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Réformes démocratiques
. L'Egypte s'engage timidement
sur cette voie, notamment avec la création d'un Conseil des
droits de l'homme. Mais le maintien de lois contraires aux libertés
compromet cette avancée. |
| Un
premier pas |
Une hirondelle
ne fait pas le printemps ? A peine annoncée la création d'un
Conseil national des droits de l'homme avec lequel 15 ONG (Organisations
Non Gouvernementales) ont annoncé qu'elles refusaient de collaborer.
La raison invoquée : ce conseil n'est pas « crédible » dans
le contexte de l'état d'urgence en vigueur en Egypte depuis
23 ans. Pour ces organisations comme pour d'autres figures de
l'opposition ou les partisans d'une démocratisation beaucoup
plus avancée, il ne suffit pas de créer un tel conseil
pour que l'on puisse crier victoire et parler de réformes en
profondeur. Il faut aller plus loin et ce conseil a tout l'air,
selon eux, d'une sorte d'opération cosmétique, l'essentiel à
faire se trouvant ailleurs. Outre une loi sur l'état d'urgence
qui donne toute latitude au gouvernement (Lire encadré), de
nombreux obstacles à la création en Egypte d'une société de
droit semblent exister. Ils obstruent la création de partis
politique, d'associations, de syndicats et la parution de journaux.
La réaction de
ces ONG semble à première vue salutaire, puisqu'elle démontre
qu'un long chemin est encore à parcourir. Mais en même temps,
elle constitue un procès d'intention à un conseil qui fait partie
de plusieurs institutions et d'un train de mesures destinées
à aller de l'avant dans un domaine qui reste complexe : sortir
d'une cinquantaine d'années de régime autocratique privilégiant
le régime du parti unique. Ainsi le conseil s'est trouvé au
centre de toute la bataille pour les réformes et pour tout ce
qui concerne la qualité de vie des Egyptiens. Ainsi, l'analyste
Moustapha Chaabane relève que l'idée de souveraineté de la loi
reste le premier test pour ce conseil, et en plus elle ne se
limite pas aux droits civils, politiques et individuels. « De
la pénurie du pain fabriqué de toutes pièces à la prolifération
des cours particuliers, en passant par le non respect des jugements
des tribunaux, l'effondrement de l'immeuble de Madinet Nasr
qui a fait des victimes innocentes parmi les forces de défense
civile, ou encore la liberté de création des partis ». Telles
seraient les attributions de ce conseil. On ne prête qu'aux
riches. Le conseil se trouve ainsi investi de toutes sortes
de responsabilités. Tous les espoirs et toutes les revendications
passent par lui. D'où cette idée parmi la plupart des spécialistes
de lui donner la chance de réussir. « Le conseil est important
dans la mesure où c'est la première fois que l'Etat adopte ce
discours fait de respect et de reconnaissance des droits de
l'homme. C'est le reflet d'un intérêt nouveau pour ce genre
de questions », affirme Hala Moustapha, rédactrice en chef du
mensuel Démocratie, publié par le Centre d'Etudes Politiques
et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram, de tendance libérale. Tout
procès d'intention ou tout jugement, alors que le conseil n'est
qu'à sa première phase d'existence, serait « prématuré », précise-t-elle,
tout en reconnaissant que la formation de ce conseil ne constitue
guère une fin de parcours, mais plutôt un pas positif, l'Etat
répondant aux exigences de réforme. |
Entre espoir et scepticisme
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Cette opinion
est partagée par Mohamad Abdel-Qoddous, islamiste. « Toutes
les parties doivent coopérer avec le conseil et ne pas le condamner
». Cela dit, il relève que le problème des réformes et de la
démocratie dépasse amplement le cadre de cette organisation.
La loi sur l'état d'urgence « autorise la torture, l'interdiction
de voyager, la détention de milliers de personnes », relève-t-il.
Il cite à cet égard l'interdiction de voyager faite à un dirigeant
des Frères musulmans de quitter le pays pour participer à une
conférence à Beyrouth. L'Organisation Egyptienne des Droits
de l'Homme (OEDH) affirme que les services de sécurité ont appelé
Essam Al-Aryane peu avant son embarquement à l'aéroport, alors
qu'il avait accompli toutes les formalités nécessaires, et lui
ont signifié qu'il était interdit de quitter le territoire national.
L'OEDH a déploré
cette « atteinte à la liberté de déplacement et de voyage ».
Le responsable islamiste et secrétaire général adjoint de l'Ordre
des médecins devait participer à une conférence à Beyrouth sur
le dialogue entre le monde musulman et l'Europe, qui s'est ouverte
mardi en présence de plusieurs experts occidentaux. Un autre
responsable des Frères musulmans, l'économiste Abdel-Hamid Al-Ghazali,
avait été interdit mercredi dernier de se rendre en Jordanie
où il devait enseigner pendant un mois dans une université.
