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Centrafrique
. Des experts du Fonds Monétaire International (FMI) et de la
Banque mondiale viennent d'achever une mission de deux semaines
à Bangui pour évaluer la situation économique et financière,
mais surtout les orientations politiques du régime Bozizé, en
vue d'un programme « post-conflit ».
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Bozizé
face aux bailleurs de fonds |
Pour
le moment, il ne s’agit pas de « commencer des négociations »,
mais d’envisager des « actions à mettre en œuvre
qui dépendront des progrès des autorités centrafricaines, notamment
dans les domaines des réformes structurelles, de l’assainissement
des finances publiques, de la bonne gouvernance et de la lutte
contre la corruption », explique Mark Lewis,
l’expert du FMI, qui précise que cette reprise de contacts directs
constitue une évaluation de « la situation économique
et financière du pays et surtout des orientations politiques
du gouvernement pour résoudre les problèmes du pays ».
En clair, les bailleurs de fonds ne veulent pas revenir
à l’aveuglette dans un pays dont le ministre à l’Economie et
aux Finances, Jean-Pierre Lebouder, met lui-même l’accent sur
l’insécurité et la corruption pour expliquer le marasme économique.
Déjà,
sous le président Ange-Félix Patassé, le 10 octobre 2001, la
République de Centrafrique (RCA) avait signé avec le FMI un
accord intérimaire de six mois maximum dont la bonne application
avait été posée comme condition sine qua non à un programme
d’aide sur trois ans au titre des facilités accordées par l’instance
internationale pour la réduction de la pauvreté et la croissance.
Le programme devait être validé le 18 septembre 2002. Il est
resté en suspens pour cause de rébellion, le général François
Bozizé venant d’engager la lutte armée contre Ange-Félix Patassé.
Depuis le renversement de ce dernier, le 15 mars 2003, le FMI
a effectivement changé d’interlocuteur. Et aujourd’hui, c’est
en quelque sorte un examen de passage que le président Bozizé
subit devant les institutions de Bretton Woods. Il s’est donc
efforcé de mettre les bouchées doubles pour répondre aux exigences
internationales.
Le
15 janvier dernier, à la veille de la visite cruciale des bailleurs
de fonds, qui s’est achevée le 1er février, le gouvernement
centrafricain promettait une réponse rapide du comité interministériel
chargé d’élaborer le projet de budget, mais aussi le calendrier
de la série de scrutins qui doivent marquer le retour à l’ordre
constitutionnel promis par le chef de l’Etat autoproclamé. Créé
en Conseil des ministres début janvier et placé sous la tutelle
du premier ministre Célestin Gaombalet, ce comité comprend des
représentants de plusieurs ministères parmi lesquels ceux des
Finances, de l’Intérieur et de l’Administration du territoire.
Il doit donc présenter non seulement un budget prévisionnel,
mais aussi un calendrier pour l’organisation des élections municipales,
législatives et présidentielles, prévues entre fin 2004 et avril
2005, deux sujets qui intéressent au premier chef les experts
qui ont fait le déplacement de Bangui.
Pour
le moment, les étapes préalables aux différents scrutins traînent
en longueur. Le dialogue national de réconciliation de septembre-octobre
2003 programmait par exemple la révision du code électoral entre
octobre et décembre 2003. Elle n’a pas commencé. En revanche,
le recensement de la population nécessaire pour établir les
listes électorales a été réalisé entre le 8 et le 22 décembre
2003. Mais aucun résultat n’a encore été rendu public. L’identification
des électeurs devrait attendre la réforme du code électoral,
annoncée cette fois pour février prochain. Ensuite, le conseil
national de la « transition » devrait concocter
une nouvelle constitution. Au total, il s’avère difficile de
juger de la stabilisation politique du pays avant les élections.
Mais en même temps, le Centrafrique souffre d’une faillite économique
de longue haleine nourrie par des turbulences politico-militaires
qu’il a également contribué à alimenter.
