« C'est une stratégie de nature
politique visant à contraindre les banques à se plier
aux exigences du
gouvernement
et leur faire plus de concessions », s'insurge
Atef Attiya Hassan, directeur du département de gestion
des risques à la Banque Misr. « Mais, nous
tenons fermement à notre position. Nous n'accepterons
qu'un compromis rentable. Pas d'annulation des dettes,
pas de réduction des intérêts, nous n'accepterons qu'un
rééchelonnement des dettes. Et encore, sous certaines
conditions. Le délai de remboursement ne doit pas dépasser
les 10 ans. De même, les entreprises doivent avant nous
rembourser une partie des dettes », ajoute-t-il.
Les banques réclament aux 120 entreprises
publiques contrôlées jusqu'à leur privatisation par les
Secteur public des affaires 30 milliards de LE.
Avant 1991, la Banque d'investissement
national et le ministère des Finances accordaient
à ces entreprises les crédits pour les aider à survivre.
Mais, depuis 1991, et avec l'application de la loi 203,
tous les organismes dépendant du gouvernement se sont
transformés en sociétés holding jouissant d'une entité
économique indépendante.
Sur cette base, la Banque d'investissement
a arrêté les crédits qu'elle leur accordait. Pour procéder
par exemple à une restructuration et afin d'obtenir les
fonds nécessaires à cet effet, les entreprises ont dû
recourir aux banques pour obtenir des crédits à des intérêts
élevés. La Banque Misr, à elle seule, s'empare
des 25 % du total des dettes. Les banques Ahli
et d'Alexandrie 22 %, la Banque d'investissement
12 %¨, la Banque du Caire 5 % et le reste
des banques se partagent les 13 %.
En plus des frais de restructuration,
la plupart des entreprises ont demandé des prêts à découvert
pour pouvoir payer les salaires des employés. Le total
des dettes est donc passé de 22 milliards en 1990, à 30
en 2003. 50 % des 22 milliards de L.E. représentent
des prêts à découvert et le reste, des crédits à long
terme. En 1996, le montant des dettes a augmenté pour
atteindre 40 milliards de L.E. dont 4,4 milliards ont
été remboursés grâce aux recettes de la privatisation.
« Ce sont ces prêts à découvert
dont les intérêts s'élèvent à 18 % ainsi que les
intérêts cumulés des dettes non remboursées qui ont gonflé
les dettes des entreprises. La valeur réelle de ces dettes
ne dépasse pas 20 % du total. Par exemple, la valeur
du crédit de la Société égyptienne de Fer et d'acier,
la plus endettée, est de 50 millions de L.E. Aujourd'hui,
ce montant a atteint 3 milliards de L.E. à cause du cumul
des intérêts des dettes. Les banques doivent prendre cela
en considération et accepter d'annuler une part des dettes »,
explique Mohamad Abdel-Chafi Matar, consultant financier
auprès du Holding des industries métallurgiques.
« Comment des entreprises, dites
productives, sont incapables de payer les salaires de
leurs employés ? Comment osent-elles nous réclamer
d'annuler leurs dettes ? C'est une demande absolument
refusée », lance Atef Attiya Hassan.
En fait, il est à noter que les 2 secteurs
textiles et métallurgiques s'emparent à eux seuls de 18
milliards du total de cette dette, respectivement 11 et
7 milliards de L.E. Cependant, malgré cette dette colossale,
les deux secteurs ont pu agir dans le bon sens. Par exemple,
la société Hassan Allam, dépendante du holding
national pour la construction, est un exemple réussi
de la bonne gestion du remboursement. A travers cinq règlements,
la société Hassan Allam a pu réduire ses dettes
de 2 milliards à 0,4 milliard de L.E. « En 1997,
nous avons remboursé un montant de 570 millions de L.E.,
au début des négociations, pour annuler une partie des
dettes. Ensuite, 90 millions de L.E. chaque année »,
déclare Effat Abdel-Alim, responsable auprès du Holding.
Elle ajoute qu'en ce qui concerne les 20 entreprises dépendantes
du Holding, ce dernier a réussi à conclure 45 règlements,
en six ans, pour réduire les intérêts des dettes de 600
millions de L.E. à 200 millions de L.E. « Après
le règlement, les entreprises n'ont plus le droit de prendre
de nouveaux prêts à découvert », souligne Effat.
Mais beaucoup d'autres entreprises ont
échoué à rembourser les dettes comme l'entreprises Arab
Contractors. Celle-ci se trouve dans
une situation financière délicate car elle n'a toujours
pas pu être payée pour les travaux de construction qu'elle
a faits pour le gouvernement. Ces sommes atteignent 3,7
milliards de L.E.
Le problème des 30 milliards de dettes
de ces entreprises publiques reste donc entier puisque
les négociations entre le gouvernement et les banques
sont rudes et qu'un vrai bras de fer est engagé.