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Somalie . Les leaders somalis se sont accordés pour mettre en place un Parlement à base clanique, et promettent la fin des hostilités.
la paix des clans

La Somalie a accompli un pas significatif vers la paix, avec la signature, jeudi 29 janvier à Nairobi (Kenya), d’un accord visant à mettre en place un Parlement somali, sur des bases claniques. Signé par la totalité des quelque 42 belligérants de la guerre civile somalienne (à l’exception de la région sécessioniste du Somaliland), en présence du président kényan, Mwai Kibaki, l’accord de Nairobi couronne plus d’une année de négociations parrainées par l’IGAD, le Kenya, l’Ethiopie, et Djibouti, entre autres. Il fait partie de la « charte nationale de transition » somalienne, charte fédérale détaillant comment la Somalie sera gouvernée dans les cinq années à venir ; ce document avait été accepté en juillet par les différentes parties, avant d’être rejeté par certains chefs de guerre. Ceux-ci, et notamment le CSRR (Gouvernement national de transition, alliance des principaux chefs de guerre, menés par Hussein Mohammed Aïdid) avaient jusqu’à présent refusé de reconnaître la légitimité du GNT, le « gouvernement de transition » né du processus d’Arta de 2000, et qui ne contrôle que quelques quartiers de la capitale Mogadiscio. Mais le CSRR et le GNT ont réussi à trouver un terrain d’entente, ouvrant ainsi la voie à un accord.

Tous les signataires ont affiché leur optimisme et leur contentement. « Nous espérons qu’il y aura un gouvernement qui fonctionne, en Somalie, d’ici un mois », a ainsi déclaré le ministre kényan des Affaires étrangères, Kalonzo Musyoka ; même son de cloche chez son homologue djiboutien, Ali Abdi Farah. Les chefs de guerre se sont chaudement félicités, et ont promis de cesser de se battre. « Je m’engage à respecter à la lettre l’accord signé devant le président Kibaki », a ainsi déclaré Musa Suda Yahalow, chef de guerre proche de M. Aïdid, tandis que M. Abdulaqim Salat (président du GNT) a souligné son « désir de voir une Somalie pacifique ». Un autre chef de guerre, Mohammed Ganyare Afrah, est allé jusqu’à proposer que ceux qui violeraient cet accord soient « traduits en justice ». Le responsable du Puntland (région du centre, auto-proclamée « Etat autonome » en 1998, signataire de l’accord, renonçant ainsi à l’autonomie) a pour sa part estimé qu’« il y a maintenant une chance crédible pour les Somaliens de renaître de leurs cendres ».

L’accord de Nairobi prévoit la nomination, sur une base clanique, de 275 membres du Parlement, qui remplacera le Parlement actuel, également issu du processus d’Arta et jamais reconnu par le CSRR. Une fois formé, le nouveau Parlement sera chargé d’élire un gouvernement et un président qui remplacera M. Salat. Il est prévu que les quatre principaux clans (Darod, Dir, Hawiyé et Rahanweyn) désigneront chacun 61 représentants, tandis que les clans minoritaires en choisiront 31. La création d’un tel Parlement représente donc une tentative inédite : associer la reconstitution d’un Etat « à l’occidentale », centralisé, à une représentation clanique, qui correspond beaucoup plus aux distributions traditionnelles du pouvoir, où les « shir » (conseils des anciens) jouent un rôle prépondérant. Les précédentes tentatives de reconstitution d’un Etat centralisé (en 1994, 1998, et 2000) avaient toutes échoué, les clans ne reconnaissaient pas la légitimité du pouvoir central. Or, les organisations régionales (Somaliland, Puntland …) qui se sont fondées sur l’autorité clanique pour sortir du chaos, ont connu un relatif succès et parviennent tant bien que mal à réorganiser les régions qu’elles administrent. L’opération pourrait donc s’avérer payante.


Zones d'ombre

Tout n’est pour autant pas parfait. Tout d’abord, l’accord de Nairobi ne précise pas de date-butoir pour la désignation des représentants ; or, ce processus, dont l’organisation sera laissée à la discrétion des clans, ne manquera pas de créer de nombreux contentieux, et il n’est pas exclu que ces nominations s’enlisent, retardant d’autant la formation du Parlement. De plus, les clans sont eux-mêmes divisés en de nombreux sous-clans, parfois en conflit, voire en guerre ; là encore, la possibilité de conflits sub-claniques violents, à propos du choix des représentants, n’est pas à exclure. Enfin, il a fallu composer avec les chefs de guerre, selon M. Farah, « [ils] détiennent la réalité du pouvoir sur le terrain. Ils ont cependant accepté de s’en référer aux chefs traditionnels des clans et sous-clans pour désigner les représentants de chaque faction tribale au Parlement ». Rien ne vient malheureusement garantir cet engagement, et si les chefs de clan représentent l’autorité traditionnelle, les chefs de guerre, lourdement armés, sont bien les maîtres de la situation. Il faut donc espérer que les chefs de guerre accepteront de renoncer à leur autorité locale, au profit des « shir » et des chefs de clan.

En réalité, M. Abdi Farah fait reposer cet espoir sur la volonté de la communauté internationale. « Les chefs de guerre eux-mêmes ne se sentent plus à l’abri face à la volonté de la communauté internationale de les juger en tant que criminels de guerre s’ils refusent de s’associer au processus de restauration et de reconstruction du nouvel Etat somalien ». Toujours selon le ministre, « l’ensemble de la communauté internationale est décidée à accompagner, cette fois, le gouvernement qui sera formé à l’issue des pourparlers de Nairobi pour démobiliser les milices, les réinsérer dans la vie civile et reconstruire le pays ». Le représentant de l’Union européenne à la conférence, Carlo Ungaro, a déclaré que « dans les prochaines semaines aura lieu une conférence de pays donateurs » afin que « la communauté internationale n’abandonne pas la Somalie à son sort ». On peut toutefois douter de l’engagement de la communauté internationale. Il est en effet probable qu’aucun pays ne s’aventurera à tenter de faire règner l’ordre en Somalie ; la mort de 18 soldats américains à Mogadiscio lors de l’opération Restore Hope (1993), avait traumatisé l’opinion publique américaine, et provoqué le départ précipité de la mission onusienne. Le pays, depuis, a été laissé pour compte, et aucun pays ne s’est sérieusement soucié d’un conflit qui a fait des centaines de milliers de morts et des millions de réfugiés. La « guerre contre le terrorisme » pourrait changer la donne : le chaos somalien profitant aux groupes terroristes, les Etats-Unis disent souhaiter, après avoir ignoré ce conflit, régler la question somalienne. Un ambassadeur américain en Somalie devrait être nommé dès le nouveau gouvernement formé.

Lazare Beullac
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