« Le
gouvernement de Sa Majesté donnerait l'appui le plus
complet à tout plan qui recevrait une approbation générale
d'union entre les peuples arabes ». C'est précisément
après cette phrase lancée en 1941 par Anthony Eden,
alors chef du Foreign Office britannique, qu'a
commencé à émerger l'idée de la création d'une Ligue
arabe. Dès la seconde guerre mondiale, les Britanniques
ont avancé l'idée d'une fédération des Etats arabes
cherchant ainsi à gagner la sympathie des pays de la
région. Leurs alliés hachémites d'Amman et de Bagdad
tentent alors de mettre sur pied un Etat unifié du « Croissant
fertile » qui vise à fédérer en un « Etat »
la Jordanie, l'Iraq, la Syrie et la Palestine. Un régionalisme
qui sera l'un des points faibles de cette institution,
comme on le verra par la suite avec le clan des pays
du Golfe réunis sous le Conseil de Coopération du Golfe
(CCG), et un groupe du Maghreb, l'Union du Maghreb Arabe
(UMA).
Entre ces
deux blocs, l'Egypte a toujours eu un rôle de fédérateur,
dès le départ. Ainsi, face au projet de Croissant fertile
et craignant la constitution au Levant d'un ensemble
susceptible de contrecarrer son influence, l'Egypte,
dont le premier ministre était en ce temps le Wafdiste
Moustaha Al-Nahhas, s'est opposée à ce projet. Il a
ainsi proposé le projet de formation de la Ligue arabe,
dont le but principal était de protéger l'indépendance
et la souveraineté des Etats membres et de sauvegarder
leurs intérêts.
C'est en
22 mars 1945 à Alexandrie que la Ligue arabe a été créée.
Elle comprenait alors sept Etats membres. Ceux-ci étaient
l'Egypte, l'Iraq, le Liban, l'Arabie saoudite, la Syrie,
la Transjordanie (aujourd'hui Jordanie) et le Yémen
(nord). Au fur et à mesure de leur accession à l'indépendance,
les autres Etats du monde arabe ont adhéré à cette organisation.
Aujourd'hui, vingt-deux pays sont représentés :
l'Egypte, l'Algérie, l'Arabie saoudite, le Bahreïn,
Djibouti, les Emirats arabes unis, l'Iraq, la Jordanie,
le Koweït, le Liban, la Libye, la Mauritanie, le Maroc,
le Sultanat d'Oman, Palestine, le Qatar, la Somalie,
le Soudan, la Syrie, la Tunisie, le Yémen et les îles
Comores.
Le drapeau
de la Ligue fut aussi adopté en 1945. Le vert et le
croissant symbolisent l'islam, et le nom de l'organisation
figure au centre de l'emblème. La chaîne est le symbole
de l'unité et la couronne de laurier représente la paix
et la dignité. En fait, à l'issue de la seconde guerre
mondiale, l'émancipation régionale au Moyen-Orient s'affirme.
Le panarabisme, idéologie politique moderniste, mêlée
de socialisme et de populisme et revendiquant l'unité
du monde arabe, va dominer la pensée arabe.
En tout
cas, le projet de la Ligue arabe était, en ce temps,
une idée très ambitieuse, puisqu'il devait coordonner
par l'intermédiaire de ses comités permanents la politique
des Etats membres ainsi que leur économie et leur vie
culturelle. La Ligue arabe a suscité plusieurs organismes
spécialisés, tels l'Organisation de la Ligue arabe pour
l'éducation, la culture et l'organisation scientifique
(Alesco), et un Conseil de l'unité économique arabe
(qui a créé une zone de libre-échange entre les huit
pays membres de ce Conseil). Il existe d'autres organismes
économiques interarabes, notamment l'Organisation des
pays arabes exportateurs de pétrole (différente de l'OPEP
qui, elle, regroupe tous les pays exportateurs de pétrole,
arabes et autres). Un Conseil de défense composé
des ministres des Affaires étrangères et de la Défense
des pays membres ainsi qu'un Conseil économique devaient
se réunir régulièrement.
A un niveau
moins élevé, des institutions spécialisées destinées
à promouvoir la coopération technique et économique
des Etats membres étaient mises en place : Union
postale, Organisation arabe du travail, Union des télécommunications,
installée à Riyad, qui devait assurer en 1985 le lancement
de deux satellites de communication.