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Iran . La minorité conservatrice qui l'a emporté au cours des élections législatives de vendredi dernier pourrait se voir contrainte de poursuivre la libéralisation de l'économie.
Les réformes ont de l'avenir

Les réformes vont-elles survivre ? Une question qui s'impose lors de la victoire des conservateurs aux élections législatives de vendredi dernier. Ces dernières, boycottées par une partie des réformistes après l'invalidation de la plupart de leurs candidats, a logiquement débouché sur un renforcement du pouvoir des conservateurs. La défaite des réformateurs iraniens aux législatives sonne le glas de la libéralisation sociale, mais la libéralisation d'une économie ultra-étatisée et ultra-protégée pourrait se poursuivre sans eux.

Un analyste iranien fait valoir que l'un des grands mérites des réformateurs aura consisté à faire accepter la nécessité du changement. En effet, Mohammad Khatami a tenté de faire bouger les choses. Elu en 1997, le président Khatami a engagé une politique de réformes axée sur l'ouverture à la société civile et l'ouverture économique. « Notre première priorité sera de modifier la structure malade de notre économie, remédier au chômage et rendre la gestion des affaires plus cohérente », avait-il souligné. Le programme de réforme économique de Khatami se basait notamment sur la création de 800 000 emplois et l'augmentation de la main-d'œuvre iranienne de 15 millions à 30 millions au cours des 20 prochaines années. « L'un des obstacles majeurs au programme de réforme économique de Khatami est la domination des institutions religieuses qui contrôlent 30 % de l'économie iranienne. Aujourd'hui, il est volontiers vilipendé comme celui qui a beaucoup promis et peu fait, et qui n'a pas su tenir tête aux durs du régime », souligne Mohamad Saïd Idris, chercheur au Centre des études stratégiques d'Al-Ahram.

Les réformateurs se sont employés à favoriser les investissements étrangers, à soulager la pression douanière, à ouvrir les frontières, à faciliter l'entreprise privée, à diversifier les activités, etc. Cependant, peu a été réalisé. « Le problème de Khatami résidait dans le fait qu'il y avait beaucoup de différends entre ses partisans et des conservateurs comme Rafsandjani, un conservateur modéré pro marché libre, qui aurait pu soutenir Khatami sur le front économique », note Djavad Salehi-Isfahani, professeur d'économie à l'Institut polytechnique de Virginie, aux Etats-Unis. Selon lui, les partisans de Khatami, qui n'avaient pas une grande connaissance des questions économiques, refusaient de coopérer avec Rafsandjani. Par exemple, ils auraient pu travailler sur l'amélioration du terrain législatif dans un sens libéral, sur les droits de la propriété intellectuelle ou même le droit contractuel. « Si les réformistes voulaient transformer leur popularité politique en une puissance politique, ils devaient aller de pair avec les réformes entreprises en faveur du marché par Rafsandjani, il y a 14 ans, mais le temps a passé et ils ont perdu la bataille politique », conclue Salehi-Isfahani.


Une économie en piteux état

En fait, le pays est en proie à une crise économique caractérisée par un taux de chômage qui atteint 12,8 % en 2003, surtout chez les jeunes. Selon les chiffres officiels, l'Iran compte entre quatre et cinq millions de chômeurs, mais les analystes locaux voient ces chiffres avec scepticisme et suggèrent que le taux de chômage réel est d'environ 20 à 25 %, selon un rapport publié par le journal The Economist. De même, l'économie iranienne souffre d'une inflation considérable de 16,6 % en 2003. Cela n'empêche que le pays possède toujours pas mal d'atouts. Comme un taux de croissance aux alentours des 7 % sur deux ans consécutifs, et des réserves en devises étrangères de près de 18 milliards de dollars, en 2003, soit le plus haut niveau au cours des 25 dernières années.

L'économie iranienne contrôlée à 80 % par l'Etat est basée essentiellement sur la vente de pétrole qui assure 80 % des recettes du pays avec environ 4 millions de baril/jour. L'Iran est le deuxième exportateur de l'OPEP. Malgré des atouts naturels non négligeables, notamment ses richesses pétrolifères, l’économie iranienne déçoit. En effet, en vingt ans, le PNB par habitant a diminué de moitié. Les causes sont, paradoxalement, à rechercher au niveau des ressources pétrolières. La dépendance exclusive à l’égard de ce produit dont la valeur fluctue considérablement et la pratique rentière de l’Etat masquent la nécessité d’effectuer certaines réformes indispensables. L’économie, en outre, est largement subventionnée, ce qui entraîne gaspillages, détournements, clientélisme … Enfin, le système financier est lui aussi inadapté. Le système bancaire étant centralisé et largement fermé à la concurrence étrangère. En fait, l’économie iranienne ne pourra supporter encore longtemps ce non-sens qui veut que l’économie du pays reste fermée sur elle-même, alors que le contexte international lui dicte une ouverture nécessaire à sa survie. D'après les analystes, les conservateurs sont conscients de cette réalité et pourraient poursuivre une libéralisation prudente de l'économie, tout en verrouillant le terrain politique.

Ibtissam Zayed

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