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Kay ... Kelly et Kerry
Par Mohamed Sid-Ahmed

Le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, ainsi que le chef des inspecteurs américains et britanniques en Iraq (qui a récemment démissionné), ont reconnu que peut-être le régime de Saddam Hussein ne possédait pas les armes de destruction massive que l'on suspectait. Sachant que l’Administration américaine avait pris ces armes pour prétexte afin de justifier son invasion de l'Iraq, Powell a déclaré : « La question qui se pose est la suivante : combien d'armes prohibées possède Saddam ; s'il s'avère qu'il en possède effectivement, nous avons affaire à deux hypothèses, la première est que Saddam possède de fait des armes. Mais si ceci est vrai, où sont-elles ? La deuxième hypothèse suppose le contraire. Et en ce cas, on doit se demander pourquoi les services concernés n'ont pas pu faire état d’une telle vérité au moment convenable ».

Powell a soulevé ces points d'interrogation à la suite de la démission de David Kay, chef des inspecteurs en Iraq, le 23 janvier dernier. En démissionnant, Kay a déclaré : « Je ne crois pas que l'Iraq soit en possession d'armes chimiques et biologiques prohibées ». Il a ensuite conclu : « En adressant cette accusation, nous avons largement porté atteinte à notre crédibilité nationale ».

Nul ne peut accuser Kay d'avoir ainsi porté atteinte à l'Administration Bush, quelle qu'en soit la manière. Surtout qu'il a élaboré le 2 octobre dernier un rapport détaillé sur le travail des inspecteurs. Ce rapport a été soumis aux comités spécialisés du Congrès. Kay y avait exprimé son insistance à découvrir les armes prohibées de l'Iraq, déclarant ainsi sa foi inébranlable en la présence de telles armes. Ajoutons que dans sa lettre de démission, il a souligné qu'il ne croyait pas que l'Administration Bush ait touché aux rapports des inspecteurs pour qu'ils soient conformes à l'agenda de la Maison Blanche, même si cette dernière était déterminée dès le début à attaquer l'Iraq !

La raison essentielle du déclenchement de la guerre, selon Powell, en sa qualité de secrétaire d'Etat, est que les Américains étaient persuadés que Saddam possédait des armes de destruction massive. Raison pour laquelle l'Administration a eu la permission du Sénat de lancer la guerre. Parallèlement, le chef des inspecteurs auprès de l'Onu, Hans Blix, avait déclaré que l'Iraq n'avait pas répondu à toutes les demandes du Conseil de sécurité, mais qu'il croyait que les opérations d'inspection devaient être poursuivies ! Or, Bush les a arrêtées, fixant une date pour le déclenchement de la guerre et déclarant que le temps de la diplomatie était révolu.

Ce pas entrepris par le président américain est devenu l'objet de critiques aiguës. En effet, le sénateur John Kerry, candidat démocrate à la présidentielle et qui possède actuellement les meilleurs chances de victoire, a déclaré que les commentaires récemment faits par Kay confirment son propre point de vue qu'il réitérait depuis longtemps. Selon lui, le peuple américain a été induit en erreur, non seulement par la CIA, mais aussi par la Maison Blanche. Bush a impliqué le peuple américain dans une guerre. Kerry a déclaré : « Nous avons été les victimes de l'exagération, de la duperie et contraints ».


Le suicide de Kelly

David Kelly, expert en armes de destruction massive, était au centre des polémiques concernant la source des informations passées à la BBC et relatives aux raisons pour lesquelles le gouvernement britannique a participé à la guerre côte à côte avec les Etats-Unis. La polémique portait sur les dires selon lesquels le bureau du premier ministre au 10 Downing Street avait falsifié, en septembre 2002, un rapport portant sur le danger des armes de destruction massive de Saddam Hussein. Selon Andrew Giligan, reporter à la BBC, une source anonyme l'avait informé que le bureau du chef du gouvernement avait exigé de souligner, dans le rapport, la nécessité de déclencher la guerre. Or le gouvernement a nié de tels propos et réclamé des excuses à la BBC. Mais cette dernière a refusé et Tony Blair a considéré cette attitude comme une atteinte à sa propre intégrité. Et trois jours après l'interrogatoire de Kelly sous prétexte que c'était lui la source des informations de la BBC, le corps de ce dernier a été découvert dans une rue près de sa maison.

Or le gouvernement britannique a été considéré non responsable du suicide de Kelly, grâce au rapport de Lord Hutton, juge responsable de l'enquête. Paradoxalement, la BBC a été témoin de la crise la plus aiguë de son histoire. Crise ayant abouti à la démission de son directeur, Gaven Davis, ainsi que de certains hauts responsables à cause du rapport Hutton. Les employés de la BBC se sont divisés en deux camps : partisans et opposants du rapport. La nouvelle administration s'est excusée auprès de Blair. Mais une manifestation a eu lieu devant le siège de la BBC, qui passe par une crise portant sur l’essence même de son identité et de sa mission. Une crise qui jusqu'à présent n'a pas été réglée.


