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Prêt-à-porter . Le changement récent des tarifs douaniers va favoriser les importations de vêtements et entraînera une baisse des prix.
Des importations sur mesure

Les importations de prêt-à-porter vont bénéficier du décret présidentiel n°35, datant du 20 janvier. Ce décret, passé inaperçu, annule celui de janvier 2002 (n°130) qui imposait un tarif fixe ad valorem sur chaque pièce importée. Par exemple, les taxes sur un manteau s'élevaient à 1 000 L.E. quel que soit son prix. Un mémorandum publié par le ministère des Finances reconnaît que, « ce changement est plus conforme à nos engagements internationaux ». La méthode de calcul des tarifs douaniers sur les vêtements est passée d'un montant fixe par pièce à un pourcentage, actuellement 40 % du prix du vêtement. Avant 2002, l'Egypte interdisait l'importation de prêt-à-porter et devait ouvrir ses portes début janvier 2002, en vertu de ses engagements internationaux (voir encadré). Or, le décret 130 représentait en pratique un obstacle à l'entrée des vêtements importés, qui passaient en fraude. Pour la première fois, le prêt-à-porter d'importation pourra être exposé dans les vitrines de manière légale.

En fait, le nouveau décret vient un mois après que les Etats-Unis aient demandé des consultations formelles avec les Egyptiens auprès de l'Organisme du règlement des différends au sein de l'OMC. L'Union européenne les a aussitôt rejoints. Les Etats-Unis avaient négocié cette affaire avec l'Egypte pendant un an, avant d'avoir recours a l'OMC. Pour la partie américaine, la taxe ad valorem est injuste, puisqu'un manteau Yves Saint-Laurent, par exemple, produit en France, est vendu a un prix certainement plus élevé que le même modèle de la même marque fabriqué en Chine. Il n'est pas donc logique de payer pour les deux les mêmes taxes.

Or, pour les Egyptiens, les règles de l'OMC ne s'opposent pas aux taxes ad valorem. « Il n'est guère mentionné dans les accords du Gatt que ce genre de taxe est interdit », défend Walid Al-Nozahi, à la tête du département de l'OMC au ministère du Commerce extérieur, tout en avouant que cela ne veut pas dire non plus que l'ad valorem soit permis. Cependant, il s'étonne que les Etats-Unis se plaignent, alors que l'Egypte n'a jamais été un marché cible. Le maigre chiffre des importations de prêt-à-porter le confirme, celui-ci a atteint 256 000 dollars en 2002. Contre des exportations égyptiennes qui s'élèvent a 173,2 millions au cours de la même année. Des bruits circulent que des pressions politiques sont derrière la plainte américaine, au moment où les Etats-Unis exercent des pressions sur l'Egypte pour stimuler les réformes politiques.

En revanche, une source qui a souhaité garder l'anonymat affirme que les exportations égyptiennes sont affectées en raison de la violation par les Américains, voire les Européens, de leurs engagements auprès de l'OMC. Ceux-ci stipulent que chaque année, un élément de prêt-à-porter soit exclu de leur liste des quotas d'importation de prêt-à-porter. Et bien sûr, les Egyptiens ne se sont pas plaints pour ne pas ouvrir de nouveaux champs de batailles avec leurs alliés politiques.


Bonheur des uns ... malheurs des autres

Peu intéressés par les manœuvres politiques, les fabricants égyptiens sont divisés autour de cette nouvelle décision. Pour les entreprises du secteur public, ce serait un coup dur de réduire les prix, puisqu'elles croulent toutes sous les problèmes structurels. Par exemple, des effectifs qui pèsent sur leurs budgets, ainsi que des machines obsolètes, ce qui élève les coûts de production. Cependant, Mohamad Hassan, responsable à la Holding de la filature, du textile et du prêt-à-porter, entité publique qui regroupe toutes ces entreprises, garde un ton optimiste. « 40 % demeure un taux de protection assez élevé. D'autre part, la dévaluation de la livre a élevé le coût des importations, ce qui représente pour le moment un second bouclier », explique-t-il. Pour lui, il faut saisir ce facteur de pression pour moderniser les entreprises. « L'ouverture du marché va certes nous affecter négativement, mais on pourra mieux absorber cet impact si on est plus aptes à exporter ».

En revanche, les fabricants du secteur privé, eux, ne sont pas tous prêts à réduire leurs prix. Ces derniers sont souvent accusés de vendre à des prix exagérés, profitant de l'absence de concurrence liée au protectionnisme. Par exemple, une chemise exportée à 3 dollars est vendue sur le marché local à 90 L.E. (15 dollars). « Ceux qui visent notamment le marché local traverseront une période difficile, puisqu'ils seront obligés de faire face à la compétition étrangère pour la première fois », explique Mohamad Qassem, propriétaire de l'Entreprise internationale du commerce, spécialisée dans l'exportation de prêt-à-porter. Selon lui, un marché fermé comme c'était le cas de l'Egypte jusqu'à aujourd'hui est nuisible à l'économie sur le long terme : « Le protectionnisme pousse les gens à investir dans le secteur protégé, sans que cela signifie que ce secteur possède vraiment des avantages compétitifs ». C'est pourquoi il salue la nouvelle décision. Il rejoint ainsi les grands exportateurs. Ceux-ci pourront survivre si les prix baissent, puisqu'il pourront compenser les pertes liées à cette baisse des prix par l'augmentation des exportations qui a lieu actuellement à cause de la dévaluation de la livre égyptienne. Bref, les prix vont baisser et la qualité aura le dernier mot.

Salma Hussein
Marwa Hussein

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