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Palestine . Les Palestiniens manifestent leur amertume d'avoir été lâchés par une partie de la communauté internationale sur la saisie par la Cour internationale de justice de l’affaire de la ligne de séparation que construit Israël en Cisjordanie.
Controverse sur la CIJ

Israël compte tout faire pour imposer la ligne de séparation de la Cisjordanie comme fait accompli et allier la communauté internationale à sa position. L'Etat hébreu estimait dimanche pouvoir convaincre la Cour Internationale de Justice (CIJ) de renoncer à statuer sur la légalité de la ligne. Le ministère israélien des Affaires étrangères a établi avec satisfaction une liste de 33 pays, qui estiment que la question de la ligne de séparation n'est pas du ressort de la CIJ, qui doit examiner à partir du 23 février ce dossier à La Haye, aux Pays-Bas.

Parmi les pays opposés à l'intervention de la CIJ figurent les Etats-Unis, la plupart des pays de l'Union Européenne (UE), dont la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne, ainsi que la Russie, le Canada, l'Australie, l'Afrique du Sud, le Sénégal, le Cameroun, la Pologne et la Hongrie. « Ces Etats estiment que le dossier de la clôture de sécurité étant un sujet politique, la Cour de La Haye n'est pas habilitée à se prononcer », s'est félicité Ron Prosdor, un proche du ministre des Affaires étrangères, Sylvan Shalom.

Le conseiller juridique du ministère des Affaires étrangères, Alan Baker, a, pour sa part, estimé qu'il « est possible que la Cour renonce en fin de compte à traiter le dossier, mais pas tout de suite, il faut d'abord suivre la procédure ». Interrogé sur l'envoi éventuel d'un représentant israélien aux audiences de la CIJ, M. Baker a affirmé qu'il était favorable à un boycottage. « Les audiences risquent de se transformer en un énorme cirque et je ne suis pas certain que nous devions y prendre part », a-t-il souligné.

Israël avait indiqué vendredi avoir transmis par écrit à la Cour de La Haye un dossier contestant la compétence de la CIJ dans cette affaire.

De leur côté, les Etats-Unis ont jugé vendredi que le recours à la CIJ pour statuer sur la légalité de la ligne de sécurité qu'Israël construit en Cisjordanie était « inapproprié ». Néanmoins, le porte-parole du département d'Etat, Richard Boucher, a déclaré que cette prise de position sur le recours à la CIJ n'empêchait pas Washington de continuer d'avoir des réserves sur le « tracé » de cette ligne, dont les Etats-Unis redoutent qu'elle ne préfigure une frontière délimitée unilatéralement par Israël, en dehors d'un règlement négocié.

Selon les experts juridiques, ces pays redoutent que la CIJ crée un précédent pour intervenir ensuite dans d'autres conflits internationaux. « Les Russes n'ont aucune envie que cette cour se mêle de ce qui se passe en Tchétchénie, de même que les Américains ne souhaitent pas être poursuivis pour leur intervention en Iraq », a souligné un commentateur de la radio militaire israélienne.

La CIJ a été saisie par l'Assemblée générale de l'Onu qui a voté le 8 décembre 2003 une résolution lui demandant de se prononcer sur les conséquences juridiques de la construction de la ligne, que l'Onu condamne. Les avis de la CIJ n'ont pas d'effets contraignants.

En revanche, 17 pays, pour la plupart arabes et musulmans, de même que les Palestiniens, ont estimé que la ligne de séparation relevait de la CIJ. L'Autorité palestinienne a dénoncé samedi la position des Etats-Unis et de pays européens.

« Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l'Allemagne demandent aux Palestiniens de ne pas avoir recours à la violence, mais quand les Palestiniens ont recours à la diplomatie, ils nous ferment la porte », a déploré le ministre chargé des négociations avec Israël, Saëb Eraqat. Prenant le contre-pied de la position israélienne, l'Autorité palestinienne a adressé à la fin de la semaine un mémorandum dans lequel elle reconnaît la compétence de la Cour dans ce domaine, soulignant que la ligne controversée « passe en territoire palestinien ». L'opposition à l'intervention de la CIJ des Etats-Unis et de l'UE ne les a pas empêchés de critiquer le tracé, en estimant qu'Israël tentait d'imposer les frontières d'un futur Etat palestinien.

Des dizaines de localités palestiniennes et des faubourgs de Jérusalem-Est vont, selon le tracé actuel de cette ligne censée empêcher l'infiltration de kamikazes, être encerclés par cette barrière, qui isolera 350 000 Palestiniens.

Entre-temps, la violence bat son plein sur le terrain. Un chef local de la branche armée du mouvement radical palestinien Djihad islamique, son frère, et deux autres Palestiniens, ont été tués lundi à l'aube à Rafah par des tirs israéliens dans le sud de la bande de Gaza, ont annoncé des sources médicales. Le porte-parole de l'armée israélienne a confirmé qu'une opération avait été lancée près de Rafah « en vue d'arrêter des Palestiniens recherchés membres du Djihad islamique ». Trois Palestiniens ont été tués vendredi par l'armée israélienne qui a mené une opération à Bethléem d'où était originaire l'auteur de l'attentat suicide sanglant de Jérusalem la veille.

Le dernier bilan établi lundi, estime à 3 736 le nombre des personnes tuées depuis le début de la deuxième Intifada en septembre 2000, dont 2 793 Palestiniens et 875 Israéliens.

Rania Adel
 

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