Toutes
les civilisations ont accordé une grande importance à
la beauté corporelle. Dans les temples égyptiens et grecs,
beaucoup de statues et gravures qui excellent dans la
description de la beauté corporelle ont été trouvées.
Quant à la déformation du corps, beaucoup de civilisations
la considéraient comme une malédiction des divinités.
Et ceux qui la subissaient ont été méprisés, voire marginalisés
dans leur société. Parmi ceux-ci, les nains. Ces derniers
ont joui cependant d'une grande importance dans l'Egypte
Ancienne, contrairement à la Grèce. C'est du moins ce
que soutient Véronique Dasen, professeur d'histoire ancienne
à l'Université de Fribourg dans son livre Dwarfs in Ancient
Egypt and Greece (Les nains en Egypte Ancienne et en Grèce)
et traduit récemment en arabe par le professeur Ahmad
Hilal Yassine.
En
478 pages divisées en 16 chapitres, l'auteur tente de
décrire le statut social du nain. Ceci sans oublier de
parler des causes médicales de cette déformation. Pour
l'auteur, les nains ont été entourés d'une auréole de
sainteté chez les Egyptiens, étant donné leur aspect physique.
Pour eux, cette déformation était un privilège offert
par les divinités et non une malédiction. C'est ce qui
explique que beaucoup de divinités ont été représentées
sous forme de nains. Bès, Ptah et Min dans certaines images
en sont les plus célèbres. Ces divinités étaient protégées
contre la magie et les mauvaises âmes. Elles redonnaient
encore la vigueur et la jeunesse aux rois. Ces divinités
sont alors les héros des fêtes Sed, fête célébrée après
les trente ans du règne du Pharaon. Elles préservaient
aussi les accouchées. Min par exemple était le dieu de
la fertilité. En général, les nains vivaient soit dans
le palais royal, soit chez les nobles. Ils occupaient
les postes de serviteur privé ou de confident du maître
de la maison. Ils gardaient aussi les animaux. Ils étaient
d'habiles artisans de joaillerie, et par conséquent les
responsables de tout ce qui a lien aux maquillages. Enfin,
ils excellaient dans l'art humoristique et ironique. Selon
l'auteur, il est rare de trouver des gravures qui décrivent
les nains dans des postes hors de la maison. Ceci est
peut-être dû à la difficulté de ces professions.
Cependant,
l'auteur met en relief Seneb, le nain le plus célèbre
de toute la civilisation égyptienne. La déformation corporelle
ne l'a pas empêché d'occuper une position remarquable
sociale et religieuse. Il était responsable du tissage
des vêtements en lin, il supervisait les travaux sur les
bateaux liturgiques que la famille royale utilisait à
l'occasion de certains événements. Il a épousé une femme
normale qui était prêtresse au temple de Hator et Neith.
Seneb représente alors l'exemple de l'intégration des
nains dans la société de l'Egypte Ancienne. Contrairement
aux Egyptiens, les Grecs décrivaient les nains comme des
créatures mythiques. Beaucoup de légendes ont été créées
autour de cette « souche » humaine. Parfois, dans des
légendes, les nains se transformaient en animaux fabuleux.
Dans d'autres, ils étaient vaincus par des créatures illusoires.
Ils étaient aussi méprisés dans la littérature grecque,
puisqu'elle les a mis dans la peau de l'hypocrisie et
la tromperie. Dasen affirme alors que les nains trouvaient
une sorte de difficulté dans la société grecque jusqu'à
ce qu'Aristote les ait considérés comme des enfants dont
l'esprit demeure infantile. Ainsi, ils n'occupaient que
les travaux artisanaux modestes. Cependant, les nobles
cherchaient à avoir des serviteurs nains dans leur maison.
C'était une sorte de luxe à l'époque.
Afin de concrétiser
la position sociale des nains en Egypte Ancienne et aux
pays des Grecs, l'auteur a enrichi son livre de plusieurs
photos et dessins. Ceux-ci représentent les stèles, les
inscriptions et les statues des nains et leurs endroits
d'exposition que ce soit en Egypte ou ailleurs |