Dans la cafétéria
du centre Al-Hanaguer, commence le spectacle. Le jeu est ainsi
entamé bien avant de rentrer dans la salle. Les « Marines »
américains brandissent leurs fusils et nombre de personnes défilent
devant la salle, affichant des pancartes contre l'occupation
de l'Iraq et la politique des Etats-Unis dans le monde arabe.
On ouvre le feu,
et le public est « forcé » d'entrer en salle. Fiction et réalité
se mêlent alors. Pour que le jeu soit crédible, une comédienne
habillée en paysanne fond en larmes, se plaignant sur son sort,
sous les yeux des forces américaines. Tel est le début de la
pièce Al-Leab fil démagh (Triturer l'esprit), présentée par
la troupe indépendante Al-Haraka (Le Mouvement) et réalisée
par Khaled Al-Sawi.
Il s'agit d'un
sujet privilégié, notamment ces jours-ci, souvent réduit à la
caricature, à savoir : les médias, les chaînes satellites et
la propagande menée par eux. Sur ce, il n'est pas question d'histoire
dramatique dans la pièce, mais d'un spectacle composé de sketchs
agencés par le metteur en scène afin d'aborder non sans ironie
la guerre contre l'Iraq. La politique des Etats-Unis est également
ridiculisée par l'intermédiaire des médias et des talk-shows.
« Dans notre troupe Al-Haraka, les spectacles doivent être en
rapport avec les événements qui nous entourent, politiques ou
sociaux. On adopte toujours le point de vue de l'homme ordinaire
pour mieux approcher le public », souligne Khaled Al-Sawi.
Sur scène, ou à
travers une émission télévisée, l'invité est le général américain
Tomy Fox, évidemment, ce nom n'est pas sans rappeler Tomy Franks,
général des troupes américaines en Iraq. Ainsi, le va-et-vient
entre fiction et réalité est poursuivi tout au long de la pièce.
Fox se présente comme un « héros, un modèle imposé » aux jeunes
Arabes, notamment après la guerre d'Iraq. Le voilà sur scène
en tant qu'invité d'une chaîne satellite. Il contrôle tout,
les programmes diffusés, les compétitions des talents, etc.
Dans chaque sketch,
la politique est associée à la farce, au grotesque. Une vraie
parodie de l'actualité, avec chants et danses à l'appui.
L'un des sketchs
marquants est celui où le général parle de la nouvelle poupée
en caoutchouc qui sera en vente à un prix dérisoire, pour que
les jeunes Arabes frustrés sexuellement se défoulent. On vit
dans un monde où tout perd de sa valeur. Sur scène, le fameux
général Fox sélectionne l'œuvre d'un jeune auteur, lequel raconte
son histoire avec la femme de son ami. La soumission et l'humiliation
sont à l'extrême. Le mari dessine le sourire sur les lèvres
et donne son consentement. Il accepte que sa femme le trompe.
Mais cette soumission volontaire est-elle propre aux relations
personnelles ? S'agit-il d'une position individuelle ? N'est-il
pas question d'une situation beaucoup plus politique ?
Al-Sawi présente
la mondialisation (en arabe awlama) non comme une invention
humaine, mais comme l'œuvre de trois méchantes sorcières : Aow,
la et mah. Il joue sur le détachement des syllabes du mot arabe
pour créer un sketch de burlesque et bouffonnerie, où l'on voit
les trois sorcières se déchaîner. Les acteurs portent des costumes
féminins et perruques ; elles manipulent le monde entier, y
compris le chef des Etats-Unis. A travers une chanson très cynique,
on ironise le concept de la mondialisation.
En fait, les chansons
et la musique jouent un rôle très important dans ce spectacle.
Les chansons sont écrites et composées par Khaled Al-Sawi ;
l'arrangement musical est d'Amr Ismaïl. Les rythmes du rap et
la musique électronique cadencent tout le spectacle, lui attribuant
une ambiance vive et jeune.
Ainsi, les sketchs
peuvent se perpétuer jusqu'à l'infini, avec comme matière principale
les thèmes de l'actualité. Khaled Al-Sawi le dit ouvertement
sur scène, s'adressant à son assistante : « Marwa annule la
scène finale ; il n'y aura pas de fin, la bataille continue
», et puis il demande à l'un des acteurs d'interpréter une chanson
de son choix. « Un jour, après une longue attente, surviendra
l'amour ». Halte à la fiction, retour au réel. |