| Damiette
. Cette région, qui a
joué un rôle important notamment
dans les conflits entre musulmans et croisés, à la fin
de l'époque fatimide et du temps des Ayyoubides, renferme
un patrimoine islamique important mais complètement laissé
à l'abandon. |
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Des trésors en perdition
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| Damiette
offre l'image d'un petit capharnaüm dont les monuments
islamiques n'ont jamais été mis en valeur.
« Damiette
possède 45 mosquées : les plus importantes sont la mosquée
du cheikh Chata sur le lac Manzala, celle d'Aboul-Maati
au côté Est, qui ressemble beaucoup à la mosquée d'Amr
ibn Al-Ass à Fostat, et la mosquée-collège Al-Mabtouli
fondée par Qaïtbay », écrit Ali pacha Moubarak dans ses
khitats, célèbre ouvrage du XIXe siècle. La plupart des
richesses monumentales de Damiette ont disparu et il n'en
reste que quelques-unes qui sont tombées en ruines à cause
de la négligence. Ces vestiges sont situés dans des zones
d'urbanisation sauvage, entourés d'ordures de toutes parts.
A la limite
nord-est de la ville se trouve la mosquée d'Aboul-Maati
qui n'est autre que la mosquée du général musulman Amr
ibn Al-Ass. Elle porte également le nom d'Al-Gabbana (le
cimetière), vu le grand cimetière qui l'entoure et qui
abrite tous les vendredis un passionnant marché aux pigeons.
La mosquée d'Aboul-Maati a été construite en fait à l'époque
fatimide, à l'emplacement d'une première mosquée d'Amr
ibn Al-Ass, fondée au moment de la prise de la ville par
les musulmans. La mosquée actuelle présente bien des analogies
avec celle d'Amr ibn Al-Ass à Fostat, au Caire.
Ses portiques
se composent de colonnes antiques dont les fûts en marbre
vert et en porphyre, coiffés de chapiteaux, sont enfoncés
en terre. Le minaret est décoré d'inscriptions coufiques.
La mosquée
conserve le souvenir de Louis IX qui la transforma en
cathédrale pendant sa courte occupation de Damiette entre
1249-1250 (lire encadré). Aujourd'hui, l'édifice est dans
un état lamentable. Les colonnes de la mosquée autrefois
au nombre de 160 ont été réduites à 144 : c'est-à-dire
que plus d'une quinzaine de colonnes ont été détruites.
Les colonnes qui subsistent quant à elles sont en fait
dans un état de délabrement avancé.
Des efforts
de restauration ont été tentés depuis 1982, mais sans
grande efficacité. En 1999, le gouverneur Abdel-Azim Wazir
a envoyé au Conseil Suprême des Antiquités (CSA) des photos
de la mosquée qui baigne dans un grand étang de roseaux
et autres plantes sauvages.
L'Unesco
avait proposé de procéder à la restauration de la mosquée
avec un budget de 6 millions de livres, dont le CSA devait
assumer la moitié. Le CSA a affirmé cependant qu'il n'avait
pas assez de moyens. Et le projet est tombé à l'eau. |
Le CSA ne réagit pas
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| Une autre
mosquée toujours dans un état lamentable est celle d'Al-Maéini.
Elle a été construite en 845 c'est-à-dire à l'époque mamelouke.
Il s'agit de l'un des khanqas (couvent) de l'époque mamelouke
qui servait autrefois d'école où l'on enseignait les sciences
religieuses, avec une grande mosquée pour accomplir les
prières rituelles. Elle était également le lieu de séjour
d'un bon nombre de soufis. « La mosquée d'Al-Maéini peut
être considérée comme l'une des rares dans le Delta avec
sa planification et sa décoration qui portaient bien les
magnifiques caractéristiques de l'architecture mamelouke.
Elle était formée d'une cour ouverte avec un plancher
couvert de mosaïques en forme d'étoiles. Le plafond portait,
également, des décorations formidables », souligne Réda
Ramadan, directeur des antiquités à la ville de Damiette.
Depuis plus
d'une décennie, la mosquée d'Al-Maéini est dangereusement
menacée par la montée du niveau des eaux souterraines.
« Depuis 1988, les contacts avec le CSA n'ont pas cessé.
Ce dernier a chargé un bureau d'experts-conseils de préparer
un projet de restauration qui aurait dû démarrer durant
1989-1990. Mais rien n'a commencé », explique Réda.