Un jugement loin du politique

Dans son jugement, Lord Hutton est parti de l'hypothèse selon laquelle il n'est pas de son ressort d'aborder le problème le plus large concernant les armes de destruction massive en Iraq. Autrement dit, si les informations auxquelles s'est référé le gouvernement britannique justifient même partiellement le déclenchement d'une guerre, ou bien s'il s'agit d'exagération et de tricherie pour rendre ces informations convenables, il était tout à fait naturel que ceux qui suivaient de près la question soient plus soucieux de connaître la véritable position politique du gouvernement britannique que de connaître le côté moral de l'attitude de Blair. Et ce qui s'applique à Blair et à ses ministres à cet égard s'applique parallèlement aux directeurs de la BBC et à ses hauts responsables.

Ainsi, nous pouvons dire qu'au moment où Bush est exposé à de graves problèmes à l'approche des élections présidentielles à la fin de l'année courante, Blair a pu éviter une crise à même de mettre un terme à son avenir politique. L'harmonie entre les deux chefs peut-elle donc durer ou bien des discordes peuvent-elles naître ?

Il est difficile de faire des prévisions à cet égard. Tout dépend de la performance du Parti démocrate américain lors de la campagne électorale des prochaines présidentielles, notamment de John Kerry, le candidat démocrate qui occupe la meilleure position. Ce dernier pourrait conseiller à Blair d'alléger la confrontation et de faire participer les Iraqiens à la gestion des affaires de leur pays. Parallèlement, la position de Bush deviendra plus sensible à cause de la force de la résistance iraqienne armée. La question qui s'impose est donc la suivante : la résistance poussera-t-elle Bush à faire marche arrière ou bien à adopter une attitude encore plus intransigeante ? Cette attitude lui sera-t-elle profitable dans la bataille électorale ? Ce sont des calculs variables et impossibles !

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Nos attentes en matière de « droits de l'homme »

Par Salama A. Salama

La constitution du Conseil national des droits de l'homme vient d'être annoncée. Elle présage du début d'une nouvelle étape de respect des libertés, des droits de l'homme et de leur protection en Egypte ... La surveillance et le contrôle des droits se trouvent ainsi confiés à une organisation indépendante, non gouvernementale, rassemblant un ensemble de personnalités éminentes, connues pour leur intégrité et leur crédibilité. Ses membres, qui représentent les diverses tendances et catégories sociales, sont dotés d'une expérience internationale, d'une parfaite connaissance des chartes et des accords relatifs aux droits de l'homme.

Cette position, quoique tardive, a rencontré un accueil très favorable de la part de divers cercles, notamment les organisations des droits de l'homme en Egypte et à l'étranger. Un témoignage positif en faveur du Conseil qui prend en charge la responsabilité de défendre les libertés et les droits de l'homme, interdisant toute violation ou transgression. Ce dernier accepte dorénavant les remarques et reproches venant des organismes internationaux, qui restaient souvent sans réponse et étaient passés sous silence.

Bien que certaines associations juridiques et certaines organisations de la société civile aient exprimé des réserves autour de la constitution du Conseil, de ses spécificités ou du choix de ses membres, il n'en reste pas moins qu'elle représente un pas en avant en comparaison de ce qui était. En comparaison des positions antécédentes, exemptes de toute référence valable pour sanctionner les violations des droits de l'homme à l'exception des plaintes que présentaient les organisations civiles.

Le Conseil national aura à confirmer tout cela à travers ses actions, par sa neutralité, son indépendance et son objectivité ... Et l'agenda est déjà chargé.

En tête vient la visite des prisons et des centres de détention afin de vérifier et de connaître leur état véritable, le traitement des prisonniers conformément aux lois en vigueur dans le monde. Recevoir les plaintes des citoyens dans le cas des détenus en attente de l'interrogatoire dans les commissariats de police, les cas de persécution et de torture manifestement fréquentes ces derniers temps.

Le Conseil doit aussi prendre en charge la responsabilité de remédier au problème des jugements juridiques qui s'accumulent sans obligation d'exécution de la part des institutions gouvernementales concernées. L'engagement aux principes de la loi d'urgence, qui stipule la libération du prisonnier ou du détenu à la fin du verdict, avec l'interdiction de le retenir pour une raison ou pour une autre le jour de sa libération est une démarche que l'Etat exerce en dehors du cadre juridique, et qui représente l'une des pratiques les plus préjudiciables des appareils sécuritaires en Egypte.

La formation de comités pour la supervision des prochaines élections, de leur intégrité et l'exactitude des procédures. Une première expérience en ce sens pourrait commencer au mois de juin, date des élections du Conseil consultatif.

La mise en place d'un système complémentaire pour recevoir les plaintes des citoyens dans divers domaines, et la mise en place d'un mécanisme garantissant l'obtention des informations nécessaires auprès des appareils de l'Etat.

Les problèmes concernant les droits de l'homme en Egypte sont connus ... Et ce sont les appareils de l'Etat qui ont besoin d'une sensibilisation à ce sujet. Le potentiel de la Constitution actuelle sera ainsi mesuré au regard de ces qualités pratiques. On pourra ainsi évaluer le niveau de confiance qu'elle inspire aux citoyens.

 

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