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Conseil
national des droits de l’homme
. La composition de ce nouvel organe vient d'être rendue publique.
Heureuse surprise pour certains, simple poudre aux yeux pour
d'autres. La publication de l'agenda du conseil devra dissiper
les doutes.
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L'heure
de vérité
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Après
un peu plus de 3 ans d’attente, d’oubli, de débats et de spéculations,
le nouveau Conseil national pour les droits de l’homme a finalement
vu le jour. 27 personnalités viennent d'y être nommées par le
Conseil consultatif. Ce nouvel organe est présidé par Boutros
Boutros-Ghali, ancien secrétaire général de l'Organisation des
Nations-Unies et de l’Organisation internationale pour la Francophonie,
et a pour vice-président le penseur islamique Ahmad Kamal Aboul-Magd.
Les membres du conseil représentent toutes les tendances politiques
et idéologiques. Certains sont des parlementaires (actuels et
anciens), d’autres des spécialistes en droit et en politique,
et d’autres encore des membres d’organisations de défense des
droits de l’homme.
Conformément
à une loi spéciale promulguée à son effet, le Conseil national
des droits de l’homme a pour mission de recevoir les plaintes
des citoyens dans le domaine des droits de l’homme, de les examiner,
de présenter un rapport annuel au président de la République,
et doit assister aux conférences internationales auxquelles
participe le gouvernement. Le conseil doit également former
des commissions internes spécialisées dans toutes les questions
liées aux droits de l’homme.
C’est
en mai 2000 que fut évoquée pour la première fois la création
de cet organe. Or, ce projet est tombé dans l’oubli jusqu’à
ce que l’idée ait refait surface en mars 2003, à l’initiative
de la commission des politiques du Parti National Démocrate
(PND, au pouvoir), présidée par Gamal Moubarak, fils du président
de la République. Selon ce dernier, la création du Conseil national
pour les droits de l’homme s’inscrit dans le cadre d’une série
de décisions libérales. A la suite de cette décision qui a réactivé
le projet, le ministère de la Justice a créé une commission
des droits de l’homme, chargée notamment de décider si le conseil
serait créé par un projet de loi ou par décret présidentiel.
La commission a opté pour le premier choix.
Dès
lors, les associations de défense des droits de l’homme ont
organisé des conférences et tenu des réunions afin de discuter
de la question. Certaines étaient tout à fait contre la création
d’un tel conseil qui représenterait selon eux une entrave à
leur travail, alors que d’autres, plus modérées, estimaient
que le rôle d’un tel conseil ne pourrait jamais entrer en concurrence
avec l’action des ONG.
Le
voile est finalement levé sur cette question à la suite de l’annonce
de la formation et des prérogatives du Conseil national pour
les droits de l'homme. Pourtant, les débats ne se sont pas arrêtés
car ce qui a été annoncé semble ne pas plaire à tout le monde.
Selon Bahieddine Hassan, président du Centre du Caire pour les
études des droits de l’homme, nommé parmi les membres du nouveau
conseil, « il fallait que cette institution soit indépendante
de l’Etat, ce qui n’est pas le cas ». Une allusion
à son financement, qui provient du budget de l’Etat, ainsi que
des dons et aides qu’il décidera d’accepter.
Pour
lui, pour que ce conseil jouisse d’une véritable indépendance
et ait les moyens d’être efficace et d'œuvrer avec sérieux,
il faut qu’il soit en droit d’accéder aux informations nécessaires
à son travail et que ses membres jouissent d’un certaine immunité
politique. Or, selon lui, tout ceci n’est pas réalisé, puisque
l’initiative est gouvernementale et qui n’a qu’un seul but :
sauver la face du gouvernement aux yeux de la communauté internationale.
Ahmad
Seiffel-Islam, président du Centre Hicham Moubarak pour les
droits de l’homme, renchérit : « Déjà je suis contre
la loi qui a servi à la création de ce conseil. Celle-ci a été
élaborée et promulguée sans aucune réelle discussion, notamment
avec les ONG de défense des droits de homme ». Et d’ajouter :
« Le rôle du conseil est essentiellement consultatif.
Donc celui-ci n’a pas de réelle valeur ».
Beaucoup
déplorent aussi que ce conseil soit contrôlé par le Conseil
consultatif, comme c'est le cas pour les autres conseils nationaux,
pour la plupart inefficaces. « Comme il y a une volonté
politique que ce conseil ait une image active, cela sera réalisé.
Mais ses membres ne peuvent espérer rien d'autre que de jouer
le rôle de facteurs qui transmettent les plaintes des individus
et des ONG concernant les droits de l’homme au gouvernement.
C'est un conseil sans prérogative », souligne Ahmad
Seiffel-Islam.
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Un premier
pas
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Pour
sa part, Hafez Abou-Seada, secrétaire général de l’Organisation
Egyptienne des Droits de l’Homme (OEDH) et membre nom du nouveau
Conseil, estime qu’il ne faut pas être trop pessimiste. « Le
seul fait que ce conseil ait été créé signifie que le gouvernement
reconnaît finalement qu’il existe des infractions aux droits
de l’homme. Une chose qu’il a niée pendant de longues dernières
années, tout en accusant les ONG œuvrant dans ce domaine d’être
poussées par des parties étrangères dans le but de porter atteinte
à la réputation du pays », rappelle Abou-Seada. Et
d’ajouter : « D’ailleurs, la formation du nouveau
conseil a été une surprise pour tout le monde du fait qu’il
soit très équilibré et regroupe des personnalités politiques,
juridiques ou travaillant dans le domaine des droits de l’homme,
connues pour leur indépendance, leur intégrité et leur expérience ».
