| Nous
ne connaissons quasiment pas les instituts de sondage renommés
à l'étranger et surtout aux Etats-Unis. Ces instituts se saisissent
de toute question d’intérêt public et publient les tendances
de la société à son égard. Le plus célèbre de ces instituts
est sans doute celui de Gallup, qui n'a connu, depuis sa création
en 1935, aucun échec dans ses prévisions concernant les résultats
des présidentielles américaines. Sauf une fois lorsqu'il avait
prédit avec tous les autres instituts de sondage la victoire
du candidat républicain Thomas Dewey aux élections de 1948,
alors que le résultat final avait donné la victoire, quoique
de courte tête, à son concurrent démocrate Harry Truman.
Si
ces instituts de sondage ont été créés aux Etats-Unis dans les
années 1930, les pays européens et l'Australie, eux, ne les
ont établis qu'au début des années 1940. Aujourd'hui, ces instituts
de sondage sont une composante essentielle de la vie politique
dans les pays démocratiques qui s'intéressent aux réactions
de l'opinion publique à l'égard des différents dossiers.
Quant à nous, les
sondages ne sont effectués que dans le cadre de recherches ou
d'études. Nous, en tant qu'écrivains et journalistes, nous sommes
concernés et nous tenons à nous informer directement des opinions
du public à travers leurs correspondances et les lettres qu'ils
nous envoient tous les jours.
A cet égard, j'ai
reçu une lettre du lecteur Ahmed Hachem Gawich dans laquelle
il dit : « Je suis fatigué d’adresser des lettres
aux leaders de l’opinion publique dans nos journaux. Ceux-ci
sont supposés non seulement orienter l'opinion publique,
mais aussi en être les porte-parole, mais je ne trouve aucun
écho. L'écriture à la base est vaine. Vous, en tant qu'écrivain,
êtes-vous concerné par ce que ressentent au plus profond vos
lecteurs ? Ou bien vous n'êtes pas autorisé à aborder des
dossiers spécifiques. La relation de l'écrivain avec l'opinion
publique est-elle une relation à sens unique, de l'écrivain
vers le lecteur et non le contraire ? Ou bien est-ce une
relation basée sur la réciprocité ? ».
J'ai également
reçu une lettre du Dr Hanane Moustapha Al-Mihi, spécialiste
de sciences politiques. Une lettre dont le ton était âpre et
qu'elle clôt par la question suivante : « Le citoyen
égyptien peut-il être influent dans le processus de prise de
décision ? Nous nous imaginions que les partis seraient
des forces au poids non négligeable dans notre vie politique.
Mais il s’est avéré qu’ils ne diffèrent guère des anciens partis
qu'ils ont remplacés. Ce qui fait que les citoyens restent éloignés
de la politique. Mais la voix du citoyen peut-elle être entendue ?
Nous avons imaginé que notre engagement vers la démocratie permettrait
à la société civile de prendre son essor et que le peuple aurait
une opinion à prendre en compte. Mais la nouvelle loi sur les
ONG (Organisations Non Gouvernementales) a été décevante
parce qu'elle limite plus que jamais la liberté des activités
de la société civile. Toutes les opinions sont unanimes à dire
que c'est la loi des ONG qui est la plus mauvaise. Y a-t-il
une solution ? ».
J'ai également
reçu d'autres lettres que je préserve toujours sur le dossier
de l'opinion publique et je saisis l'occasion pour en parler.
En réponse à M. Mossaad Samuel, sur les sondages d'opinion,
je dis que la différence entre la situation chez nous et celle
à l'étranger concernant les sondages, c'est qu'à l'étranger
ces derniers sont supervisés par des ONG indépendantes qui sont
libres dans leur choix des questions et des personnes interrogées.
Alors que chez nous, il est impossible d'effectuer un sondage
sans l’accord préalable des organismes de sécurité. Ceux-ci
ont le droit de refuser des sujets ou des questions donnés.
Les sondages chez nous ne se font pas périodiquement. Ils ne
sont effectués que dans le cadre d’études de terrain, d’une
thèse de doctorat ou d’une recherche spécifique. Il existe à
l'étranger des rapports appelés « rapports d'opinion
publique » présentés périodiquement aux hauts responsables.
Par exemple, les instituts de sondage publient périodiquement
des rapports sur la popularité des présidents et des premiers
ministres.
Ce qu'on appelle
aux Etats-Unis « Sondages de Gallup », ce sont
les sondages effectués par l'Institut américain de l'opinion
publique fondé par le statisticien George Gallup en 1935. Ce
dernier a jeté les bases de la pratique des sondages d'opinion
qui a évolué à une vitesse vertigineuse depuis lors, jusqu'à
la création de l'Institution américaine des recherches de l'opinion
publique qui regroupe plusieurs instituts de sondage spécialisés
et qui publie une revue périodique intitulée Public Opinion
Quarterly réunissant les résultats des recherches élaborées
par les différents instituts dans les 4 coins des Etats-Unis.
Mais la situation
chez nous est différente. Comment peut-on imaginer qu'un responsable
quelconque ou un journaliste ignore les possibilités de connaître
les tendances de l'opinion publique ? Non, cher Ahmed Hachem
Gawich, la voie n'est pas à sens unique, mais à double sens.
Comme vous tenez toujours à lire votre écrivain préféré, nous,
écrivains, nous aspirons aussi à prendre connaissance du contenu
des lettres des lecteurs pour connaître les tendances de l'opinion
publique.
Là, nous devons
signaler que les sondages n’ont d’intérêt que dans les sociétés
ouvertes où les citoyens s'expriment librement. D'autre part,
les personnes interrogées par ces sondages ne s’expriment librement
que si elles sont certaines de ne pas être lésées. Même si tout
le processus de prise d’opinion se fait dans un secret total,
les gens seront sceptiques et auront peur que l’on dévoile leur
identité.
D'autre part, si
les tendances de l’opinion publique n’ont aucune incidence sur
le processus de prise de décision, ces sondages seront inutiles
et n'affecteront en rien le cours des événements.
En réalité, la
société égyptienne jouit aujourd'hui d'une plus grande marge
de liberté, ce qui fait que la création de tels instituts serait
un atout important pour la vie publique. Si l'on observe le
contenu de nos journaux gouvernementaux ou d’opposition, on
se rend compte sans difficulté que la société se sent
plus que jamais en sécurité lorsqu'elle exprime son opinion.
Cette liberté s'est
répercutée également sur la création artistique. Nous avons
témoigné d’un essor du théâtre politique depuis le début des
années 1980. Et le cinéma a commencé à aborder ouvertement des
sujets tabous.
Il est inutile
de noter que les partis politiques — malgré les obstacles
qui entravent leurs activités — jouissent d'une grande
liberté d’action.
Nous aspirons à
établir des instituts de sondage d'opinion suivant de près et
en continu les évolutions de l'opinion publique pour devenir
une société démocratique au sens propre du terme. De tels instituts
officialiseront l'importance de l'opinion publique dans la société,
contrairement à ce qui se passe actuellement, où l’opinion s’exprime
de façon individuelle et intermittente.
Le plus important
est que le suivi des tendances de l'opinion publique de manière
ininterrompue contribuera à confirmer l'importance de l'opinion
du citoyen auprès des organismes officiels. C'est à ce moment-là
seulement que l'expression de l'opinion publique deviendra une
voie à double sens et non pas à sens unique.
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