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Palestine
. Les Palestiniens misent sur la Cour internationale
de justice, qui a débuté ses audiences lundi, pour défendre
leur cause et stopper la construction du Mur de séparation
érigé par Israël. |
Bataille
juridique devant la CIJ |
| Les
Palestiniens n’épargnent aucun effort dans leur bataille
contre le Mur de sécurité. Lundi, la Cour Internationale
de Justice (CIJ) a commencé ses audiences sur la question.
Peu avant, le président palestinien Yasser Arafat a déclaré,
dans un réquisitoire contre le mur en question, que cette
barrière qu’Israël érige en Cisjordanie « vise à empêcher
les Palestiniens d’établir leur Etat ». « Ce mur de l’apartheid
vise à priver notre peuple de sa terre et à nous empêcher
d’établir notre Etat palestinien avec Jérusalem pour capitale
conformément aux résolutions internationales », a déclaré
le leader palestinien, utilisant le terme de « mur » choisi
par les Palestiniens pour décrire cette barrière. « Nous
appelons le peuple israélien, notamment les forces de
paix en Israël, à arrêter ce mur de l’annexion pour une
paix juste et durable », a-t-il poursuivi, avertissant
que la paix et le « mur » étaient incompatibles. M. Arafat
s’exprimait à Ramallah (Cisjordanie), où il est confiné
depuis plus de deux ans par Israël.
En
Cisjordanie et à Gaza, lundi a été déclaré « journée nationale
contre le mur ». Des milliers de Palestiniens, à commencer
par leur premier ministre, Ahmad Qoreï, manifestaient
ainsi à la mi-journée contre ce mur érigé par Israël en
Cisjordanie. « Nous envoyons d’ici un message de protestation
à la CIJ contre ce mur », a lancé M. Qoreï à quelques
milliers de manifestants rassemblés au pied de blocs de
béton hauts de huit mètres qui forment la barrière à Abou-Dis,
une localité de Cisjordanie située à l’est de Jérusalem.
Mais
les audiences de la CIJ sont boycottées par Israël qui
s’est contenté de déposer un mémoire écrit niant la compétence
de la Cour et réaffirmant son droit à construire la barrière
de séparation. Les autorités israéliennes, qui qualifient
la barrière de clôture, affirment que son but est d’empêcher
l’infiltration d’activistes palestiniens en Israël et
de prévenir ainsi des attentats, comme l’attentat suicide
qui a fait huit morts dimanche à bord d’un bus à Jérusalem.
Toutefois,
la délégation palestinienne devant la CIJ estime que l’opération
suicide de dimanche à Jerusalem n’aura pas d’impact sur
la décision de la Cour concernant la légalité de la ligne.
« Du point de vue de la Cour, je ne pense pas que cet
attentat soit préjudiciable car la Cour n’examine les
faits qu’en fonction du droit », a déclaré Nasser Al-Qidwa,
chef de la délégation palestinienne à la CIJ. « Nous avons
une position très claire, nous avons de manière répétée
condamné ces attentats. A notre avis, cet attentat ne
change pas les faits au sujet du mur », a ajouté M. Al-Qidwa,
qui est le représentant permanent des Palestiniens auprès
de l’Onu.
La
direction palestinienne, qui a promptement condamné l’attentat
en des termes d’une rare fermeté, a d’ailleurs accusé
ses commanditaires de l’avoir délibérément planifié pour
qu’il soit commis à la veille de l’ouverture des audiences
de la CIJ. Elle a enfin appelé Israël à « un cessez-le-feu
immédiat » et promet de ne pas « rester les bras croisés
face à ce sabotage délibéré des intérêts nationaux palestiniens
».
Soucieuse
de ne pas prêter le flanc aux critiques ou de donner du
crédit aux accusations d’Israël selon lesquelles elle
laisse faire les groupes armés, l’Autorité a promis de
traduire en justice les commanditaires de l’attentat.
Contrairement à l’Autorité palestinienne, le mouvement
islamiste Hamas a estimé que l’attentat pourrait servir
la cause palestinienne à La Haye. « Cette opération devrait
démontrer que les raisons invoquées pour la construction
du mur sont mensongères, puisqu’il n’apporte pas la sécurité.
Il vise à renforcer l’emprise israélienne sur nos terres
», a affirmé un des chefs politiques du Hamas, Saïd Siam.
Selon lui, l’attentat est « une riposte naturelle aux
massacres israéliens commis contre notre peuple ». |
Réserves
européennes et américaines
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Seuls
les Palestiniens, la Ligue arabe, la Conférence islamique
et treize autres pays d’Afrique, du Moyen-Orient, d’Asie
et d’Amérique du Sud et Centrale développeront à tour
de rôle leurs arguments à la CIJ. Pourtant, en dépit de
leurs critiques sur la ligne, les Européens et les Américains
resteront en marge du processus enclenché devant la CIJ.
Bien qu’ayant déposé des arguments écrits, aucun d’entre
eux ne s’exprimera lors des audiences publiques. Selon
les Américains et les Européens, la saisine de la Cour
est « inappropriée » et ne fera pas avancer le dialogue
politique entre Palestiniens et Israéliens. Ce dernier
étant au point mort, tout comme la Feuille de route, le
plan de paix international présenté pour résoudre le conflit.
