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Iran . Après la démission de la moitié des parlementaires et l'obstination des conservateurs à ne pas reporter les élections, la République islamique s'enlise dans une des plus graves crises politiques de son histoire.
L'impasse ...

Les conservateurs iraniens semblent décidés à pousser la crise politique jusqu'à une impasse. Dimanche soir, la justice iranienne, bastion des conservateurs, a rejeté tout report des élections prévues le 20 février, comme le souhaitent les réformateurs. Le procureur général de Téhéran, Abd an-Nabi Namazi, a déclaré ouvertement que la justice « soutenait le Conseil des gardiens » et apporterait son aide pour que le scrutin se tienne bien le 20 février.

Ces déclarations du camp conservateur font suite à la démission, dimanche matin, de cent vingt députés réformateurs, près de la moitié des parlementaires iraniens, enfonçant davantage la République islamique dans l'une des plus graves crises de son histoire au moment où elle entamait les célébrations de son 25e anniversaire. « Nous ne pouvons pas continuer à siéger dans un Parlement incapable de défendre le droit du peuple et d'empêcher la tenue d'élections où le peuple ne peut pas choisir librement ses représentants », ont déclaré à la tribune deux figures parlementaires réformatrices, Mohsen Mirdamadi et Rajabali Mazrouï. Ceux-ci font partie des 87 députés empêchés par les organes conservateurs de se représenter aux législatives prévues le 20 février.

Ce sont au total quelque 2 500 postulants sur 8 000, très majoritairement des réformateurs, qui ont été désavoués par les organes conservateurs pour manquements à l'islam et à la Constitution. « Les conservateurs sont en train de ruiner la République et d'instaurer un islam comparable à celui des Talibans », s'émeuvent, dans leur déclaration, les démissionnaires qui rappellent leur fidélité aux valeurs de la révolution. Mohammad Reza Khatami, frère du président et chef du principal parti réformateur (le Front de la participation), a mis en garde les conservateurs contre la tentation d'organiser de force les élections, avec le soutien de l'armée : « Si les conservateurs veulent organiser les élections avec le soutien de l'armée, ce ne seront plus des élections, ce sera un coup d'Etat avec pour but d'éradiquer la République », a déclaré au Parlement Mohammad Reza Khatami.

Voyant la crise s'aggraver, Mehdi Karoubi, le président du Parlement à majorité réformatrice, a rapidement appelé à une nouvelle intervention du Guide pour sortir de cette grave crise. « Nous sommes dans une situation de blocage », a dit M. Karoubi, après que le président réformateur Mohammad Khatami eut parlé « d'impasse ».

Selon une complexe procédure parlementaire, les démissions doivent être débattues et approuvées par l'assemblée. M. Karoubi a annoncé que cela sera fait la semaine prochaine. L'affaire est d'autant plus compliquée qu'un quorum des deux tiers, à présent compromis, est requis pour que le Parlement siège, alors que l'Iran entre dans une période hachée par les jours fériés du 25e anniversaire de la révolution. « Il faut que le Guide intervienne », a insisté M. Karoubi.


Les étudiants prêts à manifester

L'ayatollah Ali Khamenei avait déjà ordonné récemment au Conseil des gardiens de reconsidérer avec plus d'indulgence les dossiers rejetés en première instance. Or, vendredi, le Conseil, qui a la haute main sur la validation des candidatures, n'a repêché qu'un tiers des prétendants mis hors course. Il a, en outre, refusé un report de la consultation, totalement faussée selon les réformateurs. Le ministre de l'Intérieur, Abdolvahed Moussavi-Lari, n'en a pas moins réitéré cette demande.

Foulant du pied toutes les menaces brandies par le camp réformateur, le chef de la commission de contrôle électorale de Téhéran, l'une de celles qui ont massivement censuré les candidatures réformatrices aux législatives, avait évoqué, cette semaine, la possibilité que les conservateurs désignent un organe pour organiser les élections si le ministère de l'Intérieur, réformateur, refusait de le faire. En fait, le ministère de l'Intérieur a dit ne plus pouvoir organiser d'élections libres après que les conservateurs n'eurent repêché qu'un tiers des candidats désavoués en première instance.

Les députés réformateurs pourraient ne pas rester seuls dans leur guerre contre les conservateurs. Samedi, le Front du 2 Khordad (du 23 mai 1997, date de la première élection de M. Khatami à la présidence), qui fédère 18 partis le soutenant, a annoncé lui aussi qu'il boycotterait le scrutin. Chaque parti membre du Front devrait cependant décider individuellement d'un tel boycott. Dimanche soir, les étudiants iraniens, à la pointe de l'exigence démocratique, ont demandé l'autorisation de manifester ce mercredi 4 février, pour la première fois depuis le début de la crise provoquée par le rejet massif des candidatures réformatrices aux législatives. Les sections de l'Association islamique, syndicat très progressiste, dans les principales universités de la capitale ainsi que des facultés de médecine ont indiqué avoir déposé une demande de rassemblement devant l'entrée du plus grand campus de la capitale pour ce mercredi. Ce serait la première fois que les étudiants manifesteraient pour exprimer leur solidarité avec les députés réformateurs mobilisés depuis le 11 janvier. Leur demande risque cependant d'être rejetée, comme l'ont été les précédentes ces derniers mois, quel qu'en ait été l'objet. Les autorités, inquiètes d'une contagion de la contestation, ont seulement autorisé des rassemblements à l'intérieur des universités en prenant toutes les dispositions policières pour que les étudiants n'en sortent pas

Maha Al-Cherbini

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