De telles mesures, estime Abdel-Qoddous, font donc de la loi
sur l'état d'urgence le véritable obstacle à une démocratisation
de fait.
Mais il est sûr
que le gouvernement a franchi ou tenté de franchir des pas en
matière de réforme. Moustapha Chaabane mentionne les décrets
présidentiels supprimant les tribunaux de sûreté de l'Etat,
afin que tout citoyen soit jugé par son juge naturel, la suppression
de la peine de travaux forcés, la création d'un tribunal de
la famille et une nouvelle loi sur la nationalité permettant
aux enfants de mère égyptienne et de père étranger d'obtenir
la nationalité égyptienne. Tout compte fait, la problématique
n'est pas autant dans les textes que dans la pratique. |
Un pluralisme de pure forme
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Ainsi le pluripartisme
est officiellement en vigueur en Egypte, selon la loi promulguée
en 1977 et tentant de renouer avec un passé pluraliste datant
d'avant la Révolution de 1952. Mais la nouvelle loi a conditionné
la création de partis à l'approbation d'une commission dite
des partis politiques. Au cours de ses 26 ans d'existence, cette
commission a reçu 50 demandes de création de partis et n'en
a accepté que 7, notamment le Parti arabe socialiste (nassérien)
le Rassemblement Progressiste Unioniste (RPU, gauche), les Libéraux
socialistes, le Travail (à présent suspendu et d'obédience islamiste)
et le néo-Wafd. Dix autres partis politiques mineurs n'ont pu
voir le jour que suite à un verdict du tribunal des partis politiques
dépendant du Conseil
d'Etat. A cet égard, on ne peut que rappeler que le PND n'est
qu'un avatar des partis uniques successifs créés depuis 1952.
Que le RPU et les Nassériens et même le parti du Travail faisaient
partie aussi des différentes ailes de l'Union socialiste, organisation
qui a précédé le PND. Chaque aile était dirigée par une sorte
d'apparatchik représentant une tendance et qui s'est vu conférer
le statut de chef de parti. On se souvient d'un discours d'Anouar
Al-Sadate, alors président du parti unique « le Parti socialiste
arabe d'Egypte », demandant à Ibrahim Choukri, un cadre de ce
parti, de le quitter et d'aller former un parti d'opposition.
et ce fut le Parti du travail qui allait par la suite suivre
des chemins différents.
Cela démontre la
faiblesse inhérente au pluripartisme actuel qui s'explique par
une mainmise de l'Etat dès la naissance du système. De plus,
la Commission des partis veille à ne pas accepter des partis
qui constitueraient de véritables forces d'opposition. Ceci
à l'exemple des Frères musulmans ou le parti Al-Wassat sorti
du manteau des Frères. Ainsi, la confrérie, seule force organisée
étant donné son vaste réseau y compris international, a pu placer
des députés à l'Assemblée du peuple sous l'étiquette indépendants.
En revanche, les autres partis, qu'ils soient de gauche, nassériens
ou même le néo-Wafd, n'ont pu que glaner quelques sièges seulement
suite à des élections jugées frauduleuses selon ces derniers. |
De la loi à la création d'une
culture démocratique
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Quoi qu'il en
soit, c'est à l'origine du système qu'il faut remonter pour
expliquer les défaillances du système. La loi sur les partis,
explique Hala Moustapha, fait en sorte de priver les formations
politiques d'une idéologie originelle. Ainsi, explique-t-elle,
« les partis n'ont pas d'identité propre et distincte. Par exemple,
un parti de gauche n'est pas vraiment de gauche puisqu'une telle
idéologie n'est pas acceptée. C'est tout une mascarade haute
en couleurs : le respect de la chcôtoie le maintien d'un socialisme
éculé et un libéralisme qui pointe ». Résultat, des partis sans
véritable identité ne pouvant donc faire le poids ou conquérir
un électorat précis. Le pluralisme est donc entièrement vidé
de son sens.
De
quoi justifier les revendications concernant la liberté de création
de partis avec comme corollaire la liberté de la presse et celle
de la création de journaux.
De nombreux autres
aspects de la réforme se trouvent de la même manière sous la
coupe d'une pratique qui les neutralise. Ainsi, si la suppression
des tribunaux de sûreté de l'Etat (loi 95 de 2003) les transformant
en cours criminelles ordinaires et des peines de travaux forcés
ont ouvert la voie à plus de démocratie, mais il n'en reste
pas moins que les tribunaux d'urgence de sûreté de l'Etat perdurent.
Or, ces procédures sont non seulement contraignantes du point
de vue du droit, mais elles portent aussi atteinte au pays.
Ainsi selon une source à Interpol, les gouvernements occidentaux
refusent généralement l'extradition d'Egyptiens qui ont fui
le pays en emportant des capitaux, étant donné la juridiction
d'exception en vigueur dans le pays et qui n'assure pas les
garanties nécessaires aux accusés, au point que les tribunaux
sont considérés comme « contraires aux libertés ». Une juridiction
normale assurerait plus de confiance.