Un avis partagé par Mounir Fakhri Abdel-Nour, chef du groupe
parlementaire du parti libéral du néo-Wafd, lui aussi
membre du Conseil national des droits de l’homme : « Je
ne vois pas pourquoi on accuse les membres du conseil d’être
pro-gouvernementaux. Bien au contraire, j’estime qu’il y a un
grand équilibre dans cette formation ». Galal Aref,
président du Syndicat des journalistes et membre du conseil,
va même jusqu’à affirmer qu’il est très optimiste. « Il
suffit de voir les réactions officielles et celles de la société
il y a plus de 20 ans lorsque l’Organisation arabe des droits
de l’homme a commencé ses activités pour savoir que ce qui se
passe aujourd’hui est un grand acquis pour les droits de l’homme »,
insiste Aref.
« Il
faudra attendre que l’agenda du conseil soit fixé pour pouvoir
porter un jugement final sur l’efficacité de cette instance ».
C’est ce que proposent ses défenseurs. L’agenda ne sera déterminé
qu’au cours de la semaine prochaine lorsque le conseil aura
tenu sa première réunion. Les sujets que les membres veulent
aborder sont nombreux et variés allant de la diffusion de la
culture des droits de l’homme en Egypte, au soutien des ONG
œuvrant dans ce domaine, et jusqu’à la réforme des législations
liberticides. Des questions trop ambitieuses ? Peut-être.
Une chose est sûre, la première réunion du conseil devrait trancher
toute ambiguïté.
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Ola
Hamdi
Yolande
Youssef
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« Ce
n’est pas le moyen adéquat pour résoudre les problèmes des droits
de l’homme en Egypte » |
| Nabil
Abdel-Fattah, chercheur au Centre d’Etudes Politiques et
Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, analyse avec scepticisme
la formation de ce conseil, qui reste pour lui un outil au service
du gouvernement. |
Al-Ahram
Hebdo : Le conseil est constitué de membres issus de
tendances politiques très diverses, ce qui semble garantir son
indépendance vis-à-vis du gouvernement. A quel point ceci est-il
vrai ?
Nabil
Abdel-Fattah : Ce conseil n’est autre qu’une nouvelle
organisation gouvernementale qui a pour objectif de répondre
aux pressions internationales imposées sur le gouvernement afin
de mettre en vigueur les principes des droits de l’homme. Les
membres du conseil sont tout de même pour la plupart très pro-gouvernementaux
puisqu’il s’agit de personnalités qui ont déjà occupé des postes
importants au sein du gouvernement ou qui ont représenté l’Egypte
sur la scène internationale. De même, la majorité des membres
du conseil appartiennent à une génération qui a acquis son expérience
politique dans le cadre du régime autoritaire qui a commencé
avec la Révolution de 1952. Ceci au moment où de jeunes personnalités
ayant une longue expérience dans le domaine des droits de l’homme
ont été exclues. A mon avis, la grande majorité des membres
du Conseil national pour les droits de l’homme continuera à
être le porte-parole du gouvernement. C’est vrai, certaines
personnalités appartiennent à des tendances et à des partis
politiques de l’opposition. Or, ces personnalités ont été choisies
parmi celles qui occupent des postes critiques, ce qui les obligera
à se plier à la volonté du gouvernement. Je crois que le rôle
de ce groupe se limitera à essayer de conserver un équilibre
entre les revendications des parties que le conseil doit normalement
défendre et la volonté du gouvernement.
— Estimez-vous
qu’un tel conseil pourra effectivement jouer un rôle important
dans la défense des droits de l’homme ?
— Il
faudra d’abord que ce conseil se pose plusieurs questions importantes :
est-ce un conseil de défense des droits de l’homme ou plutôt
un conseil dont le rôle se limite à recenser les infractions
commises dans ce domaine, ou encore un organe chargé d’élaborer
des études sur les droits de l’homme ? A mon avis, la réponse
est claire, car le seul but du gouvernement, en créant ce conseil,
est d’améliorer son image aux yeux du monde.
— Croyez-vous
que des divergences vont naître entre le conseil et les associations
de défense des droits de l’homme ?
— Bien
sûr. Et les conséquences en seront graves. Car ce conseil représentera
l’Egypte dans les événements internationaux axés sur la question
des droits de l’homme. Or, les associations égyptiennes de défense
des droits de l’homme assistent elles aussi à ces événements,
et présentent des rapports qui seront sûrement contradictoires
avec les rapports gouvernementaux. Ceci mènera au chaos total,
notamment dans le cadre de l’absence d’une vision claire sur
les moyens de traiter les questions des droits de l’homme dans
l’avenir. Bref, la création de ce conseil n’était pas le moyen
adéquat pour résoudre les problèmes des droits de l’homme en
Egypte. |
| Propos
recueillis par
O.
H. |
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