Le
nouvel envoyé spécial de l’Onu pour l’Ethiopie et l’Erythrée,
Lloyd Axworthy, a achevé samedi, sans grand succès, sa première
visite de trois jours dans la Corne de l’Afrique. Ex-ministre
canadien des Affaires étrangères, récemment nommé par le secrétaire
général de l’Onu, Kofi Annan, M. Axworthy a pour mission de
désamorcer le contentieux frontalier entre l’Ethiopie et l’Erythrée
qui met à mal l’accord de paix d’Alger, signé par les deux pays
en 2000. L’envoyé spécial a pu se rendre en Ethiopie, où il
s’est entretenu avec le premier ministre éthiopien, Meles Zenawi,
mais s’est heurté à un niet catégorique de la part des
autorités érythréennes, qui ont refusé de le recevoir. En effet,
pour Asmara, toute idée d’un « dialogue » ou
d’une médiation entre Addis-Abeba et Asmara revient à invalider
les accords d’Alger, signés après la guerre éthio-erythréenne
de 1998-2000, et notamment les conclusions de la Commission
frontalière érythro-éthiopienne (EEBC), rendues en 2002. Les
deux parties s’étaient en effet engagées, lors de la signature
des accords d’Alger, à respecter de manière « définitive
et permanente », quelles qu’elles soient, les conclusions
de la Commission, qui détermine la frontière entre les deux
pays (jamais tracée depuis que l’Erythrée s’est séparée de l’Ethiopie
en 1993).
M. Meles Zenawi
a déclaré à M. Axworthy que l’Ethiopie « vise à résoudre
la crise frontalière avec l’Erythrée à travers le dialogue et
les moyens pacifiques ». Mais pour Asmara, il est « hors
de question » de revenir sur l’accord précédent, et
que la mission de M. Axworthy était un « nouveau mécanisme
non légal ». « L’idée d’un envoyé spécial n’est
pas acceptable car la décision (de la commission frontalière)
est finale et obligatoire et ne peut être sujette à des discussions
diplomatiques », a ainsi déclaré la présidence érythréenne,
jeudi. Le calcul de l’Erythrée est en fait simple : les
conclusions de la Commission lui conviennent, et elle y perdrait
à de nouvelles négociations, qui l’obligeraient à faire des
compromis.
L’Ethiopie, en
contestant la validité des conclusions de la Commission, viole
allègrement l’accord de 2000. Asmara a donc le droit international
de son côté, et demande à l’Onu de jouer son rôle et « persuader »
l’Ethiopie de revenir dans la légalité. Pour Yemane Guebremeskel,
directeur de cabinet du président érythréen Issaias Aferworki,
l’Erythrée attend de l’Onu qu’elle « prenne des mesures
effectives contre l’Ethiopie et fasse en sorte qu’elle accepte
la décision de la commission frontalière ». Il est
pourtant peu probable que les Nations-Unies imposent des décisions
contraignantes à l’Ethiopie. Le droit international risque de
toute façon de peser bien peu face à la puissante Ethiopie,
20 fois plus peuplée et jouissant d’un bon réseau d’alliances
diplomatiques, face auquel l’Erythrée semble bien isolée. L’Ethiopie
montre d’ailleurs sa détermination à ne pas reculer : le
premier ministre éthiopien a ainsi déclaré jeudi que « la
seule façon pour l’Erythrée de prendre possession de Badmé est
d’enlever l’armée et l’administration éthiopienne »
qui s’y trouvent. Situation paradoxale, donc, où c’est
l’Ethiopie qui bafoue le droit international, mais c’est l’Erythrée
qui passe pour être intransigeante, en ayant refusé de recevoir
l’envoyé spécial de l’Onu.
La mission de M.
Axworthy a donc donné, pour l’instant, bien peu de résultats,
les deux pays s’en tenant à leurs positions qui sont les leurs
depuis les accords d’Alger. Le diplomate a fait preuve de philosophie :
« Le président érythréen a montré quelques réserves
concernant ma mission, mais j’ai l’habitude qu’on me claque
la porte au visage (…) Je suis persévérant et je suis bon pour
ouvrir des portes. Je serai dans la région le temps qu’il faut »,
a-t-il déclaré à la presse. Il s’est même déclaré optimiste,
indiquant qu’il y a « une perspective pour une démarcation
progressive de la frontière cette année ». On voit
pourtant mal comment il pourrait parvenir à un accord entre
les deux pays sur le sort du village de Badmé — principale
pomme de discorde — dont 2 ans de guerre et 3 ans
d’une paix laborieuse n’ont pas parvenu à déterminer le statut.
Bref, le chapitre de la guerre est loin d’être clos. Néanmoins
l’Onu, dont les Casques bleus patrouillent le long de la Zone
de Sécurité Temporaire (ZST) qui sépare les deux pays, estime
qu’aucun des deux pays ne se prépare activement à une reprise
du conflit.
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