Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Carrefour

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie
Carrefour
de Mohamed Salmawy
Idées
Portrait
Littérature
Livres
Arts
Sport
Escapades
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
L'opinion publique ... une voie à double sens
Mohamed Salmawy

Nous ne connaissons quasiment pas les instituts de sondage renommés à l'étranger et surtout aux Etats-Unis. Ces instituts se saisissent de toute question d’intérêt public et publient les tendances de la société à son égard. Le plus célèbre de ces instituts est sans doute celui de Gallup, qui n'a connu, depuis sa création en 1935, aucun échec dans ses prévisions concernant les résultats des présidentielles américaines. Sauf une fois lorsqu'il avait prédit avec tous les autres instituts de sondage la victoire du candidat républicain Thomas Dewey aux élections de 1948, alors que le résultat final avait donné la victoire, quoique de courte tête, à son concurrent démocrate Harry Truman.

Si ces instituts de sondage ont été créés aux Etats-Unis dans les années 1930, les pays européens et l'Australie, eux, ne les ont établis qu'au début des années 1940. Aujourd'hui, ces instituts de sondage sont une composante essentielle de la vie politique dans les pays démocratiques qui s'intéressent aux réactions de l'opinion publique à l'égard des différents dossiers.

Quant à nous, les sondages ne sont effectués que dans le cadre de recherches ou d'études. Nous, en tant qu'écrivains et journalistes, nous sommes concernés et nous tenons à nous informer directement des opinions du public à travers leurs correspondances et les lettres qu'ils nous envoient tous les jours.

A cet égard, j'ai reçu une lettre du lecteur Ahmed Hachem Gawich dans laquelle il dit : « Je suis fatigué d’adresser des lettres aux leaders de l’opinion publique dans nos journaux. Ceux-ci sont supposés non seulement orienter l'opinion publique, mais aussi en être les porte-parole, mais je ne trouve aucun écho. L'écriture à la base est vaine. Vous, en tant qu'écrivain, êtes-vous concerné par ce que ressentent au plus profond vos lecteurs ? Ou bien vous n'êtes pas autorisé à aborder des dossiers spécifiques. La relation de l'écrivain avec l'opinion publique est-elle une relation à sens unique, de l'écrivain vers le lecteur et non le contraire ? Ou bien est-ce une relation basée sur la réciprocité ? ».

J'ai également reçu une lettre du Dr Hanane Moustapha Al-Mihi, spécialiste de sciences politiques. Une lettre dont le ton était âpre et qu'elle clôt par la question suivante : « Le citoyen égyptien peut-il être influent dans le processus de prise de décision ? Nous nous imaginions que les partis seraient des forces au poids non négligeable dans notre vie politique. Mais il s’est avéré qu’ils ne diffèrent guère des anciens partis qu'ils ont remplacés. Ce qui fait que les citoyens restent éloignés de la politique. Mais la voix du citoyen peut-elle être entendue ? Nous avons imaginé que notre engagement vers la démocratie permettrait à la société civile de prendre son essor et que le peuple aurait une opinion à prendre en compte. Mais la nouvelle loi sur les ONG (Organisations Non Gouvernementales) a été décevante parce qu'elle limite plus que jamais la liberté des activités de la société civile. Toutes les opinions sont unanimes à dire que c'est la loi des ONG qui est la plus mauvaise. Y a-t-il une solution ? ».

J'ai également reçu d'autres lettres que je préserve toujours sur le dossier de l'opinion publique et je saisis l'occasion pour en parler. En réponse à M. Mossaad Samuel, sur les sondages d'opinion, je dis que la différence entre la situation chez nous et celle à l'étranger concernant les sondages, c'est qu'à l'étranger ces derniers sont supervisés par des ONG indépendantes qui sont libres dans leur choix des questions et des personnes interrogées. Alors que chez nous, il est impossible d'effectuer un sondage sans l’accord préalable des organismes de sécurité. Ceux-ci ont le droit de refuser des sujets ou des questions donnés. Les sondages chez nous ne se font pas périodiquement. Ils ne sont effectués que dans le cadre d’études de terrain, d’une thèse de doctorat ou d’une recherche spécifique. Il existe à l'étranger des rapports appelés « rapports d'opinion publique » présentés périodiquement aux hauts responsables. Par exemple, les instituts de sondage publient périodiquement des rapports sur la popularité des présidents et des premiers ministres.

Ce qu'on appelle aux Etats-Unis « Sondages de Gallup », ce sont les sondages effectués par l'Institut américain de l'opinion publique fondé par le statisticien George Gallup en 1935. Ce dernier a jeté les bases de la pratique des sondages d'opinion qui a évolué à une vitesse vertigineuse depuis lors, jusqu'à la création de l'Institution américaine des recherches de l'opinion publique qui regroupe plusieurs instituts de sondage spécialisés et qui publie une revue périodique intitulée Public Opinion Quarterly réunissant les résultats des recherches élaborées par les différents instituts dans les 4 coins des Etats-Unis.

Mais la situation chez nous est différente. Comment peut-on imaginer qu'un responsable quelconque ou un journaliste ignore les possibilités de connaître les tendances de l'opinion publique ? Non, cher Ahmed Hachem Gawich, la voie n'est pas à sens unique, mais à double sens. Comme vous tenez toujours à lire votre écrivain préféré, nous, écrivains, nous aspirons aussi à prendre connaissance du contenu des lettres des lecteurs pour connaître les tendances de l'opinion publique.

Là, nous devons signaler que les sondages n’ont d’intérêt que dans les sociétés ouvertes où les citoyens s'expriment librement. D'autre part, les personnes interrogées par ces sondages ne s’expriment librement que si elles sont certaines de ne pas être lésées. Même si tout le processus de prise d’opinion se fait dans un secret total, les gens seront sceptiques et auront peur que l’on dévoile leur identité.

D'autre part, si les tendances de l’opinion publique n’ont aucune incidence sur le processus de prise de décision, ces sondages seront inutiles et n'affecteront en rien le cours des événements.

En réalité, la société égyptienne jouit aujourd'hui d'une plus grande marge de liberté, ce qui fait que la création de tels instituts serait un atout important pour la vie publique. Si l'on observe le contenu de nos journaux gouvernementaux ou d’opposition, on se rend compte sans difficulté que la société se sent plus que jamais en sécurité lorsqu'elle exprime son opinion.

Cette liberté s'est répercutée également sur la création artistique. Nous avons témoigné d’un essor du théâtre politique depuis le début des années 1980. Et le cinéma a commencé à aborder ouvertement des sujets tabous.

Il est inutile de noter que les partis politiques — malgré les obstacles qui entravent leurs activités — jouissent d'une grande liberté d’action.

Nous aspirons à établir des instituts de sondage d'opinion suivant de près et en continu les évolutions de l'opinion publique pour devenir une société démocratique au sens propre du terme. De tels instituts officialiseront l'importance de l'opinion publique dans la société, contrairement à ce qui se passe actuellement, où l’opinion s’exprime de façon individuelle et intermittente.

Le plus important est que le suivi des tendances de l'opinion publique de manière ininterrompue contribuera à confirmer l'importance de l'opinion du citoyen auprès des organismes officiels. C'est à ce moment-là seulement que l'expression de l'opinion publique deviendra une voie à double sens et non pas à sens unique.

Retour au sommaire
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631