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Iraq . Sur fond de violence persistante, plusieurs membres du Conseil de gouvernement provisoire s’opposent à la volonté des Etats-Unis de maintenir leur présence militaire après le transfert du pouvoir, prévu le 1er juillet.
Controverse sur le rôle futur des Américains

Insécurité persistante, difficultés concernant la période de transition politique, relance de la polémique sur les Armes de Destruction Massive (ADM). Les problèmes s'accumulent pour les forces d'occupation américaines qui ont du mal à tenir les rênes en Iraq.

D'abord, les Etats-Unis veulent continuer, avec la signature d'un accord de sécurité, à mener des opérations en Iraq au-delà de la passation de pouvoir prévue le 1er juillet, ont indiqué des responsables américains et les autorités intérimaires. Cette volonté divise cependant le Conseil de gouvernement provisoire iraqien, entre ceux qui sont prêts à accorder une importante marge de manœuvre aux forces américaines, et ceux qui refusent. Les militaires américains voient l'accord de sécurité, qui doit être signé avec le Conseil de gouvernement d'ici la fin mars, comme un document leur permettant de conserver la liberté d'action dont ils jouissent actuellement.

« Jusqu'à ce que nous déclarions que les forces de sécurité iraqiennes sont opérationnelles, elles continueront à nous demander d'agir comme nous le faisons actuellement », a affirmé un général américain, sous le couvert de l'anonymat. L'administrateur américain en Iraq, Paul Bremer, a affirmé le 27 janvier dernier que les forces de sécurité iraqiennes n'étaient pas prêtes à affronter seules les périls qui menacent le pays. Les Américains ont donc bel et bien l'intention de rester en Iraq. L'influence américaine et britannique « se fera par le biais de discussions diplomatiques normales », a affirmé un responsable de la coalition sous couvert d'anonymat, en soulignant que l'Iraq dépend des largesses de Washington. Il existe une menace « de bloquer l'argent » si l'Iraq choisit d'aller à l'encontre des intérêts de la coalition, a-t-il également confié.

En outre, des dissensions sont apparues entre le Conseil de gouvernement et les Etats-Unis. Au moins deux membres du Conseil chargés de négocier l'accord de sécurité veulent restreindre le rôle militaire américain. L'un d'eux, Samir Al-Soumaydaï, juge que les troupes doivent être cantonnées dans leurs bases et ne pas se mêler de la sécurité quotidienne. Hani Idris, adjoint d'Iyad Allaoui, en charge de la sécurité au Conseil et allié des Etats-Unis, partage ce point de vue. Pour lui, l'accord ne doit pas aller au-delà de la fin 2005, et l'armée américaine n'a pas à superviser les forces iraqiennes. « La police iraqienne conduit mieux les opérations que les Américains. Un char ne peut pas restaurer la stabilité. Quand les forces américaines partiront, le pays cessera d'être un champ de bataille », a estimé M. Idris. Mais le Conseil n'est pas unanime. Un membre chiite a concédé que même si la présence des forces américaines dans les villes était impopulaire, il n'y avait pas le choix car « nous aurons besoin de l'aide américaine ».


Double attentat au Kurdistan

Cela dit, la présence américaine ne parvient toutefois pas à assurer la sécurité ni à empêcher les attentats en Iraq, que ce soit ceux qui visent leurs troupes ou non. Pour preuve, le premier jour de l'Aïd Al-Adha a été marqué par un double attentat sanglant à Erbil, dans le Kurdistan iraqien, qui a fait au moins 65 morts et plus de 200 blessés. Les deux attentats suicides, qui ont visé les directions des deux principaux partis kurdes iraqiens, l'Union patriotique du Kurdistan (UPK) et le Parti Démocratique du Kurdistan (PDK), ont coïncidé avec la troisième visite à Bagdad depuis l'occupation de l'Iraq du secrétaire adjoint américain à la Défense, Paul Wolfowitz. Il s'agit de l'une des attaques les plus meurtrières depuis la chute du régime de Saddam Hussein en avril 2003. Le PDK de Massoud Barzani, dont Erbil est le fief, a perdu deux des ministres de son gouvernement local : Shawakat Sheikh Yezdin (Affaires gouvernementales) et Saad Abdallah (Agriculture), ainsi que le numéro trois du parti, et plusieurs autres responsables.

Dans la permanence de l'UPK de Jalal Talabani, où l'attentat a été moins dévastateur, trois membres du bureau politique du parti (Khosro Shera, Shakhrane Abbas et Behrouz Kechta) ont été tués, en plus d'un quatrième responsable.

Les deux kamikazes lestés d'explosifs ont profité de la suspension des fouilles corporelles à l'occasion de la fête pour faire exploser les charges qu'ils portaient sur eux dans les locaux du PDK et de l'UPK, où les visiteurs défilaient pour présenter leurs vœux.

Interrogé sur les responsables de ce double attentat, le général Mark Kimmitt, directeur adjoint des opérations de la coalition en Iraq, a répondu. « Cela pourrait être (le groupe islamiste kurde iraqien) Ansar Al-Islam, cela pourrait être Al-Qaëda, ou n'importe quel groupe de terroristes étrangers opérant ou tentant d'opérer en Iraq ». L'UPK de son côté a accusé « les partis extrémistes, terroristes, islamistes d'être derrière cette tragédie ». Jalal Talabani avait d'ailleurs affirmé la semaine dernière qu'« Al-Qaëda, Ansar Al-Islam et d'autres combattants venus de l'étranger » étaient les auteurs des attentats en Iraq.


Bush d'accord pour une enquête sur les ADM

Ces attaques sont intervenues alors qu'à Washington, le président américain George W. Bush devrait annoncer cette semaine la mise en place d'une commission d'enquête indépendante sur les éventuelles failles des services de renseignements américains, qui avaient fait état de la présence d'ADM demeurées à ce jour introuvables, a indiqué un responsable de la Maison Blanche dimanche. Le président américain, qui, jusqu'alors, avait refusé d'accéder aux demandes d'enquête, a changé d'avis face aux pressions croissantes provenant à la fois de parlementaires républicains et démocrates, inquiets quant à la fiabilité des renseignements américains, pourtant les plus importants et les mieux équipés du monde. La pression s'est accentuée sur le président Bush après les déclarations de l'ancien chef du groupe d'inspections américain en Iraq (ISG), David Kay, qui a affirmé la semaine dernière qu'il ne croyait pas que l'Iraq possédait des armes chimiques, biologiques ou nucléaires. Pour David Kay, ce sont les erreurs des renseignements américains qui ont amené (le gouvernement américain) à croire que l'Iraq disposait d'ADM, principale justification de l'intervention de la coalition en Iraq. L'expert a insisté dimanche à la télévision sur la nécessité d'enquêter sur ces erreurs, sous peine de perdre toute crédibilité internationale dans de futures crises. La Maison Blanche avait d'abord exclu d'ouvrir une telle enquête, tant que les recherches engagées en Iraq par les experts américains en armes chimiques et biologiques ne seraient pas achevées.

Abir Taleb
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