| L'un
des traits essentiels des systèmes politiques modernes est d'inciter
à la réforme et de renforcer la tendance au changement.
Cet objectif est
d'autant plus important que l'Etat passe par une phase d'évolution
démocratique. Les expériences d'évolution démocratique dans
les pays arabes et dans d'autres, en Asie et en Afrique — les
pays qui sont passés du système central au système de pluripartisme —
ont prouvé que les débats autour de la réforme politique étaient
essentiellement centrés sur les moyens de transfert démocratique.
Deux points sont conjointement en jeu : la réforme politique
et l'évolution démocratique.
Les divergences
autour des moyens d'évolution, du volume de réformes nécessaires
à chaque étape, ne suscitent pas de désaccord gouvernement/opposition.
C'est le degrés
d'existence pratique et concrète de ce qu'on peut appeler « l'Infrastructure
nécessaire à l'exercice démocratique » qui fait l'objet
de divergences. Le but est de réaliser l'accès à la réforme
et donc à la société démocratique. La réforme politique ne peut
émaner d'un vide.
Tout dépend de
la culture qui domine dans la société, la culture susceptible
d'accueillir une société démocratique. Si cette culture repose
sur le respect des libertés, de l'opinion d'autrui, l'action
devient positive et donne à la réforme l'impulsion qui garantit
sa promotion. Si la tendance dominante ne conçoit les différences
que dans un contexte d'anomalie, d'excentricité ou d'antagonisme,
l'action devient négative et entrave la réforme. Il ne peut
y avoir d'évolution démocratique en l'absence d'un minimum de
valeurs, tels la tolérance, le dialogue et le respect des libertés.
Il ne peut y avoir d'élections libres et transparentes tant
que les partis concernés ne sont pas prêts à accepter les résultats
définitifs et agir dans les limites de la délégation provisoire
que leur procurent les élections.
Le parti qui remporte
les élections acquiert une délégation provisoire et partielle
(non permanente ou globale). Une délégation provisoire qui reste
seulement en vigueur jusqu'aux élections suivantes. Comme telle,
la délégation ne peut être « globale », autorisant
des changements au gré du parti concerné, selon ses tendances
et ses desseins. Impossible à titre d'exemple d'effectuer une
modification dans la Constitution en dehors des procédures que
stipule cette Charte même.
Le parti qui remporte
les élections dans un pays en voie d'évolution démocratique
doit tenir compte de ces restrictions, s'en tenir aux limites
de la délégation obtenue en vertu des élections.
Prenons à titre
d'exemple les élections parlementaires de 1991 en Algérie. A
peine les résultats préliminaires des élections ont-ils mentionné
que le Front islamique du salut avait enregistré de grands progrès
et souligné la probabilité pour ce parti d'obtenir la majorité
au Conseil parlementaire, que le parti a décidé d'agir. Sans
attendre le second tour des élections ou l'affichage des résultats
définitifs, certains responsables du parti ont aussitôt entrepris
d'annoncer l'intention d'accomplir « la mission sacrée »
du transfert vers l'Etat islamique. Ils n'ont pas non plus dissimulé
leurs intentions à l'égard des partis et des forces politiques
mis en échec.
Peut-on, dans ce
cadre, livrer le pouvoir à un parti aussi indifférent à tout
comportement démocratique, un parti qui méprise l'opinion de
l'autre, et ignore la nécessité du dialogue national ?
C'est là un exemple
de ce que la hâte et la conduite incontrôlée, l'absence d'un
minimum de culture démocratique, peuvent produire dans l'opération
de réforme. Cela ne signifie pas le gel des positions à ce qu'elles
sont, ou le ralentissement plus qu'il n'en faut des opérations
de réforme. Comme dans toute tentative ou processus d'évolution,
la question nécessite des mesures précises pour contrôler les
étapes de cette évolution. Chaque étape a son rôle pour conduire
à une étape suivante.
C'est à cela que
nous devons nous accorder au sujet de la réforme politique en
Egypte. Il est nécessaire de donner une plus forte impulsion
démocratique à cette réforme, promouvoir ses directives et préparer
l'élan du dialogue national. A commencer par les partis politiques
légaux pour inclure progressivement les institutions du système
politique et des indépendants.
L'importance du
dialogue est qu'il permet l'entente sur la trajectoire du processus
de réforme, sa durée et les étapes qu'il traverse successivement.
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