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Du projet du «Grand Moyen-Orient»
Par Mohamed Sid-Ahmed

Il y a 10 ans, j'ai été invité à un colloque en Hongrie pour discuter d'un sujet complètement différent de ceux habituellement abordés par les pays connus à l'époque de « bloc de l'Est ». L'Union soviétique venait de s'écrouler. Le colloque tentait de répondre aux questions suivantes : L'Occident doit-il accorder la priorité à l'Europe de l'Est ou au Moyen-Orient ? La priorité doit-elle aller au conflit arabo-israélien ou à la liquidation de l'ordre mondial bipolaire ? A la lumière de ces questions, quelle serait la nature des relations entre l'Europe de l'Est et le Moyen-Orient ? Seraient-elles contrôlées par Washington à la place de Moscou ? Ou bien seraient-elles déterminées par les évolutions sur la scène internationale ?

Aujourd'hui, ce sont les Etats-Unis qui soulèvent ces mêmes interrogations. Lors de la guerre froide, l'Europe occidentale avait amassé une énorme quantité d'armes sous prétexte d'assurer sa défense. Aujourd'hui, les experts stratégiques occidentaux répètent que la défense de l'Occident ne se réalisera pas en focalisant sur l'Europe de l'Est. Au contraire, il faut se concentrer sur l'Est et le Sud de l'Europe orientale où le terrorisme a émergé. Ce danger a pris encore plus d'envergure avec la détention par certains pays, considérés par Washington comme des pays voyous, d'armes de destruction massive. Bref, le point de mire est actuellement devenu le « Grand Moyen-Orient ».

Dans ce contexte, la question qui s'impose est la suivante : existe-t-il un véritable « Grand Moyen-Orient » ? Ou bien s'agit-il du Moyen-Orient traditionnel ? Existe-t-il un dénominateur commun entre les questions qui agitent la région s'étendant du Pakistan à l'Est jusqu'au Maroc à l'ouest ? Citons à titre d'exemple la question de l'instauration d'un Etat palestinien. Celle-ci soulève-t-elle nécessairement des problèmes similaires comme la création d'un Etat kurde ainsi que l'indépendance du Cachemire ? En effet, tous les problèmes se ressemblent, mais qu'en est-il de leur règlement ?

Les grandes puissances étaient en désaccord sur les questions auxquelles elles doivent accorder la priorité. Avant le déclenchement de la guerre contre l'Iraq, le Conseil de sécurité s'était divisé en deux camps : le premier, dirigé par Bush et Blair, a demandé un déclenchement rapide de la guerre sous prétexte que l'Iraq possèdait sûrement des armes de destruction massive. Le second camp, mené par la France et l'Allemagne, a réclamé d'agir raisonnablement et de poursuivre les inspections avant de recourir aux armes. Ce différend est encore plus profond qu'il n'y paraît. Il s'agit de savoir si la question iraqienne même doit requérir la priorité absolue ou non.

Les événements se sont soldés par la défaite des deux camps. La partie américano-britannique s'est vue obligée de reconnaître que l'Iraq n'avait pas d'armes de destruction massive et que par conséquent la guerre était injustifiée. Quant au camp de l'Allemagne et de la France, il n'a pas pu profiter de l'erreur américano-britannique, étant donné que les Etats-Unis sont l'unique superpuissance à même de faire prévaloir la loi de la force sur la force de la loi. La preuve en est que le Congrès avait octroyé à Bush 376 milliards de dollars pour le budget de la Défense de l'an 2003, alors que celui des 18 pays européens alliés des Etats-Unis ne dépasse pas les 140 milliards !

De ce sentiment de défaite ayant touché les deux camps était née une nouvelle équation. Les deux parties ont réalisé qu'aucun intérêt ne se réalisera si chacune d'entre elles cherche à dicter ses conditions. Un compromis s'impose donc. Et c'est ce que Washington tente de faire en proposant l'idée du « Grand Moyen-Orient ».


Un nouveau Moyen-Orient

La nouveauté de ce projet réside dans le fait de considérer le Moyen-Orient comme étant une région étendue du Pakistan à l'Est jusqu'au Maroc à l'ouest, dépassant ainsi les limites conventionnelles du Moyen-Orient. Ainsi, la cause palestinienne perdra-t-elle son caractère spécifique et sa place centrale. Et puisque la principale préoccupation de Washington est l'éradication du terrorisme, il se peut qu'il tente d'inclure la lutte palestinienne légitime dans le cadre du terrorisme, répandu dans la région.

Cette vision efface de même toutes les différences distinguant Ossama bin Laden de Yasser Arafat. Plus encore, elle dénonce implicitement les accords d'Oslo vu qu'ils ont été conclus avec un terroriste et non pas avec le chef d'un mouvement de libération. Nous avons ainsi une vision contraire à celle adoptée par Bush lors des événements du 11 septembre. A l'époque, il avait tenté de convaincre les parties arabes que sa guerre contre les Talibans était une guerre contre le terrorisme et non contre les musulmans. Si nous supposons que la lutte palestinienne revêt un caractère terroriste, l'action israélienne opposée perdra ainsi son caractère illégitime et ne sera plus de l'antiterrorisme. Il serait donc acceptable qu'Israël commette des assassinats et des enlèvements contre les activistes palestiniens.

