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Les
23 peintures à l’huile de Georges Bahgouri représentent toutes,
à l'exception de deux tableaux, les musiciens d'un groupe marocain,
celui d’Abdel-Karim Al-Rayès. On reconnaît d'emblée le style
de Bahgouri : une caricature légère qui ne s'arrête pas
aux défauts physiques des personnages et ne déforme guère leurs
traits, mais qui sympathise plutôt avec eux, traduisant leur
âme et leur corps en action. Il y a toujours une bonne humeur
propre à l'auteur. Cette bonne humeur se reflète surtout à travers
l’attitude des musiciens, faisant corps avec leurs instruments
et à travers l’expression de leurs yeux. Ces derniers traduisent
une union à la fois maniaque et mystique durant la performance
musicale. Le mouvement des joueurs et le va-et-vient de la musique
orientale bien rythmée sont exprimés à l’aide de riches contrastes,
rendus par les lignes horizontales, verticales et courbes. Les
corps des musiciens sont tous de forme rectangulaire, alors
que les caisses de luths, violons ou tambours sont peintes par
des lignes courbes. Pour refléter le mouvement, Bahgouri use
également de techniques cubistes qu'il a subtilement intégrées
à son style. Cela se voit clairement dans le tableau du luthiste
où l’on voit toutes les dimensions du luth, un luth en recto
verso qui contredit toutes les règles du champ de la vision.
Sur le tableau du percussionniste ou joueur du « réq »,
le peintre use d'une autre technique afin de concrétiser le
mouvement : le corps du joueur est traversé comme par des
ondes courbes dont le centre n’est que l’instrument lui-même.
La
façon même avec laquelle les tableaux sont peints traduit le
mouvement. On dirait que Bahgouri peint par tâches. Il ne sature
pas les formes de par ses couleurs, mais les couvre de tâches
instinctives, exécutées à la hâte. Parfois même, ces tâches
débordent les lignes comme dans la peinture des enfants. De
quoi créer un effet de légèreté et de spontanéité. Car cet irrespect
des lignes se présente telle une faute délicieuse. Les couleurs
des instruments constituent un mélange de deux ou trois tons.
Le plus souvent, il s’agit de couleurs chaudes : rouge,
jaune, vert, etc. Et tous les musiciens sont vêtus d’une djellaba
marocaine blanche et d’un tarbouche traditionnel de couleur
rouge. Le contraste entre ces couleurs double la vivacité des
tableaux, et anime le sentiment du mouvement. Bahgouri s'est
attaché à présenter une vision globale de la performance musicale.
Ainsi, quelques tableaux focalisent sur les musiciens, montrant
leurs doigts en train de manipuler l'instrument. Les tableaux
du percussionniste et du luthiste en sont des exemples. La perspective
d'autres tableaux, de grands formats, englobe deux ou trois
musiciens. On dirait que le sujet de la performance musicale
va tellement de pair avec l'âme de Bahgouri, pleine d’humour
libérateur, que l’artiste a voulu la reproduire sous ces angles
divers. |