A l'approche
des présidentielles prévues le 8 avril prochain, la rivalité
est à son comble entre les deux principaux ténors de cette élection :
l'actuel président Abdelaziz Bouteflika et son ancien chef de
gouvernement et homme de confiance, Ali Benflis, patron du Front
de Libération Nationale (FLN, ex-parti unique).
Favori des élections,
le président Bouteflika a annoncé dimanche sa candidature pour
un second mandat, lors d'un rassemblement de ses partisans,
devant lesquels il a expliqué qu'il briguait un second quinquennat
pour poursuivre l'application de son programme, notamment « ramener
la paix civile, promouvoir la réconciliation nationale, remettre
l'Algérie au travail et rétablir la place du pays dans le concert
des nations ». M. Bouteflika a ajouté qu'il se sentait
dans l'obligation de répondre à l'appel d'un très grand nombre
d'Algériens « de toutes les régions du pays ».
Lors des tournées
du président ces dernières semaines dans différentes régions
d'Algérie, la télévision d'Etat a montré, à chacun de ses passages
dans des villes et des villages, des personnes lisant des déclarations
lui demandant de se présenter pour un second mandat. Plus important,
plusieurs formations partisanes d'un second mandat du président
ont commencé à s'organiser. Le fer de lance de ce front est
constitué par trois partis, membres de l'actuelle coalition
gouvernementale : le Rassemblement National Démocratique
(RND) du chef du gouvernement Ahmed Ouyahia, le Mouvement de
la Société de la Paix (MSP, islamiste modéré) et des « redresseurs »,
l'aile favorable à M. Bouteflika du FLN.
Le FLN s'est scindé
en deux camps, depuis que son secrétaire général, Ali Benflis,
a décidé de se porter candidat, déclarant une guerre ouverte
à son ancien patron.
Ces trois partis
ont signé le 16 février à Alger « un pacte d'alliance
présidentielle » pour soutenir la candidature du président
Bouteflika. Cette montée au créneau des pro-Bouteflika, soutenus
par la puissante Organisation Nationale des Moudjahidines (ONM,
combattants de la guerre d'indépendance), et probablement, selon
la presse, par l'influente centrale syndicale de l'Union Générale
des Travailleurs Algériens (UGTA), s'accompagne d'un début d'effritement
des adversaires de M. Bouteflika, regroupés notamment autour
d'un « front anti-fraude » dit « groupe
des 10 ».
Le retrait de ce
groupe des islamistes modérés du Mouvement de la Société de
la Paix (MSP), qui a rejoint les pro-Bouteflika, et celui des
anciens chefs de gouvernement Mouloud Hamrouche, Ahmed Benbitour
et Rédha Malek, serait le début d'autres défections parmi ce
groupe, selon des journaux privés. « Si vous suivez
les programmes de la télévision, vous constaterez que l'élection
a déjà eu lieu ou qu'elle va se transformer en plébiscite. Il
s'agit d'un indice de la fraude en préparation », a
affirmé M. Hamrouche à l'appui de sa décision. M. Hamrouche
faisait allusion à la très large médiatisation par la télévision
d'Etat des déplacements qu'enchaîne le président Bouteflika,
semaine après semaine, en province.
L'armée algérienne,
dont l'appui à l'un des candidats peut être déterminant, avait
annoncé en janvier, qu'elle n'en soutiendrait aucun. Son patron,
le général de corps d'armée Mohamed Lamari, avait déjà affirmé
en juin 2003 que l'armée serait neutre et irait jusqu'à accepter
un président issu des rangs islamistes s'il était élu régulièrement.
Paradoxalement,
cette neutralité, ainsi affichée, inquiète ceux qui la réclamaient
à cors et à cris. « La neutralité négative de l'armée
lors du prochain scrutin sera fatal pour la République »,
a estimé le porte-parole du FLN Abdesselem Medjahed.
Le patron du FLN,
Ali Benflis, est le plus sérieux challenger du président. Il
a confirmé vendredi à Alger sa candidature aux élections. En
présence de centaines de ses partisans, M. Benflis s'est engagé
à défendre « les valeurs de justice et de droit, la
démocratie et le multipartisme en Algérie ».
Certains observateurs
pensent que la division au sein du FLN, avec la candidature
du président Bouteflika et l'affaiblissement de son plus sérieux
challenger Ali Benflis, fait craindre une montée de l'islamisme
radical incarné par le chef du Mouvement de la Réforme Nationale
(MRN), Abdallah Djaballah, lui aussi candidat à la présidentielle.
Outre M. Benflis
et M. Djaballah, l'ancien ministre et islamiste modéré, Ahmed
Taleb-Ibrahimi, a annoncé dimanche sa candidature à la présidentielle.
M. Taleb-Ibrahimi a présenté un programme en dix axes dont les
points forts sont l'application de la justice sociale, le renforcement
des fondements de l'unité nationale, la réhabilitation de la
morale dans la vie publique et l'exercice de la démocratie.
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