Une autre réalité n'est pas à négliger. Considérer la lutte palestinienne comme étant du terrorisme lui ôte son caractère idéologique et la transforme en un simple acte subversif. Ceci peut être pris comme prétexte pour imputer tout acte de violence à l'islam en sa qualité d'idéologie. Et c'est ce que Samuel Huntington a soutenu dans sa fameuse théorie sur le « choc des civilisations ».

Ainsi, le facteur commun liant le « Grand Moyen-Orient » ne sera plus le panarabisme arabe, comme c'est effectivement le cas dans le conflit avec Israël, ni l'idéologie proche-orientale visant à parvenir à un règlement du conflit. Il s'agira alors de l'islam, voire du choc des religions. Il s'agira d'une confrontation supposée entre le monde islamique et le monde judéo-chrétien. Comment dans ces conditions peut-on trouver des issues pacifiques aux conflits qui enflamment la région ?

Auparavant, le Moyen-Orient était considéré comme une région déterminée aux caractéristiques spécifiques. Mais aujourd'hui, il est traité comme étant le principal foyer, sur toute l'étendue de la planète, aux forces du terrorisme. Ce qui donne une raison d'être à l'Otan. Ce qui justifie la division du monde en deux blocs, l'un incarnant la civilisation humaine et l'autre symbolisant la force opposée. Par le « nouveau Moyen-Orient», on a voulu dire que la région passe de l'état de guerre à celui de la paix. Alors que par le « Grand Moyen-Orient », on veut dire que la région est prisonnière d'une violence interminable ...

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Al-Horra est-elle vraiment libre ?

Par Salama A. Salama

Pendant la guerre froide, lorsque les propagandes politiques se sont intensifiées entre blocs communiste et occidental, les Américains ont créé à Munich ce qu'ils avaient appelé la « Radio de l'Europe libre » destinée aux pays de l'Europe de l'Est. C'était une tentative d'utiliser la propagande médiatique pour détruire les régimes politiques liés à Moscou. La radio de « l'Europe libre » a fermé ses portes à la suite de la chute du mur de Berlin et l'effondrement du pacte de Varsovie et des régimes communistes.

Cette expérience m'a rappelé la chaîne de télévision Al-Horra (la libre) que viennent de lancer les Etats-Unis à destination des pays arabes. L'objectif de cette chaîne étant non seulement de s'attirer la sympathie des peuples arabes après la vague d'hostilité qu'ont soulevée les politiques américaines dans la région. Mais aussi de regagner la confiance perdue depuis les événements du 11 septembre, l'invasion américaine de l'Iraq et la bénédiction apportée aux politiques agressives de Sharon.

Cette chaîne Al-Horra n'a pas caché ses réelles intentions dès son premier jour de diffusion : changer la situation dans notre monde arabe vers davantage de liberté, de démocratie et de liberté d'expression. Son objectif est de soi-disant redonner une liberté à des peuples qui en sont privés.

Certes le besoin de changement dans le monde arabe est urgent, même s'il nous faut parcourir un long chemin avant que les peuples ne puissent réaliser leurs aspirations à la liberté et la démocratie à tous les niveaux. Mais la réalité indéniable a été que les médias non gouvernementaux dans le monde arabe ont connu un énorme essor. Ces médias non officiels ont fait preuve, à plusieurs reprises, de prééminence sur les médias américains et occidentaux. Aux yeux de l'observateur objectif, ils sont dignes de plus de confiance, car ils ont fait preuve d'objectivité et de fidélité plus que leurs équivalents occidentaux. Il est tout à fait normal que les Etats-Unis possèdent leurs propres chaînes qui se veulent bien sûr les porte-parole de leurs politiques. A cette fin, ils ont choisi des journalistes et des présentateurs qui leur conviennent. Le spectateur arabe ne manquera pas de s'en apercevoir.

Ce qui semble absent de l'esprit de beaucoup non seulement dans le monde arabe, mais aussi en Amérique et en Europe en particulier, est que la maturité du spectateur arabe a nettement évolué. Actuellement, il est difficile de tromper ce spectateur ou lecteur arabe. Si cette chaîne américaine parvient à entretenir une relation saine entre les positions américaines et l'opinion arabe et si elle est à l'écoute de cette dernière, la mésentente et la mauvaise foi enveloppant les cerveaux de ceux qui lui ont consacré des sommes exorbitantes se dissiperont. Nous, nous la regarderons pour la critiquer. Sa mission pour regagner la confiance des téléspectateurs sera des plus difficiles lOrient », on a voulu dire que la région passe de l'état de guerre à celui de paix. Alors que par le « Grand Moyen-Orient », on veut dire que la région est prisonnière d'une violence interminable ...

 

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