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Brocante .
De l'objet le plus insignifiant aux pièces de rechange, en passant
par la friperie, tout se revend dans les marchés de la khorda.
Quelque 2 300 ateliers en Egypte se sont adonnés à ce commerce
fructueux dont dépendent de nombreux petits métiers. Visite
guidée. |
| A
la foire fouille |
| C'est la foire
aux brocanteurs dans la rue Sabtiya. Aussitôt qu'un camion s'arrête,
Moallems (patrons) et petits brocanteurs se ruent pour connaître
la nature de son chargement. Aujourd'hui, le véhicule qui vient
de stationner porte une charge intéressante. Sans attendre,
Ibrahim Al-Dabch annonce le début de la vente à la criée. « Ibn
halal yebtédi », qui va commencer aujourd'hui ?,
lance-t-il à voix haute. Cet homme qui joue le rôle de dallal
ou commissaire-priseur a été condamné à 12 ans de prison pour
trafic de drogues. Depuis qu'il a retrouvé sa liberté, il a
préféré changer d'activité à l'instar de la zone qui était autrefois
le fief des trafiquants de drogues et s'est
transformée du jour au lendemain en un centre important de vente
d'objets hétéroclites, khorda, selon le jargon du métier.
Bien avant que ne commence la vente, un accord tacite a été
convenu entre Dabch et le propriétaire du camion qui a transporté
le lot de marchandise. « Tu dois essayer d'adjuger à
2 000 L.E. Ta commission sera plus importante si tu dépasses
ce chiffre », murmure Atwa, propriétaire du camion,
à l'oreille du soi-disant commissaire-priseur.
« 700 L.E.
le lot », crie l'un des marchands. « Allez,
qui dit mieux 750 », lance Dabch en mettant en avant
son corps musclé pour impressionner l'assistance et faire grimper
les prix. « C'est un bon lot de khorda, des moteurs
et un tas de ferrailles qui a de la valeur. Augmentez les prix,
on veut gagner notre pain », poursuit-il. Pendant ce
temps, les patrons attendent tranquillement devant leurs entrepôts.
Et ce sont les plus jeunes qui leur ramènent les nouvelles.
« C'est un lot qui vaut plus de 10 mille livres »,
dit à voix basse un des gamins à son patron. « Il ne
faut pas oublier que c'est le tour de Hag Dessouqi de se l'approprier,
n'augmentez pas le chiffre quand il prononcera son dernier prix »,
lui ordonne Hag Abou-Emeira, un des pionniers du marché.
En fait, la tâche
des plus jeunes est surtout de se débarrasser des petits brocanteurs
pour que la transaction se déroule entre grands. Ils interviennent
en commençant par verser aux plus petits une somme de 200 L.E.,
une sorte de bakshish, « al-araq »,
selon le jargon du métier. C'est pour eux le meilleur moyen
de maîtriser la vente, mais c'est aussi une pratique courante
dans les ventes à la criée qui ont lieu plusieurs fois par jour
sur ce marché. La vente se termine finalement comme prévue :
« 2 500 L.E. qui dit mieux un, deux, trois adjugé »,
crie Dabch qui aurait aimé en avoir plus pour augmenter sa commission.
Khorda ou
Robabikia sont les mots utilisés pour désigner tout un
bric-à-brac d'objets anciens que l'on vend pour s'en débarrasser.
Le marchand de robabikia joue le rôle d'intermédiaire
entre les couches aisées qui désirent liquider leurs vieilleries
et les plus modestes qui veulent les acheter à des prix modiques.
Selon l'anthropologue Ali Fahmi, ce commerce existe depuis l'aube
des temps en Egypte. « Tout le long de son histoire,
la société égyptienne a toujours été composée de couches modestes
qui recourent à ce genre de marché pour satisfaire ses besoins »,
explique Fahmi. Cependant, l'apparition du terme robabikia
dans la société égyptienne remonte aux deux dynasties ottomanes
et mamelouks. A cette époque, les métiers artisanaux ont fait
leur apparition dans les quartiers islamiques du Caire. « Beaucoup
d'ateliers voulaient se débarrasser de leurs vieilleries ;
ainsi est né ce genre d'activité. De plus, à la fin de l'époque
ottomane et avant l'arrivée de Mohamad Ali au pouvoir, la communauté
italienne, très proche de la couche prolétaire, a eu beaucoup
d'influence sur le quotidien des ces Egyptiens. Elle a imposé
son jargon, un exemple le mot manifatoura qui signifie
commerce de tissus », avance Ali Fahmi. Et même le
nom robabikia tire son origine de Roba Veccia
(vieux vêtements en italien). |
Un commerce prospère |
| Aujourd'hui,
en Egypte, et selon les chiffres de l'Organisme central du recensement
et la mobilisation, le nombre des travailleurs dans le domaine
de la khorda atteint les 3 479. Un chiffre officiel,
mais qui ne compte pas les commerces qui travaillent au noir
et sans registre de commerce. Certaines estimations révèlent
que le nombre
actuel dépasse les 2 millions. Le commerce de la khorda
prospère dans les 6 souks du Caire, à l'exemple d'Al-Sabtiya,
le plus influent. Celui de Souq Al-Gomaa (vendredi) est le plus
grand point de rencontre des vendeurs de khorda ambulants.
