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Ligue arabe . Le secrétaire général a finalisé un plan de réforme de l'organisation en s'inspirant des idées des Etats membres. Un projet qui sera sans nul doute adopté mais risque de rester un recueil de voeux pieux, en l'absence de toute volonté politique des leaders arabes.
La réforme, entre rêves et réalité
L'idée a presque mûri. Un plan pour réformer la Ligue arabe est prêt. Il n'attend désormais que l'aval des 22 Etats membres. Le secrétaire générale de l'organisation panarabe, Amr Moussa, a rassemblé et retravaillé les propositions des pays arabes pour restructurer leur maison et en a fait un plan en neuf points, lequel a été soumis aux chefs d'Etat pour éventuels commentaires. Une fois adoptées, ces clauses seront annexées à la charte de la Ligue et seront aussi contraignante tout comme l'annexe sur le caractère périodique des sommets. Rien de nouveau dans le projet, ce sont les idées qui se répètent depuis le dernier sommet arabe à Charm Al-Cheikh qui a une fois de plus scellé l'échec de la Ligue à soutenir un de ses Etats membres, l'Iraq, envahi par les Américains quelques jours seulement après ce sommet.

La ligue des Etats arabes traverse ces derniers temps une crise sans précédent, voire la plus importante et la plus grave qu'ait connue cette institution censée sauvegarder avant tout les intérêts suprêmes du monde arabe. Mais c'est toujours simple pour les Arabes : face à chaque défaillance, ils parlent de projet afin de réformer l'ordre politique existant. Mais ils s'étaient toujours arrêtés là, aujourd'hui ils ne peuvent que suivre les changements qu'a engendrés la chute de Bagdad. Il y a des réalités régionales qu'ils sont incapables de négliger. Ainsi, les pays arabes parlent d'une vision inspirée de plusieurs autres organisations régionales ou internationales. Un Conseil de sécurité, qui comprend un mécanisme de prévention des conflits, un Parlement ou un conseil consultatif, une Cour pénale, une banque d'investissement, un haut conseil de la culture, une instance de suivi et d'application des résolutions et le développement du Conseil économique et social. Une création d'une organisation du commerce arabe, proposée par la Jordanie, est également en cours d'examen. Les idées ne manquent pas et ne sont pas non plus irréelles. C'est leur mise en œuvre qui semble fictive dans un monde arabe habitué depuis des dizaines d'années à condamner et à rejeter sans agir. « C'est la volonté politique qui garantirait la réussite de ce projet, car sinon tout notre travail tomberait à l'eau. Il faudrait aujourd'hui savoir si les pays arabes sont sérieux lorsqu'ils parlent de réforme ou bien si l'affaire ne dépasse pas pour eux la simple opération cosmétique pour un système d'ores et déjà vieilli », estime Hossam Zaki, porte-parole du secrétaire générale de la Ligue. Pour lui, les pays arabes qui ont pris tant de peine à penser à des idées et à rédiger des propositions ne peuvent qu'être sérieux dans leur volonté. La preuve en est que certains pays menacent de sanctionner la Ligue, à leur façon, si elle n'est pas restructurée. La presse koweïtienne a par exemple annoncé que le Koweït ne verserait sa contribution à la Ligue arabe qu'une fois les réformes adoptées. La Libye, tout le monde le sait, menace de se retirer complètement de la Ligue en raison de ses échecs constants. Le président Kadhafi considère en effet que l'organisation n'est pas pertinente dans l'état actuel des relations internationales. Sa qualité de membre reste ainsi tributaire de ces dites réformes. Ces menaces traduisent-elles à elles seules une réelle volonté politique des Etats de concrétiser une action arabe commune qui rendrait effectif le rôle de cet outil indispensable qu'est la Ligue arabe ?


Des courants divers

Que dire donc des tendances isolationnistes de certains pays du Golfe ? Comment expliquer le coup de froid entre les Emirats arabes unis et la Ligue ou encore les critiques du Koweït à l'encontre de l'organisation et qui l'accuse d'avoir été toujours du côté iraqien ? Selon certains observateurs, les pays du Golfe veulent se contenter du Conseil de Coopération du Golfe (CCG), qui est beaucoup plus efficace à leurs yeux et qui réunit des pays qui presque similaires, au moins du point de vue financier. Et dans l'avenir, peut-être pas le plus proche, une restructuration de la Ligue leur coûtera beaucoup plus cher. La répartition des parts ne sera plus la même de celle qui prévaut depuis une cinquantaine d'années et qui dépend en grande partie du PIB de chaque pays et de sa puissance démographique. L'Arabie saoudite, qui comme beaucoup d'autres pays arabes est consciente des manques ou de l'absence de volonté politique, a proposé une prestation de serment des dirigeants pour s'engager à appliquer les réformes adoptées. Une démarche destinée à rehausser la crédibilité morale de l'organisation, sévèrement atteinte lors du dernier sommet lorsque le président libyen et le prince héritier du royaume saoudien ont échangé des invectives.

Supposons que la volonté existe et que ces indices reflètent le souhait des pays arabes de voir leur maison jouer un rôle beaucoup plus pertinent, toujours rien ne garantit la mise en application du projet de réforme. Hossam Zaki explique que c'est pour cette raison que le projet proposé ne parle pas d'unanimité, mais de procédures à vitesse multiples, à l'exemple de l'Union européenne. L'adhésion à la zone euro ou à l'espace Schengen n'a pas inclus les Quinze en même temps, mais elle a eu lieu en ordre dispersé. Ces structures ont commencé par un petit nombre de pays auxquels se sont joints les autres au fur et à mesure. C'est le même principe avec le plan actuel de la Ligue arabe. Si, par exemple, le sommet adopte la création d'un Parlement arabe, cela ne veut pas dire que les 22 pays doivent en être membres. « On commencera par un noyau de pays et ceux qui veulent rejoindre plus tard peuvent le faire », précise Zaki. Sur d'autres points, ça sera tout à fait le contraire, en d'autres termes, la procédure sera très accélérée comme dans le cas du Conseil économique.


