La
situation dans les territoires occupés et la relance des négociations
israélo-palestiniennes étaient au centre des discussions, dimanche,
entre le président Moubarak et le premier ministre palestinien,
Ahmad Qorei. La visite du responsable palestinien intervient
quelques semaines avant sa rencontre attendue à la fin du mois
avec le chef du gouvernement israélien, Ariel Sharon. Qorei
a examiné avec Moubarak le plan évoqué le 2 février par Sharon
concernant l'évacuation de 17 des 21 colonies israéliennes de
la bande de Gaza. Le premier ministre palestinien a souhaité
que ce plan israélien se concrétise réellement. « J'espère
que c'est vrai et que nous le verrons avoir lieu. (...) Mais
pour être clairs, cela doit être un pas vers le démantèlement
des colonies de Cisjordanie », a affirmé Qorei en soulignant
qu'il s'agit d'un seul et même processus. La terre contre la
paix, en Cisjordanie et à Gaza.
Ariel
Sharon avait provoqué une surprise la semaine dernière en indiquant
dans une interview au quotidien Haaretz avoir donné ordre
de planifier l'évacuation de 17 des colonies de la bande de
Gaza. L'Egypte, comme l'Autorité palestinienne, ont accueilli
favorablement cette décision. Mais les Palestiniens craignent
que tout en évacuant Gaza, Israël étende ses colonies en Cisjordanie.
En
recevant cette semaine Ahmad Qorei, Le Caire a voulu coordonner
ses vues avec les Palestiniens avant la rencontre prévue entre
Qorei et Sharon. Le Caire est conscient que la décision de Sharon
est une manœuvre israélienne visant à tromper la communauté
internationale tout en maintenant la main sur la Cisjordanie.
Cependant, les responsables égyptiens pensent que mieux vaut
avoir Gaza que rien. C'est cette idée que l'Egypte a tenté d'exprimer
au premier ministre palestinien.
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Ahmad
Maher, le ministre égyptien des Affaires étrangères, a ainsi
qualifié la décision israélienne de développement positif. Il
a estimé qu'il s'agissait d'un retour à l'idée de « Gaza
d'abord », base de l'accord du Caire entre Israéliens
et Palestiniens en 1994 sur l'autonomie palestinienne. Pourtant,
Maher a averti : « Il ne faut pas que cela se transforme
en Gaza seulement ». D'après les observateurs,
Sharon envisage de demander l'accord des Etats-Unis pour agrandir
les colonies en Cisjordanie, en échange d'un retrait des colonies
isolées dans ce territoire palestinien occupé et de celles de
la bande de Gaza. L'Egypte, elle, veut créer un climat favorable
à la reprise des négociations entre Israéliens et Palestiniens,
seule solution selon elle pour relancer la paix. « Le
seul fait de s'asseoir à la table de négociations redonnera
de l'espoir aux citoyens des deux parties », a affirmé
le président Moubarak. Il a toutefois estimé qu'une action américaine
et européenne était indispensable à une relance des négociations.
Ahmad
Qorei a déclaré à l'issue de son entretien avec le président
Moubarak « qu'il y aura une rencontre avec Sharon avant
fin février ». Qorei a précisé qu'une deuxième rencontre
préparatoire entre son chef de cabinet, Hassan Abou-Libdeh,
et le ministre palestinien chargé des négociations, Saëb Eraqat,
d'une part, et le chef de cabinet de M. Sharon, Dov Weisglass,
d'autre part, aurait lieu le 15 février pour préparer le sommet.
« J'espère qu'il s'agira de la dernière rencontre préparatoire
pour ce sommet. Après, il pourra avoir lieu », a ajouté
Qorei, rappelant que lors de la première réunion préparatoire
la semaine dernière à Jérusalem, toutes les questions à l'ordre
du jour du sommet ont été examinées. « Mais nous ne
sommes pas arrivés à un accord sur toutes les questions »,
a affirmé Qorei.
Après
l'Egypte, Qorei a entamé une tournée européenne incluant la
Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne et la Belgique. C'est
sa première sortie hors du Proche-Orient depuis sa nomination
à la tête du gouvernement palestinien en automne 2003.
Les
Palestiniens ont été désorientés par les déclarations de plusieurs
pays européens estimant que la Cour Internationale de Justice
(CIJ) de La Haye, saisie pour examiner la légalité du mur érigé
par Israël en Cisjordanie, n'est pas habilitée à se prononcer
sur le plan politique. Au Caire, les responsables égyptiens
et palestiniens ont dénoncé la construction de ce mur. En ce
qui concerne la contradiction entre les plans de démantèlement
annoncés par Sharon et l'incursion israélienne dimanche à Rafah,
durant laquelle un Palestinien a été tué, Qorei a estimé au
Caire que « telle est la politique israélienne. (...)
Nous voulons nous tenir prêts à faire face aux incursions à
Gaza et en même temps pour remplir nos engagements si l'évacuation
a lieu ».
Par
ailleurs, l'Egypte a récemment exhorté le président de l'Autorité
palestinienne, Yasser Arafat, à procéder à des réformes au sein
de son mouvement, le Fatah, où des démissions massives
ont été signalées ces derniers jours. Une réforme des services
de sécurité palestiniens est également souhaitée par Le Caire.
Le président Moubarak avait fait parvenir un message à cet effet
lors de la visite fin janvier d’Ahmad Maher dans les territoires
palestiniens, en compagnie du chef du service des renseignements
égyptiens, Omar Souleimane. |