Dans ce commerce,
le principe de base est de se faire de l'argent par n'importe
quel moyen, même si on est démuni. « Tout objet a sa
valeur. La chose la plus insignifiante pour une personne pourrait
être très utile pour une autre. C'est ici que commence le rôle
du vendeur de khorda ».
Dans souq Al-Gomaa,
situé au quartier de la Citadelle, des dizaines de brocanteurs
ont envahi les trottoirs. Meubles et objets de toutes sortes
sont étalés à même le sol. Même le train qui traverse le souq
sans signaler son passage ne les dérange nullement. Les immondices
qui cernent les alentours semblent aussi rendre service aux
brocanteurs. Ils y récupèrent souvent des objets utiles et vendables.
« Un véritable brocanteur est celui qui sait comment
transformer la poussière en or », explique Ragab, vendeur
de sanitaires d'occasion. |
Un vrai bric-à-brac
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De l'électroménager
aux vêtements et chaussures usagés, aux vieux meubles et autres
objets tels que combinés de téléphone, pièces de rechange
de voitures, tout un bric-à-brac que l'on peut acheter à des
sommes modiques.
Côte à côte,
chacun expose son étalage et prend soin de le valoriser. Malgré
l'apparence modeste de ces marchands, leur chiffre d'affaires
est évalué de 5 mille à 100 mille L.E., suivant la qualité
de la marchandise. Et à chacun son client. Electriciens et
mécaniciens s'y rendent pour acheter une pièce de rechange.
« Ici, c'est la caverne d'Ali Baba des petits métiers
pour faire face à la concurrence des grands centres de maintenance.
La hausse du dollar a eu un grand impact sur le prix des pièces
de rechange neuves », poursuit Saber, électricien
venu du quartier d'Al-Zawiya. Des villageois se déplacent
aussi des quatre coins de l'Egypte pour meubler leurs maisons.
La famille de Hag Abdel-Mongui est venue acheter du mobilier
pour sa fille aînée sur le point de se marier. « J'ai
dû me déplacer trois fois avant de tomber sur quelques articles
intéressants. Les prix des meubles de Damiette, réputée pour
leur qualité, sont trop élevés », rétorque Abdel-Mongui.
Les amateurs
de khorda viennent de différentes couches sociales.
Yéhia, jeune étudiant à la faculté de commerce, se rend tous
les mercredis au souq en compagnie de ses amis pour dépenser
le peu d'argent qu'il a en poche. « C'est ma sortie
favorite depuis deux ans. Parfois je tombe sur des pièces
que je peux réparer et revendre à des amis ou à des cousins.
Un moyen pour avoir un peu plus d'argent », lance
Yéhia.
D'autres petits
métiers prospérent autour de cette activité fructueuse. Chaque
brocanteur a son propre réseau de sarriha, vendeurs
ambulants. Parfois, certains d'entre eux ont recours aux chiffonniers
et aux voleurs de voitures qui viennent vendre des pièces
détachées de véhicules volés et démontés. « Généralement,
ce genre de pratique a lieu dans les marchés louches. Mais
les grands noms de ce commerce refusent d'acheter chez les
marchands ambulants inconnus dans le quartier »,
se défend Abou-Emeira, marchand à Sabtiya.
D'autres métiers
ont vu le jour dans ce grand souk. Le dallal est la
personne qui joue le rôle d'intermédiaire entre le vendeur
ambulant et le brocanteur. C'est aussi lui qui organise la
vente aux enchères. Les plus jeunes, souvent des gamins, commencent
souvent le métier par le trie, alors que d'autres se sont
spécialisés dans le classement des objets selon la qualité
et l'utilité. Nombreux sont ceux qui parmi eux rêvent de devenir
un jour un granpatron, pour suivre l'exemple de ceux qui ont
commencé de rien et qui ont fait fortune. Un destin qui dépend
de l'habilité du gamin. Ce dernier doit faire face aux entraves
posées par les Moallems. « On n'encourage personne
à gravir les échelons, le métier n'a pas besoin de concurrents »,
explique un des grands patrons à Wékalet Al-Balah.
Une tentative
d'ascension de la part des petits qui semblent faire aussi
face à d'autres soucis. « Nous vivons dans l'insécurité.
Pas de protection, pas d'assurance sociale pour nous couvrir.
Il n'existe pas de syndicats pour nous défendre. On vit au
jour le jour et on ne compte que sur nos muscles, notre seule
richesse. Un apprenti qui commence dans le domaine de khorda
doit être de bonne constitution physique, car il est appelé
à porter de lourdes charges sur ses épaules », poursuit
Sayed, un jeune qui essaie de monter sa propre affaire. Mais
ce ne sera pas chose facile. « Les grands possèdent
beaucoup d'argent et ont des relations solides qui peuvent
les soutenir en cas de pépins », dit Sayed à voix
basse tout en ramassant en toute vitesse sa marchandise pour
fuir les contrôleurs de la municipalité qui passent souvent
par là. Ils effectuent des contrôles, et parfois, se plaignent
les vendeurs, « nous réclament un pot-de-vin qu'il
nous est souvent difficile de payer ». Un autre aléa
du métier ...
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| Dina
Darwich
Hanaa El-Mekkawi |
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