Une approche par étapes

« On a des délais précis pour créer une zone de libre-échange interarabe en 2007, puis une zone euro-méditerranéenne et une autre avec les Américains », explique le responsable de la Ligue. Pour rendre efficace ce conseil, l'organisation a pour la première fois eu recours à un bureau international d'expertise en matière d'administration et des restructurations des organisations. Le but est de renforcer la coopération économique arabe de façon à créer des intérêts communs qui réduiraient les différends politiques. Chaque nouvelle institution répond à un besoin important. Le Parlement pour assurer une représentation populaire au sein de l'organisation, même si au niveau de chaque Etat, l'expérience parlementaire fait défaut. Les analystes jugent cependant illogique d'attendre de longues années que se développe une tradition parlementaire dans les pays arabes avant de créer un Parlement commun. Le Conseil de sécurité est jugé essentiel en cette période où la sécurité et la souveraineté arabe est plus que jamais menacée, soit de l'extérieur, soit de l'intérieur.

Ces projets ambitieux restent en deçà d'une réalité arabe encore inconsistante. Ainsi, seuls quatre pays arabes ont payé leurs frais de participation à la prochaine Foire du livre de Francfort alors que le monde arabe en est l'invité d'honneur. Et on ne parle que d'une somme de trois millions de dollars. Si même à ce niveau restreint, les pays arabes ne respectent pas leurs engagements, qu'en sera-t-il donc des annexes de la charte ?


Un bilan quand même positif

Certes, la chute du régime de Saddam Hussein a assaini l'atmosphère, mais ceci ne veut pas dire non plus que le monde arabe est devenu plus fort ou plus efficace. C'est évident qu'il existe un sentiment dans le monde arabe qu'à une époque où le monde change à grands pas, la réforme ne constitue plus un luxe dont on peut se priver, mais une phase qui « ne permet plus cette faiblesse arabe. Il n'est plus question que la Ligue se limite à une tente sous laquelle se déroulent des palabres sans apporter des solutions », affirmeHossam Zaki. Il est vrai que la Ligue arabe n'est pas parvenue à résoudre le conflit isarélo-palestinien, mais ceci reste l'objectif ultime : 50 ans dans la vie des peuples n'est pas une longue durée, dit-on à la Ligue où on affirme que celle-ci a empêché une plus grande détérioration et division du monde arabe. Ce plan de réforme serait la première étape vers une véritable union arabe, recherchée depuis longtemps. On doit cependant attendre qu'il soit adopté par le prochain sommet dont le lieu n'a pas encore été fixé. La Tunisie, qui devrait en être l'hôte, ne veut pas, selon certaines sources proches des décideurs, accueillir une réunion arabe vouée à l'échec.

Samar Al-Gamal

« Nous avons encore besoin de visas pour aller d’un pays à l’autre »

Gamal Bayoumi, ex-vice-ministre des Affaires étrangères et secrétaire général de l’Union des investisseurs arabes, estime qu'une réforme de la Ligue arabe n'est pas possible sans une volonté de changement de la part de ses membres.

Al-Ahram Hebdo : Comment à votre avis doivent se dérouler les réformes de la Ligue arabe ?

Gamal Bayoumi : Je pense qu’une des questions qui se pose à l’heure actuelle est non seulement celle de l’approfondissement des relations entre les pays qui sont déjà membres de la Ligue arabe, mais aussi celle de son élargissement. C’est bien ce qu'ont fait les Européens et que nous n’avons pas encore fait. Les pays membres de la Ligue arabe ne sont pas encore capables d’effectuer un partage des pouvoirs. Ceci dans le sens où les pays seraient capables de faire des concessions sur leurs pouvoirs, en en accordant une partie à une institution majeure, en l’occurrence la Ligue arabe. Par exemple, dans le projet de création de la zone de libre-échange arabe, il existe de nombreuses déficiences. Je pense par exemple à la liberté de déplacement des personnes même entre pays arabes. Celle-ci n’existe pas. Non seulement nous avons encore besoin de visas pour aller d’un pays à l’autre, mais, pire que cela, il est très difficile de les obtenir.

 Ces idées existent-elles dans le projet de réforme de la Ligue arabe ?

— Ce sont des idées qui sont actuellement sur la table. Nous avons eu dernièrement la déclaration commune Moussa, Maher, Saoud Al-Fayçal, où l’on prévoit une nouvelle étape des rapports interarabes. Ce qu’il y a de nouveau dans les projets saoudien et égyptien, c’est l’idée d’imposer un calendrier bien précis pour la mise en place des réformes non seulement de l’institution, mais surtout de l'action interarabe. Selon celui-ci, on doit préciser qu’à telle année, l’union douanière doit être achevée, entre-temps on aura mis sur pied le marché commun arabe. Le tout élaboré avec précision pour obtenir un marché totalement unifié. Selon cette initiative, il faut accélérer ce processus. Pour eux, ce processus ne doit pas être ralenti par des difficultés logistiques de certains pays. On commencerait par les pays capables de remplir les conditions fixées. Et les autres prendraient leur temps jusqu’à ce qu’ils soient prêts à rejoindre ce marché.

— La Ligue arabe, à l'état actuel, serait-elle prête à assumer un tel rôle ?

— Ceci revient aux pays membres. S'ils sont prêts à la renforcer, elle pourra assumer toutes sortes de fonctions. Dans le cas contraire, elle sera évidemment affaiblie.

Propos recueillis par Randa Achmawi
 

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