature absurde, loin du nombrilisme et de l’auto-fiction en vogue parmi la nouvelle génération, s’est démarquée en fait. Un intervalle de six mois, et son deuxième roman, Entre les oreilles, sort chez Gallimard. Ses héros continuent toujours à adopter des attitudes bizarres et ludiques, et il passe son temps à les ramener à des situations concrètes et réelles. Eux comme lui cherchent à faire rire les autres. Car tous les souvenirs importants de l’écrivain en littérature sont des souvenirs de rire.

Dalia Chams
Le français pour trait d'union
Robert Solé (Egypte), Gaston-Paul Effa (Cameroun), Jean Romain (Suisse), Lise Bissonnette et Louis Hubert (Canada) écrivent tous leurs romans en français. Dans des contextes différents, ils ont tous eu cette langue pour langue maternelle. Mais comment chacun d'eux appréhende-t-il cette langue, et quels rapports entretiennent-ils avec elle ? Ce rapport entre l'écrivain et la langue française était le thème de la conférence qui s'est tenue à la Bibliothèque d'Alexandrie, mercredi 28 janvier. Gaston-Paul Effa, auteur de Yaoundé instantanés, (édition du Laquet, 2003) un roman qui raconte le retour de l'auteur à son village natal au Cameroun, a donné une lecture d'un texte poétique intitulé Jardin de paroles, dans lequel il développe sa propre vision de la langue française.

« Chérir le verbe, faire défiler sans cesse devant les yeux avides ces cadences faites de suspension et mouvement, tenant leur secrète radiance de la promesse dont elles sont investies ».

Ce Camerounais, professeur de philosophie dans une université française, n'a pas évoqué l'aspect social de la langue, bien qu'il soit d'origine africaine et bien qu'il ait mentionné dans son roman Yaoundé que sa situation, en France, est celle d'un « exilé » Dans sa lecture, il a mentionné les noms de Senghor et celui de Gao Xingjan. Il semble qu'il voulait dire indirectement qu'être d'origine africaine ou asiatique n'empêche pas de créer dans une langue devenue, pour différentes raisons, une langue maternelle. Sartre n'avait t-il pas remarqué que Senghor, poète et l'un des pères de la « négritude », avait merveilleusement « fécondé » la poétique de la langue française ?

Avec la même intimité, mais avec plus d'esprit analytique, le Canadien Luis-Philippe Hébert expose son rapport à la langue. « Quand on m'a demandé ce texte, j'ai pensé parler de la langue comme d'un outil. Mais qui peut dire de sa main qu'elle est un outil ? Comment une partie du corps — l'exemple de la main convient — pourrait-elle être perçue isolément, séparée du corps, détachée du reste ? ».

Le Suisse Jean Romain, qui, durant une conférence précédant celle consacrée aux écrivains francophones, donnait une lecture d'un extrait de son nouveau roman intitulé Le Bibliothécaire, explique la situation linguistique dans son pays, et la distance entre la culture française et la culture suisse. « La Suisse francophone s'est constituée historiquement par des luttes incessantes : chaque région possède son histoire particulière marquée par la volonté farouche de conserver son autonomie politique. (...) Cette volonté d'autonomie, cette attitude d'indépendance (qui féconde une forte méfiance par rapport à l'Europe) est évidemment passée dans la littérature ».

Robert Solé, quant à lui, a donné une lecture d'un extrait de son roman L'Egypte, passion française, où il explique comment il a adopté la langue française pendant sa jeunesse dans Le Caire des années 1950. Le français n'étant pas sa langue maternelle, il l'a pris comme langue de culture et d'art : « Né égyptien, n'ayant pas une goutte de sang français, j'ai découvert la France à l'âge de dix-huit ans avec émerveillement. Découvert ou retrouvé ? Elle m'était déjà familière, à distance, grâce à des professeurs exceptionnels, au lycée puis chez les Jésuites, et grâce aux livres ». Solé rappelle d'ailleurs que le français était la langue de culture pour la petite bourgeoisie du Caire et d'Alexandrie.

Hayssam Khachaba
 

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