Contrairement
à son prédécesseur Maamoun Al-Hodeibi, Mohamad Mahdi Akef,
le nouveau guide la confrérie, s'est empressé de nommer deux
adjoints qui, de plus est, n'appartiennent pas à la vieille
garde. De quoi augurer quelques changements au sein de la
confrérie. « C'est la première fois que deux cadres
issus de la génération appelée médiane et qui a entre 55 et
60 ans soient désignés comme adjoints au guide. En prenant
cette décision, la direction des Frères a sans doute voulu
instaurer un équilibre au sein de la Confrérie et assurer
une alternance du pouvoir en cas de disparition du guide »,
souligne Diaa Rachwane, chercheur au Centre des Etudes Politiques
et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram. Ces deux cadres
nommés adjoints sont Mohamad Habib, 61 ans, professeur à l'Université
d'Assiout, qui a de fortes chances de succéder au guide, et
Khaïrat Al-Chater, un ingénieur de 54 ans. Akef a également
maintenu le Syrien Hassan Howeidi au poste de troisième adjoint.
La
génération médiane des Frères a émergé durant les années 1970
dans les campus universitaires. Ses cadres sont aujourd'hui
âgés de 55 à 60 ans. Contrairement à l'ancienne garde dont
les membres sont nés pour la plupart dans les années 1920,
les représentants de cette génération se caractérisent par
une plus grande ouverture et surtout une plus grande flexibilité
à l'égard de l'Etat. Ils représentent aujourd'hui une majorité
au sein du mouvement. Les précédentes années avaient témoigné
de heurts entre l'ancienne garde et la « jeune »
génération des Frères. Des membres de cette génération avaient
d'ailleurs tenté de créer un nouveau parti politique sous
l'appellation d'Al-Wassat (le centre), mais sans succès.
Mais « Mahdi Akef est très proche de la moyenne génération »,
explique Gamal Hechmat, un des cadres des Frères musulmans
et ancien député.
Agé
de 76 ans, Akef, qui a succédé le 14 janvier dernier à Maamoun
Al-Hodeibi à la tête des Frères, a vécu quelques années en
Europe. Il a fondé une branche de la confrérie en Allemagne
et était responsable du Centre islamique de Munich. Cette
expérience lui a apporté selon son entourage une certaine
ouverture d'esprit.
La
nomination de deux cadres de la moyenne génération ne signifie
pas pour autant que celle-ci va dominer la confrérie. L'ancienne
garde détient toujours les reines du pouvoir. Et la politique
des Frères Musulmans ne changera pas, estiment certains observateurs.
Mohamad Habib, le premier adjoint au guide, a rejoint la confrérie
dans les années 1970 et est très proche de l'ancienne garde.
En
ce qui concerne les relations avec la branche de la confrérie
à l'étranger, les observateurs estiment que la présidence
d'Akef sera placée sous le signe de l'ouverture et de l'apaisement.
Depuis Moustapha Machhour, cinquième guide et fondateur de
l'organisation internationale des Frères en 1982, la confrérie
a désigné un adjoint au guide de l'étranger. Hassan Howeidi
a ainsi été nommé durant la guidance de Machhour, puis a poursuivi
ses fonctions durant Al-Hodeibi qui n'avait pas une bonne
relation avec l'étranger.
Pour
Aboul-Ela Madi, membre des Frères, l'organisation internationale
a perdu de sa force, à cause notamment de la domination de
la confrérie en Egypte et des événements du 11 septembre.
Toutefois, les relations de la confrérie avec les branches
de l'étranger vont, selon lui, s'améliorer sous la guidance
d'Akef. Mais ces relations se limiteront à de simples relations
publiques et personnelles. Ce n'est toutefois pas l'avis de
Nabil Abdel-Fattah, du CEPS d'Al-Ahram. Selon lui,
« Akef profitera de ses bons rapports avec l'organisation
internationale des Frères musulmans pour concrétiser de vraies
unions, et relancer ainsi la confrérie en Egypte. Cette union
permettra également aux Frères musulmans de se démarquer d'Al-Qaëda ».
Mais
pour Abdel-Moneim Aboul-Fotouh, membre de la confrérie, l'organisation
n'a pas changé. « Chaque pays est indépendant, mais
la circulation des idées est intense entre les pays. Certaines
idées radicales ont laissé la place à d'autres plus modérées.
Dans certains pays comme en Jordanie, les Frères présentent
une femme aux élections du Parlement ».