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Denis Bauchard, président de l'Institut du Monde Arabe (IMA) à Paris, évoque l'importance de la coopération entre l'Egypte et l'IMA et passe en revue les grands projets de son institution.
« Nous voulons briser les stéréotypes
qui peuvent exister sur le monde arabe 
»

Propos recueillis par Aïcha Abdel-Ghaffar

Al-Ahram Hebdo : Quels sont les résultats de votre visite au Caire, et notamment de vos rencontres avec les officiels égyptiens comme le ministre des Affaires étrangères, Ahmad Maher ?

Denis Bauchard : Je suis déjà venu au Caire. J'avais eu l'occasion de rencontrer le président Hosni Moubarak et de nombreux ministres. Mon second séjour en Egypte a eu pour objectif de renforcer et de rendre opérationnelle notre coopération avec l'Egypte. Nous voulons organiser une véritable saison égyptienne chaque année à l'IMA. De l'automne 2004 à l'été 2005, l'institut organise d'ailleurs une grande série de manifestations autour de l'Egypte, dont le point d'orgue est la grande exposition intitulée Pharaons, qui sera inaugurée à la mi-octobre par les présidents Chirac et Moubarak. Celle-ci présentera en exclusivité des pièces, jamais vues en France, provenant du Musée du Caire et des récentes découvertes dans le pays. Le commissaire de cette grande exposition est la directrice du département des antiquités égyptiennes au musée du Louvre de Paris. En marge de cette grande exposition, nous comptons organiser un certain nombre de conférences-débats sur des thèmes variés allant du cinéma à l'égyptologie. Toutes ces activités ont également pour objectif d'accroître les flux touristiques entre la France et l'Egypte.

— Pour l'année 2004, mise à part l'exposition Pharaons, quelles sont les activités prévues concernant le monde arabe ?

 Nous avons une programmation très chargée en 2004. D'autres expositions sont prévues, notamment une exposition de cartes anciennes. Nous discutons actuellement avec l'émirat du Qatar pour exposer les trésors de ses collections d'art islamique. Le pays est en train de bâtir de nombreux musées, notamment un musée d'art islamique qui devrait ouvrir en 2006. Nous souhaiterions présenter ses chefs-d'œuvre en attendant l'ouverture du musée. Sinon, notre programmation habituelle se constitue de rencontres-débats, de colloques et de conférences. Les Jeux de l'IMA réunissent ainsi, tous les jeudis pendant 2 heures, experts et personnalités sur des thèmes très variés, de la politique à l'économie, en passant par le cinéma et le statut de la femme. Nous voulons développer ce type de rencontres afin de briser les stéréotypes qui peuvent exister sur le monde arabe. Le 12 février se tiendra notamment un colloque intitulé Monde arabe, les enjeux du renouveau, présidé par le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa. De nombreux invités de marque interviendront également, comme Mme Rima Khalaf, directrice du bureau du monde arabe au Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD), M. De la Rosière, ancien directeur général du Fonds Monétaire International (FMI) ou Francis Mer, actuel ministre français de l'Economie et des Finances.

— Vous avez également coopéré avec le Forum de la pensée arabe ...

— Absolument, nous avons hébergé un colloque en partenariat avec le Forum de la pensée arabe, présidé par Ali Maher à Beyrouth, l'année dernière. Plusieurs anciens ministres français des Affaires étrangères étaient présents pour évoquer notamment l'image que les Occidentaux ont des pays arabes, et inversement. J'ai eu l'occasion de rencontrer récemment l'ambassadeur Ali Maher lors d'un colloque à l'Unesco. Je compte me rendre bientôt à Beyrouth pour rendre la coopération entre nos deux organismes plus institutionnalisée.

— Dans le contexte actuel, où la démocratie et les droits de l'homme dans le monde arabe font l'objet de critiques, quels sont, à votre avis, les moyens de resserrer les liens entre l'Europe et les pays arabes ?

 Je suis convaincu qu'il y a une véritable volonté, non seulement du côté français, mais aussi du côté européen, de développer des partenariats avec le monde arabe. Romano Prodi, président de la Commission européenne, vient de recevoir un rapport, dit « Rapport des sages », à ce sujet. Le processus de Barcelone avait instauré un dispositif très complet de coopération entre l'Europe et les pays méditerranéens, y compris Israël. La situation entre la Palestine et Israël a ralenti ce processus, que nous essayons de relancer actuellement. La création prochaine d'une fondation euro-méditerranéenne, décidée à l'occasion du sommet de Naples en décembre 2003, va dans ce sens. La France soutiendra la candidature de l'Egypte comme pays d'accueil du siège de cette fondation. Il me semble important que le siège soit dans un pays du Sud, dans la mesure où le président de la fondation sera européen. La décision sera prise assez rapidement, très certainement sous la présidence irlandaise, c'est-à-dire dans le premier semestre 2004.

— Quelles sont vos actions dans les foyers de tension du monde arabe, notamment en Iraq et en Palestine ?

— Concernant la tragédie palestinienne, nous travaillons en étroite collaboration avec la déléguée de la Palestine en France, Laïla Shahid. Nous pensons d'ailleurs organiser très prochainement un colloque sur le pacte de Genève autour de la question : Cette approche nouvelle de la paix permettra-t-elle de sortir de l'impasse ? En ce qui concerne l'Iraq, nous sommes en relation avec Mme Gobay qui dirige le département des antiquités orientales du Louvre. Nous avons exprimé notre disponibilité et notre capacité à accueillir en France une exposition sur les trésors du musée de Bagdad.

— Quels sont les rapports entre l'Institut du monde arabe et la communauté musulmane de France ?

— Nous nous intéressons à cette communauté arabe de France. Nous entreprenons d'ailleurs un certain nombre d'actions qui leur sont directement destinées. Nous leur fournissons, par exemple, la possibilité d'apprendre ou de réapprendre l'arabe, car très souvent les jeunes issus de l'immigration ont perdu l'usage de leur arabe ou ne connaissent qu'un arabe dialectal. Nous organisons également des visites pédagogiques dans notre musée afin de présenter aux plus jeunes les richesses du monde arabe.

 

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