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Réformes . 14 ans sont passés depuis le début du programme de réformes annoncé en grande pompe en 1990, mais l’Etat maintient toujours son emprise sur l’économie. Explications.

L’Etat ne décroche pas

Au début des années 1990, le futur semblait radieux pour les promoteurs du marché libre en Egypte. Les rapports des institutions finaières internationales se succédaient, annonçant le succès du programme de réforme économique qui visait à limiter l’intervention de l’Etat dans l’économie. Le taux de croissance se redressait après un déclin durant la deuxième moitié des années 1980. Le déficit budgétaire était finalement contrôlé pour marquer un meilleur niveau que celui de la plupart des pays développés. La Bourse était en pleine effervescence avec une flambée des cours des actions. Les porteurs réalisaient des profits dépassant parfois les 200 %. La présence des hommes d’affaires dans les médias et sur la scène publique en général augmentait. Tout allait donc bien pour la libéralisation au bord du Nil.

Mais le vent a tourné depuis la fin des années 1990. L’Egypte ne figure plus dans les rapports comme un exemple de succès. Le taux de croissance a chuté. Le déficit budgétaire est en courbe ascendante. Le marché sombre totalement dans le pessimisme. Et l’Etat est de plus en plus en conflit avec les hommes d’affaires. Aujourd’hui, tout va mal pour le projet de créer une économie de marché forte et relativement autonome de l’Etat.

Certains hommes d’affaires et également des chercheurs libéraux annoncent que l’Egypte a besoin d’un autre programme de réforme. Le gouvernement, selon eux, n’est pas capable de planifier plus loin que le court terme. L’histoire de l’échec selon eux, si on la simplifie, se résume à une libéralisation limitée réussie au début des années 1990 suivie d’une résistance forte de la « bureaucratie », laquelle craint de perdre son contrôle sur l’économie. Dans le camp des promoteurs de l’interventionnisme étatique, l’échec réside plutôt dans le programme de réforme économique qui a délégué la tâche du développement économique à un secteur privé faible et souvent « parasitaire » qui a fini par gaspiller une bonne partie de la richesse nationale.

Les uns et les autres, malgré leurs différences, considèrent que le programme de réformes économiques visant à limiter le champ d’action de l’Etat est un point central. Un seul chiffre toutefois peut semer le doute : les dépenses publiques. Celles-ci, en pourcentage du PIB, n’ont pas chuté suite au programme de réforme de 1990, mais, au contraire, elles ont augmenté sur plusieurs années (voir graphique). L’interventionnisme de l’Etat n’a pas été affaibli par le programme de réforme. Ce n’est pas la seule fois en Egypte où un programme de libéralisation économique produit cet effet pervers. L’année qui a vu l’application du programme de 1987 (soldé par un échec) a témoigné aussi d’une hausse des dépenses publiques. La conclusion est donc que les programmes de réformes n’affectent pas l’intervention de l’Etat, déterminée plutôt par les revenus disponibles. Tant qu’il y a des revenus abondants, l’Etat s’active dans ses dépenses et dans son intervention, peu importe la politique économique adoptée.


Un programme avorté

L’histoire du « succès » égyptien, au début des années 1990, peut être expliquée par la hausse inattendue des revenus de l’Etat durant cette période. Le gouvernement, soutenu par la Banque mondiale et le FMI (Fonds Monétaire International), essayait de s’adapter à la baisse de ses revenus durant la fin des années 1980. Mais Saddam Hussein envahit le Koweït en 1990 et le gouvernement choisit de rejoindre la coalition internationale contre l’Iraq. Les caisses de l’Etat ont été renflouées par l’arrivée de milliards de dollars d’aide. Selon la Banque mondiale, l’aide étrangère, en pourcentage du PIB, a augmenté de 1,2 % en 1989 à 13,8 % en 1991. En outre, la guerre du Golfe et ses répercussions sur le marché pétrolier ont entraîné des hausses du prix du brut, engendrant une hausse des revenus de l’Etat. A cela, il faut ajouter le fait que le gouvernement a dévalué la livre égyptienne avec le programme de réforme, ce qui a automatiquement augmenté les revenus en devises étrangères convertis en monnaie nationale. Il ne faut pas oublier ici les revenus générés par la première phase de la TVA imposée en 1991, qui a apporté à peu près 2 % du PIB.

Le chiffre qui a illustré le succès de l’Egypte dans les réformes économiques dans les rapports de la Banque mondiale a été le déficit budgétaire, qui a baissé de 10 % du PIB dans les années 1980 à moins de 2 % au début des années 1990, entraînant une chute du taux d’inflation puisque le gouvernement a renoncé à la planche à billets pour financer le déficit. Mais cela a été le résultat de la hausse des revenus et pas de la chute des dépenses publiques. Dans la deuxième moitié des années 1990, les revenus ont de nouveau repris leur courbe à la baisse, entraînant de nouveau une hausse dans le déficit budgétaire qui a dépassé 6 % du PIB durant les trois dernières années. La plus grande réalisation du programme de réforme a été donc balayée. La seule chose qui reste peut-être est le fait que le gouvernement ne dépend plus de la planche à billets pour financer son déficit. Et la plus grande différence par rapport aux années 1980 réside dans le fait que le gouvernement dépend des dettes locales plutôt qu’étrangères pour financer le déficit. Le gouvernement est donc libéré des pressions internationales pour appliquer des réformes comme à la fin des années 1980, quand l’Egypte était pratiquement dans un état de cessation de paiement.

Le moteur de l’économie égyptienne reste toujours l’Etat. Quand les revenus sont abondants et les politiques expansionnistes, les taux de croissance sont élevés. Mais quand le champ de l’action de l’Etat rétrécit, les taux de croissance chutent et l’économie tombe dans la récession, comme c’est le cas actuellement. Et le comble, c’est que l’Etat se tourne de plus en plus vers la société pour augmenter ses revenus. Ainsi, on a vu il y a deux ans l’application de la deuxième phase de la TVA aux commerçants, qui ont entamé une grève pour la première fois de l’histoire moderne du pays. Outre la décision d’obliger les exportateurs de placer en banque une grande partie de leurs revenus en devises. Et « last but not least », il y a eu la tendance systématique de l’Etat à intégrer le secteur informel dans l’économie formelle afin qu’il assume également sa part dans le financement de l’Etat. C’est une période de conflit aigu entre l’Etat et la société sur les ressources, et par conséquent une phase de détérioration des relations entre l’Etat et plusieurs secteurs de la société.

Samer Soliman

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