Quant à la
mosquée d'Al-Hadidi, située dans la ville de Farascour,
voisine de Damiette, elle n'est pas mieux lotie. La mosquée
d'Al-Hadidi doit son nom à Sidi Ali Al-Hadidi qui était
l'un des walis (homme pieux), ainsi que l'un des grands
combattants musulmans qui ont résisté aux croisades. Une
mosquée a été fondée sur les lieux où Sidi Al-Hadidi fut
enterré. « La mosquée d'Al-Hadidi constituait le lieu
de rencontre des soufis ainsi que des marabouts. Quant
à son architecture, elle est d'une très grande originalité
puisque ses colonnes sont chacune d'un seul bloc de pierre
à forme octogonale. Son minaret superbe s'est effondré
», explique Nasser Abdel-Nasser, directeur des antiquités
de Farascour.
Vu son importance
architecturale et religieuse, cette mosquée avait subi
plusieurs restaurations pendant les différentes époques
islamiques qui ont suivi sa construction.
Aujourd'hui,
elle souffre de la montée du niveau d'eau souterraine
et de l'humidité qui ont affecté les fondements du monument.
« Nous avons proposé au CSA de faire la restauration de
la mosquée à notre compte, avec les efforts personnels
des habitants de Farascour. Mais nous n'avons reçu aucune
réponse », relève Fawzi Al-Abbassi, l'un des habitants
de la région où se trouve la mosquée d'Al-Hadidi. Menacée
d'effondrement, elle est actuellement fermée aux fidèles
Il y a également
la mosquée d'Al-Mabtouli qui offre, à son tour, un bel
exemple de madrassa (école coranique) de l'époque mamelouke.
Elle a été fondée au XVe siècle par le sultan Qaïtbay
pour la gloire d'un pieux nommé Ibrahim Al-Mabtouli.
Le patrimoine
islamique de Damiette comprend d'autre part plusieurs
zawias et coupoles funéraires qui ont subi le même sort
que les mosquées historiques, déjà citées.
Pourtant,
une lueur d'espoir subsiste. C'est ce qu'affirme Al-Sayed
Al-Arabi, directeur général des antiquités à Damiette.
« Actuellement, deux grands projets de restauration des
mosquées d'Amr Ibn Al-Ass et d'Al-Hadidi sont présentés
devant le CSA et seront peut-être adoptés très prochainement.
Chaque projet sera réalisé en quatre phases et coûtera
quelques millions de livres », annonce-t-il. |
| Amira
Samir
Haytham
Ragab |
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Un
fort, deux histoires |
Ce sont
les Français qui ont fondé le fort (donjon) d'Ezbet Al-Borg,
village situé à 16 km au nord de Damiette, connu aussi
sous le nom du fort d'Orabi. A cet égard, il y a deux
histoires à raconter. La première dit que durant la campagne
de Napoléon Bonaparte en Egypte, les habitants de Damiette
se sont révoltés contre la garnison française, et en ont
tué quelques soldats. Voulant se venger, les troupes françaises
ont envahi le petit village, et l'ont démoli complètement.
Ils ont utilisé les ruines des bâtiments dans la construction
du fort. L'autre histoire raconte que c'était Napoléon
Bonaparte lui-même qui a ordonné son général Kléber de
construire un fort à Ezbet Al-Borg pour défendre Damiette
contre les attaques des navires anglais. Pourtant, le
fort a été appelé « Orabi », du nom du commandant patriotique
Ahmad Orabi qui, lors de sa résistance, en 1882, aux forces
d'invasion britanniques, avait pris quartier dans ce fort.
Le fort d'Orabi
prend la forme d'un rectangle dont la longueur est de
300 m et la largeur est de 200 m avec une surface totale
de 60 000 m2. Il était entouré de deux murailles qui serrent
entre elles un retranchement de 10 m d'amplitude. Il comprend
aussi la maison du commandant, des dépôts d'armes, une
écurie, une cuisine, une citerne, un gibet, ainsi qu'une
cour de préparation pour les soldats.
Le fort a
subi plusieurs restaurations, notamment à l'époque de
Mohamad Ali pacha et ses successeurs Abbass pacha (1848-1854)
et le khédive Ismaïl (1863-1879).
Depuis 1993,
le fort d'Orabi faisait sujet des études visant à le transformer
en un musée. « La localité du fort est idéale pour édifier
ce musée, puisqu'il se trouve sur la rive-est du Nil et
en face de Ras Al-Bar. Un comité du Conseil Suprême des
Antiquités (CSA) a même examiné le site et a approuvé
le projet le 21/12/1999 », explique Al-Sayed Al-Arabi,
directeur général des antiquités de la région de Damiette.
« En cas de réalisation de ce projet, ce musée présentera
tous les monuments de Damiette à travers les époques »,
ajoute-t-il. Il reste que ce projet sort à la lumière
l
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| H. R.
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