L'effondrement d'un
immeuble le mois dernier à Madinet
Nasr, au Caire, suite à un incendie
avait provoqué une véritable psychose.
La tragédie, qui a fait 14 morts (des
policiers et des pompiers qui tentaient
d'intervenir pour éteindre l'incendie),
a incité le gouvernement à accélérer
la promulgation d'une loi pour faire
face aux infractions dans le domaine
des constructions. L'immeuble sinistré
comportait en effet 5 étages construits
de façon illégale.
Le nouveau projet
tente de solutionner le problème des
infractions accumulées depuis des
années dans le domaine des constructions.
Il définit les mécanismes d'inspection
des bâtiments et comporte des clauses
visant à préserver la richesse immobilière.
Le projet exige une
application immédiate de tous les
ordres de démolition ou de restauration.
Les propriétaires d'immeubles contrevenants
sont tenus, aux termes de ce projet
de loi, de délivrer des attestations
confirmant l'application de ces ordres
sous la supervision d'un ingénieur
qualifié. L'article 5 du projet stipule
la création d'une police spéciale
chargée des bâtiments. Elle sera autorisée
à saisir tout bâtiment contrevenant
dans le but d'empêcher davantage d'infractions.
Le projet prévoit en outre la création
d'un Parquet et de tribunaux spécialisés
dans les infractions immobilières.
Selon l'article 8 du projet : « Les
bâtiments non conformes aux critères
doivent être démolis aux frais du
propriétaire. Il s'agit des constructions
qui dépassent les limites de hauteurs
autorisées, des travaux effectués
sans autorisation, ainsi que des bâtiments
non conformes aux normes techniques ».
Le projet fait du ministère de l'Habitat
l'autorité chargée de superviser les
constructions. Selon les statistiques
publiées par le ministère de l'Habitat,
50 % des constructions au Caire
et à Guiza ne sont pas conformes aux
normes. Dans les années 1980 et 90,
le marché de l'immobilier connaît
une forte progression. Avec la hausse
des prix des logements, notamment
de luxe, certains propriétaires désirant
accentuer leurs marges de bénéfices
ont voulu construire de nouveaux étages.
Et pour atteindre leur but, ils ont
eu recours à des moyens détournés.
Des quartiers comme Madinet Nasr sont
aujourd'hui célèbres pour leurs infractions
immobilières. Le problème des constructions
en Egypte ne s'arrête pas aux seules
contraventions. Certains anciens immeubles,
à Choubra notamment, au Caire, sont
vétustes et délabrés. Ils ne font
l'objet d'aucun entretien. Le nouveau
projet de loi tente d'apporter des
solutions à toutes ces lacunes.
S'il accorde une
importance aux nouveaux bâtiments,
le projet ne néglige pas les anciens
menacés d'effondrement. Ainsi, le
projet exige la création d'un fond
pour l'entretien, la restauration
et la démolition des anciens bâtiments.
Il revient par ailleurs au ministère
de l'Habitat de définir les modalités
de fonctionnement de ce fond, qui
sera financé à partir des amendes
versées par les propriétaires des
immeubles contrevenants. Le projet
de loi prévoit une amende de 1 000
L.E. pour chaque mètre carré de construction
illégale ou frauduleuse. Chaque propriétaire
devra également verser aux autorités
l'équivalent de 0,5 % de la valeur
du bâtiment et du terrain sur lequel
a été construit l'immeuble contrevenant.
Les propriétaires qui ne respectent
pas les plans initiaux de construction
sont, quant à eux, passibles d'une
peine de 6 mois de prison et d'une
amende d'au moins 5 000 L.E.
De plus, tout retard dans la démolition
d'étages frauduleux entraînera une
amende pouvant atteindre 1 000
L.E. par jour de retard.
Malgré la fermeté
de ce projet de loi, les spécialistes
sont divisés sur son efficacité. « Ce
projet de loi apportera sans doute
une solution à tous les maux des constructions.
Il garantit une coopération étroite
entre les services administratif (municipalités
et ministère de l'Habitat) et exécutif
(police et tribunaux) »,
explique Essam Rachad, responsable
au ministère de l'Habitat. Il affirme
également que le projet élargit le
pouvoir des municipalités en leur
donnant l'autorité de prendre des
décisions instantanées de démolition
totale ou partielle. Essam Rachad
indique que la nouvelle loi est basée
sur deux axes : l'entretien des
bâtiments à travers l'Union des propriétaires
en tant que mesure préventive, la
correction et l'interdiction des infractions
commises.
« Ce projet
de loi comble toutes les lacunes des
lois en vigueur, lesquelles ne renferment
aucune clause exigeant des locataires
et des propriétaires de cotiser pour
les travaux d'entretien ».
Avis non partagé
par Salah Helmi, sous-secrétaire de
la commission de l'Habitat à l'Assemblée
du peuple, qui estime que ce projet
de loi a été élaboré dans le hâte.
Selon lui, le projet n'a pas clairement
défini les compétences du ministère
de l'Habitat et celles des municipalités.
« Ceci risque de pousser les
différentes instances à se jeter la
balle en cas de catastrophe ».
Salah Helmi indique également que
le projet n'a pas proposé de solution
au relogement des habitants dont les
immeubles seront démolis. « Selon
les chiffres, 65 000 bâtiments
sont menacés d'effondrement, ce qui
veut dire qu'il faut assurer environ
650 000 appartements pour pouvoir
appliquer les décisions de démolition ».
Pour Abou-Zeid Ragueh, président de
la section de l'Habitat à l'Académie
de la recherche scientifique, le problème
ne se limite pas aux sanctions. « Il
faut moderniser tout le système municipal
et éliminer la corruption. Les ingénieurs
municipaux ont de très faibles revenus,
ce qui favorise la corruption. Quant
aux instances municipales chargées
de délivrer les licences de construction,
elles sont inefficaces et ne disposent
même pas de données efficaces sur
l'état des immeubles. C'est une réforme
en profondeur dont nous avons besoin »,
conclut-il.