La
dette centrafricaine était évaluée à quelque 881,4 millions
de dollars en l’an 2000. En 2003, l’indice de développement
humain du Programme des Nations-Unies pour le Développement
(PNUD) classait le Centrafrique parmi les plus pauvres, au cent
soixante huitième rang. Ses quelque 3,8 millions d’habitants
parviennent néanmoins à se nourrir grâce à une agriculture de
subsistance qui, avec l’exploitation forestière, demeure la
colonne vertébrale de l’économie centrafricaine. Selon la Banque
mondiale, le produit national brut centrafricain oscille autour
du milliard de dollars par an seulement. Il aurait commencé
à remonter un peu avec un taux de croissance de 1,3 % en
2003. L’agriculture contribue pour moitié au PNB. Le bois représente
environ 16 % des recettes extérieures et le diamant autour
de 54 % (4 % seulement du PNB). Reste que l’origine
et la quantité de diamants exportée par Bangui sont douteuses.
Et au total, les observateurs notent une extrême disparité dans
la répartition des maigres revenus du Centrafrique.
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Progrès
du programme de désarmement
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En
attendant l’ouverture de la période électorale, l’Onu soutient
le Programme centrafricain de désarmement, démobilisation et
de réinsertion (PNDR) lancé en janvier 2002. Le PNDR propose
formation et matériel de travail en échange de leurs armes aux
très nombreux porteurs de fusils centrafricains. Début janvier,
220 personnes avaient reçu de quoi tenter leur retour à la vie
civile dans les secteurs de la mécanique auto, de l’électricité
ou de la charpenterie. Entre juin 2002 et mars 2003, la collecte
des armes a permis de retirer du circuit (par incinération fin
juillet 2003) quelque 210 armes légères, 134 000 munitions,
1 361 grenades, 27 mortiers et 54 roquettes.
Le PNDR a pris officiellement fin ce 31 janvier. Mais des négociations
devraient se poursuivre avec les donateurs pour assister les
militaires qui souhaiteraient réintégrer la vie civile, mais
aussi peut-être les anciens miliciens d’Ange-Félix Patassé.
Cela serait sans doute la meilleure réponse au banditisme et
à l’insécurité qui alarment le secrétaire général de l’Onu,
Kofi Annan.
Dans
son dernier rapport d’évaluation, couvrant la période de juillet
à décembre 2003, Kofi Annan se dit « gravement préoccupé
par la recrudescence des actes de viols, de braquages et d’atteintes
au droit à la vie » commis dans les provinces sud-africaines
reculées, mais aussi aux portes de Bangui. En conséquence, il
appelle la communauté internationale à « répondre gracieusement »
aux besoins humanitaires centrafricains et à soutenir le processus
électoral, faute de quoi, prophétise-t-il, « la République
centrafricaine renouerait avec l’instabilité aux conséquences
incalculables pour les Centrafricains et l’ensemble de la sous-région,
où la paix reste fragile ». Kofi Annan recommande « qu’en
plus du déploiement des forces de sécurité et de défense, la
force multinationale de la Communauté économique et monétaire
des Etats de l’Afrique centrale (Cemac) soit renforcée,
tant en équipement qu’en effectif, pour lui permettre d’intervenir
à l’intérieur du territoire et participer simultanément à la
sécurisation de Bangui ». Pour sa part, Paris a devancé
l’appel.
Fin
décembre dernier, saluant la visite à Bangui de la ministre
française de la Défense, Michèle Alliot-Marie, le général Bozizé
s’est déclaré « ouvert à la présence permanente de militaires
français » en Centrafrique. Depuis son coup d’Etat,
un contingent français de 200 hommes est en effet resté
sur place, pour sécuriser l’aéroport et soutenir les 350 soldats
de la Cemac. Ils sont là « pour apporter un soutien
et non pas pour se substituer à des militaires centrafricains »,
assurait Michèle Alliot-Marie à Bangui, expliquant que « il
y a des besoins de sécurisation et de formation que nous assurons »
et qui concernent en particulier trois bataillons dans le cadre
de la restructuration de l’armée centrafricaine. La ministre
française souligne elle aussi que « la stabilisation
et le développement de la République centrafricaine dépend largement
de la situation sécuritaire ». Pour sa part,
le président Bozizé compte sur les Français pour être « nos
avocats auprès de l’Union européenne et des institde
Bretton Woods pour … qu’ils nous soutiennent en vue de
la remise à niveau des forces de défense et de sécurité »,
désormais placées sous sa férule. Les troupes franco-africaines
resteront au moins jusqu’aux élections pour assister leurs compagnons
d’armes centrafricains. |
Monique
Mas |
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