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Les horizons de la réforme politique
Par Ibrahim Nafie

Ibrahim Nafie L'un des traits essentiels des systèmes politiques modernes est d'inciter à la réforme et de renforcer la tendance au changement.

Cet objectif est d'autant plus important que l'Etat passe par une phase d'évolution démocratique. Les expériences d'évolution démocratique dans les pays arabes et dans d'autres, en Asie et en Afrique — les pays qui sont passés du système central au système de pluripartisme — ont prouvé que les débats autour de la réforme politique étaient essentiellement centrés sur les moyens de transfert démocratique. Deux points sont conjointement en jeu : la réforme politique et l'évolution démocratique.

Les divergences autour des moyens d'évolution, du volume de réformes nécessaires à chaque étape, ne suscitent pas de désaccord gouvernement/opposition.

C'est le degrés d'existence pratique et concrète de ce qu'on peut appeler « l'Infrastructure nécessaire à l'exercice démocratique » qui fait l'objet de divergences. Le but est de réaliser l'accès à la réforme et donc à la société démocratique. La réforme politique ne peut émaner d'un vide.

Tout dépend de la culture qui domine dans la société, la culture susceptible d'accueillir une société démocratique. Si cette culture repose sur le respect des libertés, de l'opinion d'autrui, l'action devient positive et donne à la réforme l'impulsion qui garantit sa promotion. Si la tendance dominante ne conçoit les différences que dans un contexte d'anomalie, d'excentricité ou d'antagonisme, l'action devient négative et entrave la réforme. Il ne peut y avoir d'évolution démocratique en l'absence d'un minimum de valeurs, tels la tolérance, le dialogue et le respect des libertés. Il ne peut y avoir d'élections libres et transparentes tant que les partis concernés ne sont pas prêts à accepter les résultats définitifs et agir dans les limites de la délégation provisoire que leur procurent les élections.

Le parti qui remporte les élections acquiert une délégation provisoire et partielle (non permanente ou globale). Une délégation provisoire qui reste seulement en vigueur jusqu'aux élections suivantes. Comme telle, la délégation ne peut être « globale », autorisant des changements au gré du parti concerné, selon ses tendances et ses desseins. Impossible à titre d'exemple d'effectuer une modification dans la Constitution en dehors des procédures que stipule cette Charte même.

Le parti qui remporte les élections dans un pays en voie d'évolution démocratique doit tenir compte de ces restrictions, s'en tenir aux limites de la délégation obtenue en vertu des élections.

Prenons à titre d'exemple les élections parlementaires de 1991 en Algérie. A peine les résultats préliminaires des élections ont-ils mentionné que le Front islamique du salut avait enregistré de grands progrès et souligné la probabilité pour ce parti d'obtenir la majorité au Conseil parlementaire, que le parti a décidé d'agir. Sans attendre le second tour des élections ou l'affichage des résultats définitifs, certains responsables du parti ont aussitôt entrepris d'annoncer l'intention d'accomplir « la mission sacrée » du transfert vers l'Etat islamique. Ils n'ont pas non plus dissimulé leurs intentions à l'égard des partis et des forces politiques mis en échec.

Peut-on, dans ce cadre, livrer le pouvoir à un parti aussi indifférent à tout comportement démocratique, un parti qui méprise l'opinion de l'autre, et ignore la nécessité du dialogue national ?

C'est là un exemple de ce que la hâte et la conduite incontrôlée, l'absence d'un minimum de culture démocratique, peuvent produire dans l'opération de réforme. Cela ne signifie pas le gel des positions à ce qu'elles sont, ou le ralentissement plus qu'il n'en faut des opérations de réforme. Comme dans toute tentative ou processus d'évolution, la question nécessite des mesures précises pour contrôler les étapes de cette évolution. Chaque étape a son rôle pour conduire à une étape suivante.

C'est à cela que nous devons nous accorder au sujet de la réforme politique en Egypte. Il est nécessaire de donner une plus forte impulsion démocratique à cette réforme, promouvoir ses directives et préparer l'élan du dialogue national. A commencer par les partis politiques légaux pour inclure progressivement les institutions du système politique et des indépendants.

L'importance du dialogue est qu'il permet l'entente sur la trajectoire du processus de réforme, sa durée et les étapes qu'il traverse successivement.

 

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