C'est donc la théorie
du verre à moitié plein ou à moitié vide. Il ya certes un progrès,
une volonté d'aller de l'avant. Mais celle-ci reste encore un
peu timide et ses contours sont flous. Peut-être comme le dit
Hala Moustapha, une culture démocratique fait défaut. « Il y
a un aspect juridique et un autre culturel. Et c'est aux ONG
d'activer le deuxième aspect. Ainsi pour les droits de la femme
l'obstacle est dans la culture ambiante. Les questions de la
femme sont vues du point de vue du genre, alors qu'il faut une
dimension culturelle et politique plus profonde. La société
est patriarcale et c'est là le fond du problème », affirme-t-elle.
Sur le plan des libertés individuelles, c'est aussi une question
de culture, selon elle. « La culture ambiante est plus collectiviste
et évoque des libertés collectives plutôt qu'individuelles :
le peuple, la nation ... ».
Il reste que, comme
le soutiennent les défenseurs des droits de l'homme, ce n'est
pas avec le maintien de l'autocratie que l'on favorisera une
culture des droits de l'homme et des libertés. Aujourd'hui,
il y a une avancée timide, mais pas suffisante par rapport aux
exigences du moment. Sans doute la persistance de la loi d'urgence
constitue-t-elle la plus grande barrière.
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Ahmed
Loutfi |
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L'épée
de Damoclès |
Un quart de
siècle d'état d'urgence, peut-être même un demi-siècle, puisque
concrètement, cette loi a été appliquée à plusieurs reprises
: d'abord après l'incendie du Caire en 1952 jusqu'en 1956, ensuite
après la « naksa » ou défaite de juin 1967 jusqu'en 1980, et
finalement décrétée après l'assassinat d'Anouar Al-Sadate en
octobre 1981 et maintenue jusqu'à nos jours et devant se prolonger
jusqu'en 2006 d'après une décision de l'Assemblée du peuple. |
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| Ainsi, l'exception
est devenue la règle. En annonçant l'état d'urgence, la loi
162 entre en vigueur étendant les prérogatives du ministère
de l'Intérieur. Des restrictions majeures aux libertés aux aspects
les plus mineurs, la loi étouffe tout ce qui est garanti par
la Constitution. Elle permet au forces de sécurité de maintenir
en détention les personnes suspectes, de remplacer les tribunaux
civils par des cours militaires, d'interdire les manifestations.
Même les partis politiques ne peuvent pas tenir leurs meetings
en dehors de leur siège sans autorisation des autorités. Elle
permet de placer des téléphones sur écoute, de fermer des magasins
et procéder à des arrestations préventives.
Le gouvernement
défend cette loi en affirmant qu'elle ne vise ni la démocratie
ni les militants politiques, mais qu'elle est destinée essentiellement
à lutter contre le terrorisme ou les mouvements extrémistes.
Une excuse qui ne plaît plus à l'opposition qui insiste sur
le fait que le terrorisme a été éradiqué et que l'état d'urgence
ne doit plus être décrété qu'en état de guerre ou de catastrophe.
Ragaï Attiya, avocat, affirme que « l'Egypte souffre de la loi
martiale. C'est presque une maladie chronique ». Il explique
que de mai 1981 à octobre 1981, alors que Sadate avait annulé
l'état d'urgence, il a créé une nouvelle loi, la loi 105 relative
à la cour de Haute Sûreté de l'Etat, qui vient d'être annulée
en mai dernier. Le gouvernement actuel a fait des prérogatives
instaurées par cette loi des dispositions permanentes et non
d'exception comme elles l'étaient autrefois. Il n'y a plus que
les tribunaux d'urgence de Sûreté de l'Etat, où le pourvoi en
appel ou en cassation n'est pas autorisé et dont les jugements
sont approuvés par le gouverneur militaire général dont le premier
ministre assure les fonctions.
L'arsenal permettant
de bafouer les droits de l'homme reste impressionnant d'une
loi à l'autre. De nouveaux chefs d'accusation sont apparus,
comme dans le cas de Saadeddine Ibrahim, accusé de « diffuser
des informations qui peuvent nuire aux intérêts de l'Egypte
» ou de « recevoir des fonds de l'étranger », comme ce fut le
cas avec l'actuel secrétaire général des droits de l'homme,
Hafez Abou-Seada. Cette nouvelle stratégie de l'Etat s'est accompagnée
de textes relatifs aux délits de presse qui permettent à la
censure, officiellement interdite par la Constitution, de revenir
non seulement avec ses ciseaux, mais avec des peines contre
les journalistes. L'état d'urgence est aussi utilisé « avec
excès », comme le dit Ragaï Attiya. Des générations d'Egyptiens
n'ont rien connu d'autre, ce qui favorise la stagnation politique.
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| Samar
el Gamal. |
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