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Cinéma . Sana oula nasb (Première année d'escroquerie), de Kamla Abou-Zékri, est une comédie sociale sans plus. Un commercial sans vulgarité.
Intrigues à la mer Rouge
Par Rafiq Al-Sabbane
Avant de juger n'importe quel film, il faudrait quand même se poser la question : quel est le rôle du cinéma ? Serait-ce simplement le divertissement et l'esthétisme visuel qui font rêver et oublier les problèmes ? Ou devrait-il servir de couteau à remuer les plaies ? Devrait-il obliger tout un chacun à prendre position vis-à-vis d'un mal de la société ?

Le film de Kamla Abou-Zékri, Sana oula nasb Première année d'escroquerie), produit par l'artiste Samira Mohsen, se situe justement entre ces deux perspectives. C'est une tentative de tenir le bâton par son milieu.

Kamla Abou-Zékri a déjà signé un court métrage qui n'a pas manqué d'attirer l'attention. Il s'agissait d'un père qui refusait d'admettre la mort de son fils durant la guerre et continuait à attendre son retour tous les jours à la gare. La réalisatrice avait réussi à bien rendre ses moments de chagrin profond, interprété avec brio par le comédien Mohamad Tewfiq. On était donc tous dans l'attente de son premier long métrage.

Le choix même d'un scénario de Samira Mohsen, Sana oula nasb, soulève la problématique du premier long métrage, affrontée en général par la jeune génération. Jusqu'où faut-il aller dans ces concessions afin de voir les portes du cinéma s'ouvrir devant elle ? Des portes qui jusqu'ici leur étaient hermétiquement fermées.

Certains jeunes réalisateurs se sont pliés carrément aux règles du marché et sont entrés de plain-pied dans le commercial. Alors que d'autres ont persisté dans la résistance, dans une tentative de sauver « leur honneur cinématographique ». Et un troisième groupe a voulu mêlé les deux tendances, en optant pour le commercial qui se respecte. Kamla Abou-Zékri semble appartenir à ce dernier groupe. Car Première année d'escroquerie est un beau film, porteur de plusieurs valeurs esthétiques, de sensibilité, de profondeur et de clins d'œil aux problèmes des jeunes. Toutefois, il se contente d'effleurer ces problèmes sans aller plus loin ni engager une polémique.

C'est l'histoire de trois jeunes gens. Le premier a choisi d'aller travailler à la mer Rouge avec sa dulcinée. Ils gagnent leur vie dans le tourisme et rêvent de partir pour l'étranger. Mais subitement, il laisse tomber sa compagne et part tout seul après avoir réussi à décrocher un contrat. La comédienne Moetaza Abdel-Sabour a réussi ici à incarner le rôle complexe de cette fille délaissée qui perd confiance en l'amour. En dépit du comique de ce rôle, la scénariste lui a rendu toute sa complexité psychologique. Pourtant, elle ne développe pas assez cette intrigue secondaire et passe à l'histoire des deux autres jeunes gens (interprétés par Ahmad Ezz et Khaled Sélim), lesquels devraient prendre la relève pour le reste du film. Ces deux acteurs font d'ailleurs montre de beaucoup de talent et d'une grande spontanéité. Ils ont tous les atouts de deux jeunes premiers. Khaled Sélim, chanteur à l'origine, est l'un des rares à pouvoir jouer dans les comédies musicales.

Ainsi, ces comédiens incarnent deux jeunes universitaires issus de la classe moyenne qui cherchent refuge dans l'escroquerie. Fuyant la police, ils se rendent aussi à la mer Rouge où ils se serviront de leur beauté physique afin de duper des touristes âgées. Une fois réellement amoureux, ils décideront de changer le cours de leur vie.

Ils s'éprennent de deux beautés : Dalia Béheiri (dans le rôle d’une charmante jeune fille qui se rétablit d'un chagrin d'amour) et Nour (la millionnaire émancipée, de mère italienne). Elles aussi ne manquent pas de faire leurs preuves en tant que comédiennes.

Jusqu'à sa moitié, le film est simplement un objet de divertissement, bien réalisé, grâce à la jovialité des jeunes acteurs et aux chansons romantiques de Khaled Sélim. Mais la deuxième moitié, la scénariste reprend son air sérieux, en abordant les problèmes financiers des jeunes les poussant à toutes sortes de déviations. Ce dernier thème a permis aux comédiens (notamment Dalia Béheiri et Ahmad Ezz) d'explorer leurs talents sans couper avec l'ambiance délicieuse et légère du film. Une ambiance légère et délicieuse sans vulgarité aucune, ce qui est de plus en plus rare.

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