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Exposition . Les peintures à l'huile de Gazbia Sirry, L'Espace et le temps 2002-2003, exposées à la galerie Zamalek du Caire, viennent couronner une carrière de plus de 50 ans.
Le pouvoir des nuances

Un rouge tapant, défiant, audacieux, domine l'espace d'une grande toile. Ne laissant à l'observateur aucun choix que de s'arrêter et d'admirer la composition qui, au-delà de sa géométrie apparente, révèle un certain lyrisme. Le tableau se répartit presqu'équitablement en quatre entités qui s'alternent sur la surface rouge : deux formes rectangulaires de part et d'autre et deux masses de lignes courbes qui représenteraient entre autres des êtres, et en bas du tableau, une semi-ligne verticale en bleu divise d'un côté les deux univers et s'ouvre d'un autre côté sur l'étendue du rouge.

Ce tableau pourrait jouer le rôle de synthèse (y a-t-il un tableau qui représente véritablement l'artiste ?) ou disons un repère pour pénétrer l'univers artistique de Gazbia Sirry, y retrouver l'évolution du peintre, mais aussi sa personnalité. Peintre femme, audacieuse telle sa palette, chez qui œuvre et vie s'identifient pendant plus de 50 ans pour forger un style qui lui est propre, un langage qui évolue tout en restant fortement personnel. Fallait-il encore tomber dans le piège de la classification artistique qui emprisonne l'artiste dans des tendances et des écoles ? Car dans ce tableau-modèle, il n'est pas question d'une abstraction pure ou d'un expressionnisme pur, ni même du post-expressionnisme approuvé par l'artiste lui-même. C'est plutôt son style qui transcende toute étiquette ; ainsi, la tendance de toucher toujours les deux bords du figuratif et de l'abstrait, de l'humain et de l'objet, du géométrique et du poétique, n'est pas simplement une quête dans le conflit et le dualisme. Mais elle englobe aussi le moi de l'artiste.

Ceci dit, lorsque Gazbia Sirry, vers la fin des années 1960, entame la période des maisons vibrantes ou lyriques, qu'elle ne cesse de reproduire avec des modifications, c'était une manière de projeter les émotions de l'artiste sur l'objet. Elle commençait le jeu de personnification des maisons, il s'agit de maisons, de constructions mouvementées, en chair et en os, avec quasiment des traits physiques ; de même que les gens, les êtres s'identifient aux maisons (le milieu, la terre, la patrie ?) et se fondent dans l'espace pour prendre une multitude de significations suivant la composition.

Dans ses peintures à l'huile exposées à la galerie Zamalek, les maisons ne sont plus les mêmes que celles de l'après-défaite de 1967, non plus comme celles des années 1970 où l'accent était mis sur le dehors-dedans, sur l'entassement et l'étouffement et le plein air du désert. Aujourd'hui, elle y mêle fortement l'élément humain, ajoute la mer et tente de fixer un moment où fusionne le trio homme, espace et temps.

Un connaisseur de l'œuvre de Gazbia Sirry depuis le début des années 1950 retrouverait dans son tableau rouge et dans l'exposition en général une assimilation des périodes dépassées dans l'itinéraire de l'artiste. Le réalisme expressionniste de ses débuts (Oum Antar, Al-Hagla, Al-Maraguih, etc.) avec ses personnages massifs qui s'imposaient sur la toile s'effacent, s'élancent, se distillent, pour ne laisser que leur seule existence aussi imposante qu'auparavant. Une présence plus poétique parce qu'elliptique, plus moderne parce que suggestionnelle. L'étendue du coloris - même lorsqu'il est question de l'encombrement de la foule, il y a souvent quelque part sur la toile l'issue et le grand air - trouve ses sources à la période des années 1970 où elle a fait des variations sur le thème du désert avec un esprit beaucoup plus abstrait. Dans cette exposition, l'étendue se rétrécit petit à petit, le bleu de la mer se fusionne tantôt avec l'homme, tantôt figure dans une présence symbolique dans chaque toile, qui renvoient à l'espace métaphysique, à l'infini, l'inconnu ...

Ainsi, si le style de la grande peintre est repérable, il surprend cependant par l'utilisation du coloris. Tel un alchimiste, elle sait faire le dosage qui surprend par son originalité sans jamais atteindre l'étrangeté. Comme dans ce tableau du vert sur du vert sans craindre d'y ajouter encore du vert. Les couleurs de Gazbia Sirry sont vivantes, elles vibrent de vie, elles deviennent le maître qui mouvemente par son pouvoir et sa luminosité tout le tableau. Il suffit de mettre ses lignes à elle, pour reconnaître le mouvement interne du tableau. Peut-on survivre artistiquement durant plus de 50 ans sans avoir pris à chaque instant des risques ? Sans être sorti de l'accoutumée ?

Dina Kabil

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