Le
ministre français des Affaires étrangères, Dominique de
Villepin, tout en condamnant lundi la construction du
mur, a répété que la saisine sur ce dossier de la Cour
internationale de justice était inopportune. « Le sentiment
de la France et de l’Europe, c’est que cette saisine n’est
pas opportune : pourquoi chercher à régler juridiquement
un problème qui est par essence politique ? ». « Il n’y
a pas de sécurité qui puisse être obtenue seulement par
des moyens sécuritaires, pour obtenir la sécurité il faut
un processus politique, un processus de paix, il faut
avancer dans la création d’un Etat palestinien, il faut
rétablir la justice », a-t-il ajouté.
Dans
cette optique, « le retrait de Gaza, cela peut être le
meilleur ou le pire », a-t-il estimé en commentant l’annonce
par M. Sharon de sa volonté de démanteler des colonies
dans la bande de Gaza. « Le pire s’il s’agit d’un processus
unilatéral qui nous éloigne d’un processus de paix, le
meilleur dès lors que ce retrait de Gaza serait la première
étape d’un processus international et donc de la recherche
d’un règlement négocié ». |
Rania
Adel |
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Le
Mur en jugement |
A
la demande de l’Assemblée générale de l’Onu, la Cour Internationale
de Justice (CIJ) doit rendre son avis sur un des sujets
de bataille les plus brûlants entre Israël et les Palestiniens.
Bien qu’il n’ait pas de valeur contraignante, cet avis
« consultatif » peut avoir des conséquences importantes
en termes de droit international et d’opinion publique.
La
barrière israélienne, dont la légalité est examinée par
la CIJ, aura des conséquences dramatiques pour les Palestiniens
qui se retrouveront ainsi coincés entre ce Mur et la «
Ligne verte » (celle de l’armistice de 1949), totalement
coupés de la société palestinienne à laquelle ils appartiennent.
274 000 Palestiniens vivront ainsi dans des zones fermées,
entre barrière et « Ligne verte », alors que 400 000 autres
devront traverser chaque jour la ligne de séparation pour
rejoindre leur lieu de travail. Selon le Bureau de l’Onu
pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA),
quelque 680 000 Palestiniens vont directement pâtir de
ce Mur, qui empiétera sur 850 km2 en Cisjordanie occupée,
soit 14,5 % de ce territoire.
Un
tronçon, long de plus de 100 km, de cette barrière doit
être bâti entre Jérusalem-Est, occupée et annexée par
Israël depuis 1967, et ses faubourgs en Cisjordanie. Une
vingtaine de kilomètres de ce tronçon ont déjà été achevés,
notamment à l’est de la ville sainte, l’isolant, entre
autres, des localités d’Abou-Dis, d’Al-Azariya et d’Al-Sawahreh.
Des dizaines de milliers de Palestiniens habitent dans
ces faubourgs, dont quelque 40 000 détiennent des cartes
d’identité israéliennes de Jérusalem, dont ils dépendent
pour les services essentiels, notamment les soins médicaux
et l’enseignement.
Si
l’objectif avoué d’Israël avec la barrière est d’empêcher
l’infiltration des kamikazes palestiniens, cet ouvrage
lui permettra de renforcer son emprise sur la partie orientale
de la ville en l’isolant du reste des territoires palestiniens.
Ainsi, Israël, au nom de la sécurité, utilise le Mur à
des fins politiques : Etablir le grand Jérusalem en incluant
des colonies dans ses limites municipales et se débarrasser
des Palestiniens. Le tracé actuel de la barrière vise
en effet à réduire le nombre des quelque 250 000 Palestiniens
qui habitent aujourd’hui dans les limites municipales
de Jérusalem, soit 35 % de sa population totale. Des localités
palestiniennes comme Anata et le camp de réfugiés de Shoufat
se retrouveront ainsi du « mauvais côté » de la barrière
et donc de facto hors des limites municipales de la ville.
Le
Mur compliquera également l’accès à la ville pour des
milliers de Palestiniens détenteurs de cartes d’identité
israéliennes qui habitent dans des faubourgs proches en
Cisjordanie, comme Al-Ram. Les Palestiniens se sont installés
hors des limites municipales de Jérusalem surtout pour
des raisons économiques : taxes élevées, manque d’espaces
constructibles, difficulté d’obtenir des permis de construire
et cherté des loyers. Certes, le Mur va pousser une partie
d’eux à revenir à Jérusalem mais d’autres resteront en
Cisjordanie et perdront ainsi leurs cartes d’identité.
Israël
considère Jérusalem comme sa « capitale éternelle et indivisible
» et veut préserver une forte majorité juive à Jérusalem,
y compris dans la partie orientale. Pour ce faire, la
Knesset a promulgué en juillet dernier une loi interdisant
aux Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza
d’obtenir des papiers de résidents de Jérusalem. Et la
barrière, qui donne lieu à l’appropriation, largement
répandue, de biens palestiniens et à des destructions,
devrait parachever cette tâche.
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