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Bâtiments . L'effondrement la semaine dernière d'un immeuble à Madinet Nasr rouvre le dossier récurrent, mais toujours en suspens, des constructions irrégulières.

Chasse ouverte aux constructions illégales

L'effondrement la semaine dernière d'un immeuble de la rue Abbass Al-Aqqad à Madinet Nasr, suite à un incendie, a une fois de plus rouvert le dossier épineux des bâtiments frauduleux. Comment un immeuble de 12 étages a-t-il pu s'écrouler comme un château de cartes avec pour seul motif le déclenchement d'un incendie dans son sous-sol ? C'est la question qui tracasse les membres de la commission d'enquête chargée de déterminer les causes du drame, qui a causé la mort de 14 personnes.

Ce n'est pas la première fois qu'une telle tragédie se produit. Tout le monde se souvient encore de l'effondrement d'un immeuble à Héliopolis en 1992. Et d'un autre en 1996. Comme d'habitude après chaque catastrophe, la mobilisation est à son comble. Après le drame de la semaine dernière, des ordres ont été donnés pour accélérer la promulgation d'une loi destinée à réglementer l'anarchie des constructions et à durcir les peines à l'encontre des propriétaires d'immeubles frauduleux. Le ministère de l'Habitat a formé une commission regroupant des spécialistes en construction chargée d'examiner tous les immeubles de la capitale, de s'assurer de leur conformité aux normes de construction et de présenter un rapport au premier ministre, Atef Ebeid. Et les députés ont présenté des interrogations au Parlement sur le sujet.

Mais comme à chaque fois, le vrai problème reste sans solution. En fait, les premiers éléments de l'enquête ont révélé que l'immeuble de Madinet Nasr contenait des étages construits de manière illégale. Résultat, les fondations étaient fragilisées et ont cédé après le déclenchement de l'incendie.

« Le propriétaire a obtenu en 1980 un permis pour bâtir 6 étages uniquement, mais transgressant les règles, il en a construit 7 supplémentaires. La direction du quartier de Madinet Nasr a alors pris la décision de démolir les étages contrevenants. Mais le propriétaire a eu recours à des moyens détournés pour ne pas appliquer la décision », explique Mohamad Moayed, chef du quartier de Madinet Nasr, un quartier du Caire réputé pour être le lieu où il y a le plus de constructions irrégulières. Les chiffres sont alarmants. Plus des deux tiers des immeubles ne seraient pas conformes aux normes de construction. La plupart des infractions sont liées à la construction d'étages supplémentaires ou à l'utilisation de matériaux non conformes. Comment expliquer une telle situation ? « La plupart des infractions remontent à plusieurs dizaines d'années. Prenons par exemple le cas de Madinet Nasr. Au début, dans les années 1970 et 80, on a voulu imposer des conditions très strictes. Les immeubles ne devaient pas excéder 4 étages. Résultat : tout le monde a cherché à contourner ces critères sans se soucier de la sécurité des bâtiments », explique Mohamad Moayed.

Et d'ajouter : « Aujourd'hui, on applique des critères différents. La hauteur des bâtiments équivaut à une fois et demie la largeur de la rue, soit 36 mètres au maximum ».


Arsenal législatif inefficace

Et pourtant, le nombre de fraudes a augmenté. Selon l'urbaniste Milad Hanna, le problème réside dans l'existence de lois défaillantes et contradictoires, promulguées au gré des catastrophes, sans études préalables. « Pas moins de 18 lois ont été promulguées depuis 1976 en Egypte, toutes relatives aux constructions », plaisante Milad Hanna. La loi 16/76, qui donnait à de multiples commissions la charge d'effectuer un contrôle régulier sur les bâtiments, s'est avérée inefficace, car le travail de ces commissions durait des années. Et la corruption est passée par là. Face à la multiplication des fraudes, une nouvelle loi 30 /83 a été promulguée. On n'a pas tardé à découvrir que cette loi comportait également des lacunes. Elle contient une clause dite de réconciliation, qui permet aux propriétaires frauduleux de verser une amende pour éviter la démolition des bâtiments. « Ces lois constituent aujourd'hui un véritable labyrinthe. Elles sont pleines de lacunes. La clause de réconciliation n'est pas logique. Le propriétaire sait qu'une amende, c'est 50 000 L.E. au maximum. Mais si on démolit son bâtiment, il perdra beaucoup plus », relève Mohamad Abdel-Maqsoud, de la commission de l'habitat au Parlement.

Les propriétaires sont d'ailleurs ingénieux quand il s'agit de contourner la loi. L'une des méthodes consiste à présenter une fausse adresse à la municipalité. Les autorités se trouvent alors dans l'impossibilité d'avertir personnellement le propriétaire de la décision d'arrêt des constructions. Il suffit alors à celui-ci de nier devant le tribunal en avoir pris connaissance, justifiant ainsi la poursuite des travaux de construction.

Au milieu de cette anarchie, le ministère de l'Habitat a commencé dès 1998 à préparer un projet de loi sur la construction unifiée. « Le projet de loi s'attaque sérieusement au problème des bâtiments non conformes aux normes de sécurité. Par exemple, il a annulé la clause dite de réconciliation. Il a annulé également la clause qui consiste à avertir le propriétaire du bâtiment de la décision d'arrêt de construction en cas de contravention », explique Khaïri Mahmoud, responsable au ministère de l'Habitat, en ajoutant que la nouvelle loi a proposé une intervention directe de la municipalité sans avertissement préalable. En cas de non respect des normes, les responsables du quartier ont le droit de démolir immédiatement. Pour garantir l'application de cette clause, la nouvelle loi propose de créer ce qu'on appelle une police des constructions. Elle sera chargée d'ordonner la démolition immédiate des bâtiments non conformes aux critères de sécurité. Mais d'ici à ce que la loi soit promulguée, combien de bâtiments connaîtront le même sort ?

Marianne Youssef

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